Les dérives policières se multiplient avant la COP 21

La conférence sur le climat s'ouvre ce lundi à Paris, dans une ambiance de plomb. Un climat sécuritaire où il ne fait pas bon être militant écologiste.

La France vit en état d'alerte. Ce lundi, plus de 150 chefs d'État et personnalités de premier plan se retrouveront à Paris pour s'accorder sur un plan de lutte commun contre le réchauffement climatique (COP 21). Mais si la Terre suffoque, les services de sécurité français sont au bord de la surchauffe depuis les attentats de Paris. Les dérapages se multiplient partout en France.

Le soleil n'était pas encore levé mardi dernier sur ce petit hameau de Dordogne. Élodie et Julien, un jeune couple qui s'est lancé depuis trois ans dans le maraîchage biologique, sont soudainement sortis de leur quiétude habituelle par des bruits de portières. Lorsqu'elle arrive dans la cuisine, la trentenaire se retrouve face à une dizaine de gendarmes qui n'ont pas attendu qu'on leur ouvre la porte pour envahir la maison.

Le disque dur est copié

Les forces de l'ordre sont déjà au travail. Pour seule explication, Élodie se voit remettre un ordre de perquisition signé par le préfet. Le document indique "qu'il existe des raisons sérieuses de penser que peuvent se trouver dans les locaux des personnes, armes ou objets susceptibles d'être liés à des activités à caractère terroriste".

La perquisition dure près de trois heures. La maison est minutieusement inspectée, jusque dans "les placards, les coffres, la bibliothèque, les recoins, les boîtes ", explique la jeune maman au site Bastamag.net, qui a relayé l'information. Les gendarmes, se montrent "très intéressés par les petits carnets, les coupures de presse. Les livres, moins." Le disque dur de l'ordinateur est copié.

Un gendarme l'interroge alors: "Le G8, les sommets européens, les manifestations pour l'environnement, ça ne vous dit rien?" Allusion est également faite à la COP 21. "Visiblement, la perquisition a un rapport avec nos activités militantes", confie après coup la maraîchère.

Fiché pour une action militante

Il y a quelques années, le couple a pris part au blocage du péage autoroutier de Mussidan pour protester contre la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Depuis, ils sont "fichés". C'est ce qui leur vaut cette perquisition.

Celle-ci ne donnera rien. Mais pour le couple, cela va trop loin. "Là on s'aperçoit que dès que la loi le permet, des individus se sentent libres de faire ce qu'ils veulent sur leur territoire. Visiblement, la brèche est ouverte."

Le cas d'Élodie et Julien n'est pas isolé. Plus de 1 800 perquisitions ont été menées entre le 13 novembre, jour des attentats de Paris, et le 27 novembre, selon des chiffres du Premier ministre Manuel Valls. Avec des résultats: plus de 200 personnes interpellées, près de 300 armes retrouvées, autant d'assignations à surveillance. Mais aussi un nombre croissant de dérives.

Une fillette de six ans blessée

Il y a eu ces descentes musclées des forces de l'ordre chez un ingénieur français d'origine palestinien (Loiret) ou dans une famille musulmane (Gard) qui ont eu pour seul résultat de traumatiser toute une famille. Ou encore cette perquisition en plein service d'un restaurant du Val D'Oise. Sans oublier cette fillette de six ans blessée au cou par des éclats de bois à Nice.

Des incidents qui ont poussé le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve à appeler à la retenue les forces de l'ordre pour que ces perquisitions "se fassent, même si on est dans un état d'urgence, dans le respect du droit." D'autres initiatives ont été lancées, notamment par Le Monde qui a mis sur pied un "observatoire de l'état d'urgence", le Huffington Post qui a mis en ligne une carte recensant les controverses liées à la situation ou la Quadrature du Net qui répertorie les articles en rapport avec l'état d'urgence. Des initiatives qui vont dans le sens de l'appel à la mobilisation lancé par Élodie.

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