Pauline Petta, du Domaine des Hautes Fagnes, experte de "Alerte à l'hôtel" sur RTL tvi : "Nous ne sommes pas des magiciens"
Dès le 19 octobre, RTL tvi diffuse "Alerte à l'hôtel, 30 jours pour tout relancer", avec la Belge Pauline Petta, patronne du Domaine des Hautes Fagnes, et le Français Fred Sirieix aux commandes.
- Publié le 19-10-2026 à 08h00
- Mis à jour le 19-10-2026 à 11h33

Après plus de vingt ans de succès sous le titre The Hotel Inspector sur Channel 5, le format britannique débarque en Belgique sur RTL tvi le lundi 19 octobre sous le nom Alerte à l'hôtel, 30 jours pour tout relancer. Pour M6, qui produit et diffuse le programme en France, il s'agit d'une deuxième tentative de coaching dans le secteur hôtelier. En 2013 et 2014, elle avait en effet diffusé deux numéros de Cauchemar à l'hôtel avec Philippe Etchebest, sans y donner de suite. La raison? Les améliorations apportées au décor ou à la literie ne suffisaient à sauver des structures lourdement endettées de manière durable.
Le principe a donc été revu. Ici, deux experts de l'hôtellerie s'installent pendant un mois dans un établissement en difficulté pour analyser les problèmes et proposer un plan pour relancer les affaires. Parmi eux, la Belge Pauline Petta, directrice générale du Domaine des Hautes Fagnes à Waimes, qui forme un binôme détonnant avec le Français Fred Sirieix, figure incontournable de l'hôtellerie et de la restauration au Royaume-Uni.
Pauline, comment êtes-vous arrivée dans ce programme?
Cela fait 17 ans que ma famille a racheté le Domaine des Hautes Fagnes, qui était un hôtel abandonné à Ovifat. Je suis passée par tous les postes et j'ai moi-même été cette hôtelière en détresse. Ces dernières années, j'ai réalisé des podcasts sur le management et l'entrepreneuriat et publié régulièrement sur LinkedIn. C'est comme ça que M6 m'a contactée.
Notre mission est d'abord de faire un vrai travail d'audit
Concrètement, en quoi consiste l'émission ?
Nous sommes deux pour présenter le programme : Fred Sirieix, qui s'occupe du côté restauration et moi-même, plutôt du côté hôtelier. Notre mission est d'abord de faire un vrai travail d'audit. Ensuite, nous rencontrons les hôteliers, avec énormément de douceur et de bienveillance, puis on met un plan d'action sur pied. M6 et ITV France prennent également en charge une partie des rénovations. L'idée est d'essayer de repartir du bon pied.
Certains évoquent une certaine ressemblance avec "Cauchemar en cuisine"…
Je ne suis pas d'accord, car la partie cuisine est vraiment infime dans l'émission. Attention, je suis une grande fan de Cauchemar en cuisine. Mais je ne peux pas du tout dire que notre émission est un duplicata de la sienne.
Comment s'est passé le tournage avec Fred Sirieix ? Vous le connaissiez ?
Non, pas du tout. Ça a été une super rencontre. Fred est très professionnel, très humain et tellement drôle avec son côté british. Il amène beaucoup de fous rires et de légèreté.
On rigole beaucoup, parce qu'on amène aussi beaucoup de légèreté à ces hôteliers, qui ont besoin de sourire avant tout
Y a-t-il des scènes rejouées, ou cela reste-t-il spontané ?
Non, les scènes ne sont pas rejouées. Par contre, on ne peut pas tout montrer, ni diffuser tous les échanges. Et on rigole beaucoup, parce qu'on amène aussi beaucoup de légèreté à ces hôteliers, qui ont besoin de sourire avant tout.
L'émission est présentée comme une intervention sur 30 jours. Est-ce assez pour redresser un hôtel ?
Oui et non. C'est une émission télé, ce n'est pas un coaching de longue durée. Après notre passage, les hôteliers ont évidemment un plan d'action à poursuivre. Nous ne sommes ni leurs sauveurs ni des magiciens : nous venons les aider sur certains points, et eux doivent continuer le travail.
Mais vous gardez contact avec certains ?
Oui, avec Fred, mon binôme, nous sommes très attachés aux hôteliers. Quand ils nous appellent, on décroche, on leur donne de petits conseils. Et moi qui travaille dans ce milieu, je sais à quel point la charge mentale et physique est immense.
Changer, ça doit d'abord venir de soi
Avez-vous été confrontée à un cas difficile, où vous vous êtes dit : "Ce n'est pas possible, on ne va pas y arriver" ?
Pour l'instant, nous n'avons tourné que deux épisodes. Et c'est vrai que l'un des deux cas s'est avéré plus complexe, parce que changer, ça doit d'abord venir de soi. Mais ça ne veut pas dire que ça s'est mal passé.
Alors que l'émission n'a pas encore été diffusée, on voit passer de nombreuses critiques, notamment dans le milieu de l'hôtellerie…
Nous sommes malheureusement dans un monde où tout le monde a tout le temps quelque chose à dire. Moi, je pars du principe que ce qui est génial avec la télé, c'est qu'il y a une télécommande : quand ça ne nous plaît pas, on a le loisir de zapper.
Le rédacteur d'un site spécialisé dans l'hôtellerie écrit qu'à moins d'avoir la tour Eiffel dans son jardin, l'hôtelière n'a aucune chance de relancer son affaire, car c'est un coin perdu…
C'est faux ! Les coins perdus, les gens adorent de plus en plus. Je vous donne l'exemple de mon établissement, qui est au cœur de la réserve naturelle des Hautes Fagnes. Malgré le fait que nous sommes dans un endroit isolé, notre taux de remplissage est de 85 % à l'année. Comment fait-on ? Avec un travail acharné et de la stratégie. C'est tout à fait possible.
Est-ce que le fait d'être passée par tous les métiers de l'hôtellerie fait de vous une experte en tout ?
Non, car on ne peut pas tout connaître. En revanche, ces douze postes m'ont permis de me rapprocher des équipes, de savoir comment les manager, de pouvoir leur apporter de vraies solutions. Je pense qu'un bon patron, c'est aussi quelqu'un qui va au four et au moulin avec ses équipes.
Cette émission a-t-elle changé votre façon de voir votre métier ?
La réponse est oui. Cette émission m'a encore davantage crédibilisée sur le fait que l'hôtellerie est un secteur difficile. C'est pour ça que je lance un appel à l'État à écouter et à aider le secteur. Il faut pouvoir mettre en place, au niveau des lois, des allègements de taxes… et toute une série de mesures pour nous aider. Grâce à cette émission, je suis aussi convaincue que le secteur a besoin de consultance de qualité.
Avez-vous signé pour plusieurs saisons ?
Actuellement, avec Fred, nous n'avons signé que pour deux épisodes. J'ai hâte que ce soit diffusé afin de savoir si cela sera reconduit. Je l'espère, car l'hôtellerie est ma passion et cette émission rejoint une autre de mes passions : j'ai suivi une formation au Cours Florent, juste avant de commencer l'hôtellerie. C'est ce qui explique mon aisance devant les caméras.
RTL tvi, 20.25
"C'est toujours important de montrer les humains qui se battent"
Durant l'été dernier, Pauline Petta a été confrontée à une situation exceptionnelle : suite à l'incendie dans les Fagnes, son hôtel a été confronté à une grosse vague d'annulations. Mais aujourd'hui, le pire semble passé. Comment ? "J'ai surtout adapté les stratégies marketing : on a filmé tout ce qu'on a vécu, on a fait une sorte de Vis ma vie sur nos réseaux sociaux, pour montrer aux clients la réalité. Je pense qu'il est toujours important de montrer les humains qui se battent, cela touche le consommateur et cela l'amène à venir dépenser son argent de manière plus locale."
"C'est mission impossible"
Responsable de publication du site TendanceHotellerie.fr, Guilain Denisselle – qui déclare avoir regardé le premier épisode – ne mâche pas ses mots à propos de la nouvelle émission produite par M6. "On caricature une pauvre femme aveuglée par son travail, on ne publie que les séquences où elle paraît totalement nulle, des "experts" galactiques interviennent et hop, d'un coup de baguette magique, tout repart", écrit-il.
Pour lui, c'est simple : les petits établissements hôteliers hors des villes sont voués à disparaître. "Peut-on sauver un hôtel équivalent 2* de 15-20 chambres et en mauvais état en dehors d'une grande ville ? En hôtel pur et au standard hôtelier classique, c'est mission impossible, poursuit-il. Sans doute y a-t-il moyen de le transformer en meublé, à moindre coût […] Sans doute faudra-t-il diminuer le nombre de chambres au passage. En dehors de ce schéma, la rentabilité est d'office inexistante."
Sa conclusion ? "Une émission destinée à générer de l'audience sur le dos d'une pauvre femme en détresse et dont l'entreprise n'a aucune perspective à 5 ou 10 ans, sauf si la Tour Eiffel venait à s'installer dans son village."
