Combien de temps faut-il pour que le cannabis s'élimine de l'organisme ? "Cela dépend du métabolisme et de la concentration en THC, entre autres"
Le cannabis affecte moins la conduite automobile que l'alcool, mais il fait partie des substances testées par la police, si vous avez les yeux rouges ou que vous bafouillez. On peut en trouver la trace jusqu'à 24 heures après la consommation, mais probablement pas avec un simple test salivaire. Michaël Hogge, d'Eurotox, fait le point.

- Publié le 25-05-2026 à 16h02
- Mis à jour le 27-05-2026 à 08h49
Question de Nadia : combien de temps faut-il pour éliminer complètement le cannabis de son organisme ?
"La réponse dépend de plusieurs paramètres : la quantité de cannabis consommée, le fait que la personne soit un consommateur chronique ou pas, le mode de consommation, et enfin le métabolisme de la personne", explique Michaël Hogge, chargé de projets à l'Observatoire socio-épidémiologique alcool-drogues (Eurotox) en Wallonie et à Bruxelles.
On le détecte très bien dans les premières heures: après, c'est plus aléatoire
Il explique que les études montrent que la détectabilité est très bonne durant les premières heures qui suivent l'exposition, "et généralement au-delà de 12 heures, ça devient très mauvais".
Mais il y a globalement une inégalité face à la détection : "Certaines personnes ne sont plus détectables, ne sont pas détectées avec l'outil de screening, quelques heures après la consommation, donc sont des faux négatifs. D'autres vont être détectées parfois à 12 heures, parfois même au-delà…"
Une méta-analyse a passé en revue les différentes études sur la détection en 2024. Elle a souligné que de nombreuses concentrations en THC étaient encore positives après 24 heures dans l'une des études, tout en rappelant que la plupart des études n'analysent plus après 24 heures. Ce qui rend compliquée une réponse sur la durée totale de l'élimination.
Le cannabis mangé ou fumé ?
Mangé, le cannabis se détecte moins bien, mais plus longtemps. "La détectabilité via la salive est plus haute en inhalation, en raison d'une dégradation plus importante du THC par la digestion et d'une contamination de la salive par la fumée qui contient du THC."
En revanche, selon Michaël Hogge, la détectabilité est plus longue quand il est mangé, car les effets durent plus longtemps.
Comment se passe la détection en Belgique ?
Il existe des tests salivaires, des tests urinaires et des prises de sang.
Les policiers utilisent une checklist d'une trentaine de points, pour détecter des caractéristiques généralement visibles d'une conduite sous influence : les yeux rouges, un comportement fuyant ou agressif, un conducteur qui bredouille, une odeur dans l'habitacle…
Deux points cochés dans la checklist donnent lieu au test salivaire. "C'est un outil grossier de détection mais très rapide à l'emploi, il ne coûte pas trop cher", souligne M. Hogge. Il permet de détecter plusieurs substances illicites : "non seulement le cannabis, mais aussi la cocaïne, l'héroïne, les amphétamines et la MDMA, entre autres", dit le chargé de projets d'Eurotox.
"Si le test est positif, le policier va prélever de la salive pour l'envoyer dans un laboratoire de référence", explique Michaël Hogge. Là, une analyse précise permet de déterminer s'il y a bien présence du produit et si ça dépasse le seuil légal.
"Les seuils de détectabilité utilisés pour le screening sont de l'ordre de 10 ou 15 nanogrammes par litre de salive."
M. Hogge ajoute qu'un screening positif entraîne un retrait de permis temporaire systématique de maximum 15 jours. "Il peut y avoir des faux positifs, qui sont écartés après l'analyse de labo, parce qu'il ne s'agit pas d'une consommation récente, et donc pas d'une conduite sous influence."
Et les prises de sang ? "Les prélèvements sanguins sont effectués dans les cas d'accident de la route, mais ils ne sont pas forcément communiqués après."
Est-ce dangereux de conduire après avoir fumé ?
"On détecte la présence de cannabis, mais on n'analyse pas le risque pour la conduite", reconnaît M. Hogge.
"Les expériences en laboratoire avec des simulateurs de conduite ne montrent pas toujours un effet délétère sur les capacités de conduite. Il y a un risque majoré d'accident de la route, mais il est relativement faible en comparaison avec d'autres produits, dont l'alcool."
La loi belge manque de clarté à propos du cannabis
Dans son bulletin socio-épidémiologie 2024 Wallonie, Eurotox souligne qu'en Belgique, l'application des lois et arrêtés royaux pose aussi question. "Elle dépend en effet de l'interprétation d'un même fait par les policiers, les magistrats, ou les procureurs du roi. "
En quoi ? Le rapport mentionne les notions de "circonstances aggravantes", "environnements immédiats (NDLR des écoles, mais aussi d'"appât du gain", de "détention ostentatoire" ou de "trouble de l'ordre public". Les 14 différents parquets accorderont, selon Eurotox, chacun une autre vision de la priorité à donner aux cas de détention de cannabis.
