Katty, bloquée à Dubaï avec ses parents de 93 et 82 ans, fustige l'attitude des autorités belges: "C'est n'importe quoi!"
Une famille tournaisienne devait quitter Dubaï ce matin. Leur vol commercial a été annulé. Et la proposition du ministère belge des Affaires étrangères les a laissés sans voix.

- Publié le 04-03-2026 à 18h03
- Mis à jour le 05-03-2026 à 09h12

"C'est honteux!" Katty, bloquée à Dubaï en raison de l'attaque israélo-américaine sur l'Iran, ne décolère pas. Ce mercredi matin, elle a reçu un mail émanant du ministère des Affaires étrangères avec une proposition pour quitter le pays du Golfe. Une "offre" qui l'a laissée sans voix.
"On a reçu un mail en pleine nuit, comme tous les Belges qui sont ici. Tout le monde dit que c'est vraiment n'importe quoi", s'emporte la Tournaisienne qui séjourne à Dubaï avec sa famille, huit personnes au total.
Rejoindre la Belgique... à ses frais
Nous avons pu consulter le mail en question. Il décrit la procédure pour bénéficier de l'assistance de la Belgique.
Première condition, il faut préalablement s'être inscrit sur Travelers Online. Ensuite, l'offre en question: "Cette aide se fera sous forme de transports en bus organisés des EAU (Emirats Arabes Unis) vers Oman, suivi de transports aériens vers l'Egypte (Hurghada). En Egypte, des vols commerciaux sont disponibles pour rejoindre la Belgique (ou un aéroport à proximité)."
Ceux qui espéraient voir la Belgique affréter directement des avions au départ des Emirats déchantent. Et les autorités belges s'en excusent: "Nous sommes conscients que chacun aspirerait à être rapatrié directement jusqu'à Bruxelles. Mais dans la période de conflit armé à laquelle nous sommes confrontés, l'urgence est d'abord de mettre le plus grand nombre de personnes en sécurité."
La Belgique offre donc une solution d'assistance des EUA jusqu'en Egypte. Et après? Aux personnes évacuées de se débrouiller...
"Tous les Belges sont outrés"
"Mon papa a 93 ans, ma maman 82, confie Katty. Ils nous disent de prendre le car. Il y a des gens qui l'ont déjà fait, ça prend 8 heures pour aller jusque là. Et arrivés là, on ne sait même pas si on va être pris tout de suite en charge. Puis on va avoir le moyen de transport jusqu'en Egypte mais, après, on doit se débrouiller nous-mêmes. C'est n'importe quoi. Tous les Belges ici à l'hôtel sont outrés."
Visa pour entrer en Egypte, vol retour vers la Belgique et chambre d'hôtel sur place en attendant le-dit vol: la note risque de grimper rapidement pour les Belges qui opteraient pour cette solution.
Katty, elle, a fait son choix. Elle attendra dimanche et la date de retour désormais avancée par la compagnie Emirates. Et quitte à se débrouiller, autant que ce soit à Dubaï. "On a gardé nos chambres. On devait normalement les libérer aujourd'hui mais on a pu prolonger et on prolonge au jour le jour."
Un rabais de l'hôtel
Pour l'heure, cette prolongation est à leur charge. "On a demandé à l'hôtel si on devait payer, ils disent que oui mais Emirates nous a dit par mail qu'ils prennent tout en charge. On doit les appeler. Au début, on payait 100€ par chambre. Mais je leur ai dit qu'on avait quatre chambre, j'ai réussi à négocier un rabais à 70 euros la nuit. On a aussi dû prolonger la réservation de la voiture de location ici, prolonger le parking à Zaventem. Et mes animaux étaient en pension, heureusement je me suis arrangé pour qu'ils les gardent."
Mon papa a des soucis au cœur. Ma maman avait pris des médicaments mais juste pour huit jours...
Mais le plus stressant pour la famille se trouve ailleurs. "Ma maman avait des rendez-vous médicaux qu'elle a dû annuler. Mais surtout, mon papa a des soucis au cœur. Ma maman avait pris des médicaments mais juste pour huit jours. On a dû se débrouiller, téléphoner à mon beau-frère qui est allé demander à la pharmacie en Belgique la composition des pilules pour les refaire. Mais ça a été, on a tous eu les cachets et il ne faut pas de prescription du docteur. On est déjà soulagé de ce côté-là."
La famille restera donc sur place, unie. Une piste de solution pour rapatrier les parents de Katty a un moment été avancée mais son papa l'a refusée: "Mon père a dit non. on est venu à 8, on retourne à 8."
"On est vraiment en sécurité ici"
D'autant que sur place, la situation parfois décrite par certains semble bien exagérée. "On entend parfois des explosions. Nous, on n'a pas été bombardé. C'est le premier soir que ça a fait drôle. Cette nuit, moi, je n'ai rien entendu si ce n'est les avions qui passent. Je me demande si ce ne sont pas des drones parce que ça voyage tout doucement au-dessus de notre tête. On est vraiment en sécurité ici. Ca bouge dans la ville, il y a plein de gens, c'est vraiment sécurisant."
Et pas question pour la famille de rester cloîtré dans un abri. "Hier, on était dans le désert, on était partis faire une excursion. Avant-hier, on était dans un parc fleuri. Il n'y a que dimanche (au lendemain du début du conflit, NDLR) qu'on n'a pas bougé. Ils nous ont conseillé de ne pas bouger, mais lundi on a bougé, mardi on a bougé: non, non, on ne reste pas enfermés. Le problème, c'est qu'on devait retourner aujourd'hui et que là c'est remis à dimanche, si tout va bien."
C'est plus les incertitudes concernant le retour que la situation sur place qui nous stresse.
Tous les Européens à la même enseigne
Le problème rencontré par Katty n'est d'ailleurs pas réservé aux ressortissants belges. Tout le monde ou presque semble logé à la même enseigne, selon elle. "On a parlé à un Luxembourgeois dont la femme est enceinte de 6 mois et, pareil, il ne sait pas. Il a reçu un mail comme nous, avec la même solution. Il était aussi remonté. Tous les européens qui se trouvent là sont dans le même cas. La France, c'est pire que nous je crois, eux ils n'ont rien reçu, ils se démerdent."
Se débrouiller et patienter, comme unique solution. Jusqu'à dimanche. "Si tout va bien. Normalement on est inscrit pour décoller à 8 heures, si la situation ne s'empire pas."
Et Katty de conclure sur une note positive: "Il fait beau, il y a pire que nous. C'est plus les incertitudes concernant le retour que la situation sur place qui nous stresse..."
