80 personnes dont des enfants dorment depuis 2 ans dans un bâtiment fédéral à Woluwe: le voisinage serait à bout mais aucun PV n'aurait été dressé
Le SPF Pensions a renouvelé la convention d'occupation du 158 avenue de Tervueren. L'ASBL Rockin' Squat peut rester un an de plus. Au grand dam de certains riverains et des autorités communales, qui dénoncent les nuisances. "On est prêt à rencontrer toutes les personnes qui ont des griefs contre nous", assure un responsable.
- Publié le 03-09-2026 à 09h39

"La coupe est pleine", dénonce Benoît Cerexhe (Les Engagés). Pour le bourgmestre de Woluwe-Saint-Pierre, le renouvellement, par le SPF Pensions, de la convention d'occupation du bâtiment situé au 158 avenue de Tervueren reste en travers de la gorge.
Pour rappel, ce vaste building appartenant à l'État est délaissé par les services fédéraux depuis 2021. Depuis 2024, une ASBL y loge environ 80 personnes. "Principalement des familles", nous dit-on, avec parmi eux une trentaine d'enfants.
Dénonçant avoir été "mis devant le fait accompli", le bourgmestre dénonce des nuisances pour le quartier en raison "d'activités qui dépassent l'hébergement". Il est question de festivités dans le jardin, de concerts, de repas, de la présence d'un coq… "Cela crée des problèmes de voisinage. Les habitants ont droit à la tranquillité. Or, les voisins n'en peuvent plus."
Benoît Cerexhe tient à assurer : "Je suis un humaniste. On ne peut rester insensible à l'accueil de personnes dans le besoin. Mais il faut préparer les choses, avec le CPAS, avec la police…", indique le mayeur, qui prend pour exemple l'implantation du centre Fedasil au Chant d'Oiseau ou l'occupation de l'ancien bâtiment Raffinerie Tirlemontoise.
"Les voisins riches de l'avenue de Tervueren, ça peut les emmerder"
Contactée par La DH, l'ASBL juge les critiques excessives et rappelle que l'occupation est encadrée par une convention. "Tout se passe bien à l'intérieur. On est prêt à rencontrer toutes les personnes qui ont des griefs contre nous", assure Naël Daibes, un des responsables.
Les soirées dans le parking ? "Il n'y en a plus." Le coq ? "Il n'y en a jamais eu." Quant aux nuisances ? "Les plaintes n'ont jamais donné lieu à des procès-verbaux avec des constats d'infraction objective." Selon l'ASBL, les plaintes viendraient d'une personne en particulier, contre qui des actions en justice pour harcèlement sont étudiées.
"80 personnes qui occupent un bâtiment, cela crée forcément des allées et venues. Les voisins riches de l'avenue de Tervueren, je comprends que ça peut les emmerder. Mais il y a une responsabilité collective", maintient le membre de l'ASBL. "On a un rôle social qui n'est pas reconnu. Les personnes, si elles ne sont pas ici, seraient à la rue ou frappant à la porte d'autres institutions."
Une ASBL qui veut "la déconstruction des structures de pouvoir"
Le SPF Pensions, qui insiste sur la précarité des occupants, assure que "les conditions d'occupation ont été renforcées". "Un suivi régulier est assuré et le SPF dispose des moyens contractuels nécessaires pour faire respecter ces obligations." Un avenant qui laisse la commune sceptique.
En outre, Benoît Cerexhe se dit interpellé par le choix de cette ASBL pour occuper un bâtiment fédéral. Il prend à témoin ses statuts. "L'association œuvre à la déconstruction des structures de pouvoir, d'oppression, d'exploitation et d'assimilation imposées par les systèmes dominants", peut-on y lire.
À ce sujet, le SPF Pensions assure qu'il "ne s'identifie pas aux statuts, aux orientations idéologiques ni aux prises de position de l'association occupante. La convention ne constitue en aucun cas une adhésion ou un soutien".
Un bâtiment mis en vente
Pour le bourgmestre sanpetrusien, ce dossier, outre l'aspect de voisinage, touche également une question de bonne gouvernance. "Cet immeuble, avec cette taille, vaut une fortune." Le mayeur pointe le manque à gagner pour l'État au vu des prix des locations de bureaux dans le quartier. À quoi s'ajoutent les taxes pour bureaux payées entre 2021 et 2024 (date de début de l'occupation). À savoir environ 100 000 euros par an. "Une telle léthargie en cinq ans, ça ne va pas."
Après avoir laissé planer le flou, le SPF nous confirme avoir "entamé les démarches en vue de la mise en vente" du bâtiment.
