Les matchs des élections communales : des bastions historiques basculent dans le camp adverse
Quelques duels médiatiques étaient programmés ce dimanche. Si Richard Fourneaux a réussi son come-back, d'autres comme Jean-Charles Luperto et Claude Eerdekens ont déchanté en réalisant une contre-performance. À Verviers ou Amay,, la majorité pourrait changer. À Tournai, c'est fait : trahi par Écolo, le PS est rejeté dans l'opposition, une première depuis près d'un demi-siècle !





- Publié le 14-10-2024 à 06h00
- Mis à jour le 14-10-2024 à 08h54

Andenne

52 années à la tête d'Andenne, ce n'est pas rien. Mais, pour Claude Eerdekens (PS), l'enjeu était bien de savoir s'il allait rempiler pour trois années de plus. La campagne électorale n'a pas été totalement sereine en bords de Meuse. Le "premier" Andennais a été secoué par des accusations de harcèlements et de propos sexistes. Il a aussi dû faire face au retrait de colistiers.
La liste PSD@ aura perdu des plumes dans ce scrutin en passant de 17 sièges sur 27 à 13 élus sur 29 cette fois : il perd sa majorité absolue. Claude Eerdekens se présentait à la dernière place et les Andennais ont envoyé un signal clair. C'est d'abord l'échevin Vincent Sampaoli, tête de liste, qui sort en tête des urnes. Et ce n'est pas Claude Eerdekens qui figure sur la deuxième marche des voix de préférence.
Avec 1 672 votes en sa faveur, Eerdekens perd environ 50 % des soutiens par rapport à 2018 (3 397 voix) : ce qui représente le 3escore de la liste. Clairement, une page de l'histoire politique d'Andenne s'est tournée ce 13 octobre 2024. Avec une telle sanction populaire et à 76 ans, il faudra voir comment l'ancien bourgmestre donnera suite à cette élection en fonction du rôle que jouera PSD@.
Ottignies-Louvain-la-Neuve

Écolo a perdu son bastion historique ! En 2000, Jean-Luc Rolland devenait le premier bourgmestre Écolo en s'alliant avec le le PS et les sociaux-chrétiens. Un quart de siècle plus tard, les verts ont donc perdu le mayorat.
Avec 9 sièges sur 31, la bourgmestre sortante Julie Chantry et la liste Écolo reculent dans la hiérarchie : ils sont devancés par le cartel IC – Impulsion C, qui réunit le MR et Les Engagés, les actuels partenaires d'Écolo à la majorité. Celui-ci a remporté 17 sièges : de quoi lui donner la majorité absolue et lui garantir le mayorat.
Avec un score personnel de 2829 voix de préférence, Nicolas Van der Maren, qui tirait la liste en cartel, sera donc le prochain bourgmestre d'Ottignies-Louvain-la-Neuve. Le PS (4 sièges) et la liste citoyenne KAYOUX (1 siège) gagnent chacun un siège.
Ciney

On annonçait un combat épique à Ciney. Il faut dire que la fin de mandature avait été rythmée par toute une série de rebondissements.
Le divorce avant l'heure survenu entre le bourgmestre en titre Frédéric Deville et sa première échevine Anne Pirson avait ainsi provoqué le départ de huit des onze membres du Bureau de la liste Intérêts cinaciens (ICI). Mais avec 13 sièges obtenus sur 25, la liste emmenée par Frédéric Deville a, certes, perdu 2 sièges, mais elle conserve malgré tout la majorité absolue.
ICI devance largement la nouvelle liste C.Vous d'Anne Pirson (6 sièges), tandis que la liste d'opposition C Clair de Frederick Botin a, elle, perdu 2 sièges (5 sièges). La liste Merci ! de François Bouchat obtient, elle, le dernier siège. Avec 3 962 voix de préférence, Frédéric Deville a toutefois perdu pas mal de plumes en cours de route (4 608 voix en 2018). Le mayeur sortant conserve toutefois le meilleur score personnel sur la commune. Et restera donc bourgmestre pour les six prochaines années.
Perwez

Dinosaure de la politique wallonne, André Antoine rêvait de redevenir le premier citoyen de la commune de Perwez, qu'il a dirigée durant 18 ans. Mais le Brabançon, à l'issue d'un duel serré avec le bourgmestre sortant, a échoué dans sa mission. C'est Jordan Godfriaux, de la liste Ensemble !, qui a gagné le bras de fer. Le camp du bourgmestre, en recul de 4 %, a séduit 47,9 % des électeurs. Cinq pourcents de plus que la liste Villages d'André Antoine. De quoi empocher 11 sièges (sur 21) et garder la main. André Antoine a pu compter sur le soutien de 1 223 électeurs, 350 de moins que les 1 578 voix récoltées par le libéral Jordan Godfriaux.
On notera par ailleurs que les deux principales formations de la commune perdent des plumes. CAP, la liste citoyenne emmenée par Christophe Krirem, est venue jouer les trouble-fêtes en raflant 10 % des voix.
Huy

Résultats mitigés pour le PS + de Christophe Collignon qui perd 1 siège (11) mais reste largement premier groupe à Huy. Le bourgmestre et ministre régional sortant – qui plafonne à titre personnel avec seulement 50 voix de mieux qu'en 2018 – devra toutefois à nouveau embarquer des partenaires pour s'assurer la majorité. Avec les mêmes MR et Les Engagés ? Les deux progressent chacun de 2 sièges (5 et 3) et cela conforterait donc la majorité sortante. À moins que la liste Huy en Commun (écolo et citoyens) et ses 6 sièges ne rebattent les cartes… dans un sens comme dans l'autre.
Avec la possibilité, si le PS + devait être écarté par les 3 autres, de voir l'ancien parlementaire écolo Rodrigue Demeuse devenir bourgmestre. A priori improbable, même si on sait que les conclusions d'une négociation locale se décident aussi parfois à un autre étage politique.
Sambreville

Le cartel ENSEMBLE, qui réunit principalement le MR et Les Engagés, a réussi son pari : avec 14 sièges, il devient la première force politique dans ce bastion du socialisme depuis la fusion des communes en 1977.
En ne glanant que 12 sièges sur les 25 en jeu, la liste PS emmenée par Jean-Charles Luperto perd en effet sa majorité absolue et s'écrase littéralement (– 8 sièges) ! C'est là le résultat de "l'union des forces de l'opposition dont on sait qu'ils sont les deux partis qui ont le vent en poupe", analysait, à chaud, le bourgmestre sortant dimanche soir, au micro de la RTBF.
De quoi valser dans l'opposition ? C'est loin d'être sûr… Alors qu'il avait dans un premier temps rejoint le cartel Ensemble, Écolo a raté son pari : il ne décroche aucun siège (-4). Tout profit pour le PTB, qui engrange de son côté 3 sièges et s'érige ainsi en troisième larron. Avec 15 sièges, une majorité PS-PTB serait donc suffisante. Il s'agirait en tous les cas de l'unique configuration qui permettrait à Jean-Charles Luperto de se maintenir à l'Hôtel de ville de Sambreville et de prolonger l'hégémonie du PS.
Mais une autre formule permettrait aussi au PS de se maintenir au pouvoir : celle d'une alliance avec le cartel Ensemble. Cette solution priverait cependant les socialistes du mayorat. Du moins, officiellement. Car Olivier Bordon, l'ancien premier échevin socialiste qui tirait la liste Ensemble, a réalisé le meilleur score personnel sur la commune avec 4 350 voix de préférence (davantage que les 3 776 voix de Jean-Charles Luperto).
Dinant

Après une cure d'opposition qui aura duré six ans, Richard Fournaux, avec sa liste AMBITION, a réussi son pari et revient à l'Hôtel de ville dinantais par la grande porte.
En engrangeant 15 sièges sur 23, la liste de celui qui avait déjà occupé le fauteuil de bourgmestre entre 1994 et 2018 retrouve la majorité absolue. Et avec un score personnel de 3415 voix de préférence, Fournaux bat nettement le sien de 2018 (2 141).
Durant les six prochaines années, Richard Fournaux aura une opposition composée des listes DINAMIC (6 sièges) et Avenir (2 sièges). Cette dernière était tirée par le bourgmestre sortant Thierry Bodlet, lequel avait pris la succession d'Axel Tixhon démissionnaire, en cours de mandature.
Tournai

C'est un petit tremblement de terre qui a secoué dimanche "la ville aux cinq clochers" !
En conservant 15 des 16 sièges acquis en 2018, le PS de Paul-Olivier Delannois (6 768 voix de préférence), bourgmestre sortant, et Ludivine Dendonder (5 338 voix), ministre fédérale en affaires courantes, pensait avoir limité la casse. Mais son partenaire de majorité, lui, s'écrasait : en perdant 3 sièges, Écolo n'en possède plus que 4 et ne permet donc plus à la majorité sortante de repartir à deux.
De l'autre côté, en glanant un siège supplémentaire, le MR de Marie-Christine Marghem (3 781 voix de préférence) pèse désormais 11 sièges. Une alliance avec Les Engagés de Benjamin Brotcorne (2 221 voix), qui conservent leurs 7 sièges, était toutefois insuffisante pour obtenir la majorité et priver le PS du mayorat. C'était sans compter la volte-face des verts…
Dans le courant de la nuit, on annonçait en effet la signature d'un accord entre le MR, Les Engagés et Écolo ! De quoi offrir le mayorat tournaisien au MR et, donc, à Marie-Christine Marghem.
Seraing

En bords de Meuse, le PS emmené par Déborah Géradon augmente son score par rapport à 2018 (4 %) et conserve donc sa majorité absolue… pour un seul siège (20 sur 39).
Avec 8 068 voix de préférence, la bourgmestre sortante écrase la concurrence en interne et remporte le "match dans le match" face à Laura Crapanzano (2 186 voix), l'autre visage du PS sérésien. À titre de comparaison, en 2018, Francis Bekaert s'était emparé du mayorat avec 4 635 bulletins cochés à son nom. Géradon en avait obtenu 4 449.
La question principale reste de savoir si le PS compte ouvrir sa majorité. Et si oui, à qui ? Avec 10 sièges, le PTB en perd un, mais se maintient en deuxième position dans la Cité du Fer, où le cartel MR-Engagés-DéFI n'est pas parvenu à s'emparer de plus de 8 sièges. Quant à Écolo, il perd 3 sièges et n'en sauve qu'un des 4 qu'il détenait depuis six ans.
Verviers

Trente ans plus tard, Verviers va-t-elle se doter à nouveau d'un bourgmestre libéral ? Avec 2 634 bulletins cochés à son nom, le MR Maxime Degey, qui emmenait le cartel Ensemble Verviers, arrive en pôle position pour… 2 voix ! Il devance en effet Jean-François Chefneux, 2 632 voix de préférence. Mais le cartel qui réunit le MR, Ensemble Verviers et Les Engagés n'est pas encore assuré de s'emparer du mayorat.
Avec 10 sièges, le PS d'Alexandre Loffet (2 830 voix de préférence) apparaît en difficulté. Toutefois, dans une cité où le clivage gauche-droite n'a cessé de se creuser, une alliance avec le PTB (5 sièges) de Jordan Schonbrodt et la liste Écolo (4 sièges) poussée par Hasan Aydin pourrait offrir aux socialistes une courte majorité (19 sièges sur 37). Il serait toutefois prématuré d'écarter la possibilité d'une alliance entre le cartel Ensemble Verviers et les Écolos.
Enfin, les deux listes citoyennes (LRV, 2 sièges ; Eau Centre, 1 siège) pourraient quant à elles s'immiscer dans les négociations, afin de gonfler quelque peu la majorité qui se dessinera dans les prochains jours.
Bouillon

Il va y avoir du changement dans la "Perle de la Semois" ! Avec 10 sièges remportés sur les 17 en jeu, la liste Transparence a rejeté le bourgmestre sortant, Patrick Adam, et sa liste Vision Commune (7 sièges) dans l'opposition. Pour rappel, la campagne avait été perturbée par plusieurs enquêtes judiciaires et, notamment, des perquisitions menées au sein de l'administration communale.
Avec 1 098 voix de préférence, Marie-Julie Nemery, qui tirait la liste Transparence, se profile comme la nouvelle bourgmestre de Bouillon. La toute jeune maman devance Denis Rouleff (1 031 voix) et Bertrand Gobert (962 voix).
Rejeté dans l'opposition, Patrick Adam est particulièrement sanctionné par les Bouillonnais, puisqu'il n'a convaincu que 528 électeurs (contre 1 569 en 2018).
Amay

Pari perdu pour le bourgmestre sortant Jean-Michel Javaux (Écolo). Double pari même. D'abord parce que sa liste Osons Ensemble constituée d'écologistes et de citoyens non-étiquetés politiquement échoue à la 2e place, derrière une liste PS rajeunie qui sort largement majoritaire de ce scrutin (11 sièges). Ensuite parce qu'à titre personnel, il perd près de 2300 voix par rapport à 2018. Le fait qu'il poussait la liste et qu'il avait clairement annoncé qu'il ne serait plus bourgmestre sont des arguments qui n'expliquent pas à eux seuls ce faible score (779 voix). À moins d'une improbable alliance d'Osons Ensemble avec Les Engagés (7 sièges) et la liste Avenir (1 siège), c'est donc bien un bourgmestre socialiste qui reprendra les rênes de la commune, 18 ans après un certain Robert Collignon.