Incendies criminels : pourquoi la pyromanie est en réalité un trouble très rare
Alors que les feux ravagent la forêt de Fontainebleau en ce mois de juillet 2026 et que la piste criminelle se précise, le grand public pointe souvent du doigt des "pyromanes". Pourtant, ce trouble psychiatrique est extrêmement rare. Explications

- Publié le 14-07-2026 à 17h26

Les incendies qui sévissent depuis dimanche dans la forêt de Fontainebleau, ancienne forêt royale et réserve artistique près de Paris, ont parcouru plus de 2 000 hectares, a annoncé ce mardi 14 juillet 2026 le préfet de Seine-et-Marne.
La piste criminelle est privilégiée, notamment en raison des foyers multiples. Deux suspects ont été arrêtés pour cet incendie, et 59 pour l'ensemble du territoire français, où de nombreux feux ont eu lieu.
Bouter le feu, ce n'est pas forcément être pyromane
Quand un incendie est volontaire, on parle systématiquement de pyromane, mais c'est une forme d'abus de langage, car tous les incendiaires ne sont pas pyromanes.
"La pyromanie est reprise dans le DSM-5, le manuel de référence international de l'association américaine de psychiatrie, dans les troubles du contrôle des impulsions et le trouble des conduites", explique le Dr Gérald de Schiettere, chef du service des urgences psychiatriques aux Cliniques universitaires Saint-Luc.
C'est un trouble monomaniaque, une obsession focalisée sur un seul objet, au même titre que la cleptomanie, selon Eric Adam, psychologue et coordinateur du service des urgences psychiatriques au CHR Citadelle (Liège).
Fascination et pulsion : comment reconnaître un vrai pyromane ?
La pyromanie est caractérisée par le fait d'allumer des brasiers de manière répétée, selon M. Adam, "de ne pas pouvoir contrôler l'impulsion, d'avoir une tension avant l'acte, avoir une fascination pour tout ce qui concerne le feu et les éléments associés, comme les pompiers, et évidemment éprouver du plaisir lorsqu'on allume et que l'on regarde brûler le feu".
"C'est la pulsion qui le motive", explique le psychologue. "Un peu comme le cleptomane, qui n'est pas motivé par l'objet qu'il vole."
Selon le Dr de Schiettere, les pyromanes sont majoritairement des hommes jeunes.
Vengeance, détresse, psychose : les autres profils derrière les feux volontaires
Si M. Adam souligne que 6 % des incendies en France sont liés à des actes intentionnels, les troubles de pyromanie sont très rares, selon les deux spécialistes, "de l'ordre de 1 %", affirme M. Adam.
Comment expliquer autant d'incendies volontaires avec aussi peu de pyromanes réels ? Parce que d'autres profils peuvent être à l'origine d'un incendie criminel : "Des profils criminels classiques, qui veulent faire du tort ou se venger", dit Eric Adam.
Mais aussi des personnes souffrant de troubles psychotiques. Eric Adam cite l'exemple de personnes schizophrènes, souffrant d'hallucinations qui leur donnent l'ordre de mettre le feu, "de personnes atteintes de troubles bipolaires, en phase maniaque, et donc sujettes à des comportements très impulsifs", ajoute le Pr de Schiettere, ou encore des personnalités antisociales.
Quelle prise en charge pour les malades ?
Eric Adam souligne que la pyromanie, comme les autres troubles de l'impulsivité, a un substrat neurobiologique, lié à des déficits en dopamine et en sérotonine, deux messagers chimiques essentiels du cerveau. "On donne donc un traitement médicamenteux, principalement sérotoninergique, comme dans la dépression, souvent accompagné de thérapies comportementales, pour contrôler les impulsions."
Mais la prise en charge par la psychiatrie et la justice est peu efficace, d'après le Pr de Schiettere. "Il existe un arsenal pénal. On n'a pas une vue très claire sur la récidive, mais on pense qu'avec le temps les gens cessent d'être pyromanes. Il y a un manque d'études approfondies sur le sujet."
