Gillian Anderson, star de X-Files, interprète une actrice dans un film d'horreur : "J'ai été longtemps été réticente à ce genre de cinéma"
Elle est l'inoubliable Dana Scully de" X-Files". Gillian Anderson change de style cinématographique dans ce nouveau film où elle joue de son image. "Teenage Sex and Death at Camp Miasma" sort dans les salles belges ce mercredi 19 août 2026.
- Publié le 19-08-2026 à 09h30

Jane Schoenbrun est une réalisatrice new-yorkaise transgenre, pas encore très connue en Belgique. Elle s'est fait remarquer en 2024 avec son film I Saw the TV Glow, qui n'a pas été distribué chez nous. Son style nécessite une certaine initiation au cinéma de genre, qui plonge autant dans les teen-movies horrifiques que dans les films d'Alfred Hitchcock ou David Lynch. Son nouveau film, "Teenage Sex and Death at Camp Miasma", féerie sanglante sur le désir et la fabrique des films à Hollywood, sera, lui, bien diffusé en Belgique dès ce mercredi 19 août 2026.
"J'ai toujours aimé les références en cinéma, nous a-t-elle confié en mai dernier, au festival de Cannes. J'aime que mes films soient ponctués de notes de bas de page. Tout bon film se nourrit de ça, et pas seulement les bons slashers. La référence originelle, c'est Psychose (1960), qui travaille le désir, la violence et le côté voyeuriste du cinéma. Hitchcock questionne aussi la déviance de genre avec le personnage du tueur qui s'habille en femme. Vous trouverez aussi des références à Pulsions (1980) de Brian De Palma ou au Silence des agneaux (1991). Mais aussi à des films d'horreur qui servent de contrepoint, comme Carnage ou Vendredi 13, qui ont influé sur la manière dont le corps queer s'est construit. Je pars du principe que le cinéma a façonné nos imaginaires, nos désirs. J'explore cela. Je ne donne pas de leçon, je questionne à travers mes films et tout ça rend ma vie moins nulle."
Gillian Anderson en ancienne vedette de films d'horreur
C'est aussi à Cannes, dans la chambre d'un hôtel à la moquette ouatée qu'on a pu rencontrer Gillian Anderson, 58 ans et 3,4 millions de followers sur son compte Instagram, assise devant un jus de tomate entre sa réalisatrice et sa co-star de 27 ans sa cadette, Hannah Einbinder. Quelques jours plus tard, l'actrice anglo-américaine venait chercher la "Queer Palm", décernée au meilleur film LGBTQIA +, au nom de Jane Schoenbrun.
Dans une interprétation "méta" qui fera date, Anderson campe Billy, une ancienne vedette de films d'horreur ("slashers" pour les néophytes) recontactée des années plus tard par Kris, une jeune cinéaste queer chargée de réaliser la suite de cette franchise. Tout en échappant à un tueur masqué, Billy initie Kris à son désir, jusque-là enfoui dans son mal-être. C'est aussi l'une des clés du cinéma de genre, parvenir à libérer nos désirs à travers ses figures archétypales, de la "final girl" (la survivante) à la "scream queen" hurlant pendant tout le film. Et qui mieux que Gillian Anderson, qui se définit comme actrice et activiste, autrice de livres sur le désir féminin, défendant la place des femmes de plus de 50 ans au cinéma, qu'on a adorée autant dans la série X-Files que dans Sex Education, pour nous y inviter ?
Le film est un slasher. Quel est votre rapport au cinéma horrifique ?
Gillian Anderson – J'ai eu une mauvaise expérience avec le cinéma d'horreur lorsque j'étais très jeune. J'ai ensuite été longtemps très réticente au genre, rien qu'à entendre la musique de certains films. En revanche, j'étais très fan de "true crime". Je ne suis pas experte du film d'horreur, mais ayant travaillé pendant plusieurs décennies sur la série X-Files, j'ai eu l'impression de vivre entourée de dossiers criminels, au point que ma fille me dit que son enfance était baignée par des crimes ! J'ai donc navigué à la périphérie du genre. Travailler sur Camp Miasma a été une rééducation à l'histoire du film d'horreur.
Dans son apparence, Billy, votre personnage, évoque Norma Desmond, star déchue du cinéma muet jouée par Gloria Swanson dans Sunset Boulevard de Billy Wilder… étiez-vous fan d'elle ?
C'est une référence plus qu'un hommage. J'interprète un personnage qui est une icône du cinéma d'horreur, mais Billy est nourrie aussi par sa propre histoire et son processus intérieur. Le jeu de la référence est un élément clé du film. Mais je ne suis pas du tout dans la "fan attitude". Par exemple, j'admire Meryl Streep, mais n'ai jamais eu de poster ou ce genre de choses. Le côté obsessionnel des fans me laisse un peu perplexe. Même si je comprends qu'on ait parfois besoin de s'identifier à des personnages pour comprendre qui l'on est.
Pourtant il y a un parallèle avec votre propre statut. Vous êtes devenue une icône de la pop culture avec le phénomène X-Files. En quoi le personnage de Billy résonnait en vous ?
J'ai de la distance avec cela. Bien sûr, j'avais les outils "méta" pour comprendre Billy et prendre du plaisir à l'interpréter. Lorsque X-Files est devenu l'objet de "fandom", j'avais la chance de ne pas vivre à l'époque des réseaux sociaux. Je n'imagine pas comment ça aurait été aujourd'hui. Mais je reconnais l'importance que ça peut représenter pour les fans d'être face à face avec leur idole. C'est pourquoi je participe au Comic-Con (un festival de rencontres dédié à la pop culture, NdlR). Même si j'ai l'impression que ça n'est pas pour moi qu'ils viennent, mais pour la représentation que je donne. Je suis heureuse de participer à l'incarnation de quelque chose auquel le public s'identifie.
Le film montre aussi comment les différentes générations se nourrissent sur les questions de genre, d'identité, d'inclusivité… C'était important pour vous ?
Mon personnage a vécu dans un décor de cinéma, de manière complètement isolée. Billy a donc une certaine innocence par rapport à l'époque et aux références culturelles. Mais malgré tout ce qui les sépare, Billy et Kris trouvent une communion à travers l'authenticité de leur lien. Leur connexion ne dépend pas d'une terminologie de langage, elle est humaine et très profonde. C'est le plus important. Le film célèbre ça. Il dit qu'une communion est possible. Mais comme mon personnage est plus âgé, je tenais vraiment à ne pas en faire une femme prédatrice ou effrayante, car j'ai une fille de l'âge d'Hannah. C'était très délicat à jouer, j'ai essayé de jouer pour la communauté de toutes les femmes.
Le film ironise beaucoup sur la fabrique des films à Hollywood, obsédé par les franchises, les reboots, le box-office. Cela reflète-t-il votre regard sur l'industrie ?
Oui, et de manière très ironique aussi. Par exemple la série X-Files va être "rebootée" par un vrai artiste. Voir Ryan Coogler (Creed, Black Panther) s'emparer de la franchise, c'est un concept tellement radical et intéressant. J'ai ces discussions en ce moment et je me rends compte que Ryan va avoir la place de Kris, celui qui entre dans une franchise et pose son propre regard artistique et sa sensibilité pour en révéler le meilleur. Il y a encore beaucoup d'espoir à Hollywood.
L'époque est très polarisée. Comment choisissez-vous vos projets ?
C'est difficile, ça demande de la patience. Il y a une version de moi qui voudrait ne choisir que les diamants. Mais l'art populaire me plaît aussi, pour autant qu'il y ait une vision. La télévision, c'est aussi du cinéma.
Est-ce qu'on peut vous demander quel était le film d'horreur qui vous a effrayée enfant ?
Massacre à la Tronçonneuse !
HORREUR
4 étoiles
Horreur Teenage Sex and Death at Camp Miasma réalisé par Jane Schoenbrun Avec Gillian Anderson, Hannah Einbinder Durée 112'



