Les vignobles wallons menacés par une bactérie dévastatrice ? "Il n'y a pas de moyens de traitement"
Le Luxembourg est touché par une bactérie particulièrement nocive pour les vignes. Faut-il craindre une propagation dans les vignobles wallons ?

- Publié le 17-10-2026 à 09h30
- Mis à jour le 17-10-2026 à 09h39

Après une année 2026 prometteuse pour les vignobles belges, les regards se portent déjà sur 2027. Avec une première inquiétude qui vient tout droit des vignes de nos voisins luxembourgeois : la bactérie Xylella fastidiosa. Cette semaine, le ministère luxembourgeois de l'Agriculture a signalé la présence de cette bactérie dans trois vignobles mosellans.
Précisons avant toute chose que "la bactérie n'est transmissible ni à l'homme ni aux animaux. Sa détection ne remet pas en cause la sécurité sanitaire des vins", affirme le ministère dans un communiqué. Si elle n'est pas dangereuse pour l'homme, elle est néanmoins particulièrement nocive pour les vignes. "Elle cause des dégâts importants et il n'y a pas de moyens de traitement", souligne Anouck Stalport, administratrice de l'Association des vignerons de Wallonie et enseignante-chercheuse en viticulture à la Haute École Provinciale de Hainaut-Condorcet.
Le fait que la bactérie touche également d'autres végétaux rend aussi la chose plus complexe. "C'est beaucoup plus compliqué de la confiner. Il peut facilement y avoir des relais incontrôlables dans la nature."
Plus de deux hectares de vignes arrachés
Afin d'enrayer sa propagation, le Luxembourg a dès lors pris des mesures drastiques, imposées par un règlement européen pour cette bactérie "considérée comme un organisme de quarantaine", précise Anouck Stalport. Au sein d'une zone infestée (50 mètres autour de chaque végétal infecté), "toutes les vignes devront être arrachées et détruites", souligne le ministère luxembourgeois. D'autres végétaux possiblement touchés par la bactérie sont également concernés. Au total, les zones infectées couvrent 2,35 hectares.
De plus, des zones tampons sont mises en place. Couvrant un rayon de 2,5 kilomètres, elles seront surveillées attentivement. "Des mesures de lutte contre les insectes vecteurs vont être appliquées et les déplacements de végétaux potentiellement hôtes destinés à la plantation sont interdits, voire strictement encadrés."
La Belgique menacée ?
Régulièrement observée au sud du continent européen, la bactérie est rarement arrivée en Belgique. Mais "il faut faire attention", prévient Anouck Stalport. "La maladie de Pierce, causée par la bactérie Xylella, est transmise par des insectes piqueurs suceurs comme la cicadelle. Ça peut aller vite." D'autant que la progression de la bactérie est facilitée par deux facteurs. "Les vecteurs de maladie remontent plus au nord à cause du changement climatique." L'autre facteur est plus pragmatique encore : "On plante de plus en plus de vignes en Belgique, donc le risque est plus important."
"La détection de la bactérie au Luxembourg appelle à la vigilance."
Pour Anouck Stalport, l'heure n'est pas à la panique. "Il faut surtout améliorer la connaissance viticole générale en Belgique. On est un vignoble assez jeune donc certaines personnes ne sont pas assez formées pour reconnaître certains problèmes sur leurs plants." Pour les plus expérimentés, ce n'est pas forcément plus évident. "La maladie de Pierce est, par exemple, difficile à reconnaître parce qu'elle provoque le dessèchement du feuillage en s'attaquant à la circulation de la sève. Or, cela peut être causé par d'autres facteurs."
De son côté, la Région wallonne confirme que "la détection de la bactérie au Luxembourg appelle à la vigilance". En cas de propagation en Belgique, "des mesures de délimitation des zones concernées, d'éradication et de surveillance renforcée seraient mises en œuvre, conformément au cadre européen", affirme encore le cabinet de la ministre wallonne de l'Agriculture, Anne-Catherine Dalcq (MR).
