37 ans plus tard, la faillite de Donnay pourrait enfin être clôturée!
Surprise! 37 ans après la première faillite du fabricant de raquettes Donnay, le dossier vient d'être abordé, mercredi, au tribunal de l'Entreprise de Dinant, en vue d'une clôture du dossier… enfin.
- Publié le 22-11-2025 à 06h00
- Mis à jour le 22-11-2025 à 12h54

Nous allons vous parler d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître.
Nous sommes le 19 août 1988. Un homme fait face au tribunal de Commerce de Dinant avec une pénible tâche : celle de déposer le bilan de son entreprise.
Ce n'est pas n'importe qui. C'est Michel Donnay, héritier d'une société dont la renommée est mondiale. En 1912, son grand-père a fondé une société fabriquant des manches d'outil, Le Liénaux, qui, dès 1935, s'est mise à produire des articles de sport, dont des raquettes de tennis. Quatre décennies plus tard, l'entreprise couvinoise, sous le patronyme de son propriétaire, sera à son apogée et frappera les balles des plus grands courts. Son égérie n'est autre que Bjorn Borg, la légende suédoise.
Mais des errements dans la gestion et l'absence d'anticipation lors de l'arrivée de la fibre de carbone aurontraison de ce fleuron industriel wallon. Sous l'écrasante chaleur de ce mois d'août, Michel Donnay doit avouer son incapacité à honorer ses crédits. C'est la faillite.
À l'époque, 340 travailleurs sont encore occupés le long de la N5, à l'entrée nord de la ville. Certains seront réengagés ensuite par un consortium qui s'avérera foireux, réunissant la Région wallonne et un certain Bernard Tapie. Malgré un contrat ambitieux signé avec un jeune américain prometteur appelé André Agassi, cela ne durera pas longtemps.
Un dossier dans le filet
Pourquoi parler de Donnay maintenant ? Parce que 37 ans après cette banqueroute, la faillite de Donnay n'a toujours pas été clôturée par les curateurs!
Les créanciers prioritaires ont reçu leur dû, mais les derniers attendent toujours. Parmi eux, une série de travailleurs, qui ont reçu leurs indemnités de manière incomplète. Il s'agit de primes, notamment pour les représentants syndicaux. Sans doute reste-t-il encore, çà et là dans le dossier, quelques autres petites factures à honorer, à des petits fournisseurs locaux… si leur société existe toujours, 37 ans plus tard.
À l'époque, la liquidation des actifs avait été confiée à un trio d'avocats dont l'un est décédé il y a près de 20 ans et un autre est tombé malade. Ils ont été finalement démis de leur fonction. Le dossier a alors été confié à un réviseur d'entreprise liégeois, le cabinet de Denys Leboutte.
En juin 2017, fraîchement nommé, ce dernier promettait : "Je vais reprendre tout le travail, au début. Certes, on pensait être proche de la clôture du dossier l'an dernier. Mais il s'avère que les calculs réalisés n'étaient pas justes. Je me suis aperçu qu'il y avait eu des soucis dans la manière de travailler des précédents curateurs. Ils ont rencontré des problèmes de concertation entre eux, des difficultés techniques et peut-être même est-ce mêlé à une question de compétence. Nous profiterons de la période des congés judiciaires, cet été, pour revoir l'ensemble du dossier. Je transmettrai un rapport au tribunal du travail en septembre."
Relancé cet été
Huit ans plus tard, on était toujours sans nouvelle de cette clôture qui s'annonçait pourtant si rapide.
Le 3 juillet dernier, L'Avenir a dès lors pris la plume pour interroger le réviseur, les syndicats et le tribunal de l'entreprise de Dinant.
Nous n'avons pas obtenu de réponse du premier et, côté syndical, la CSC redécouvrait le dossier : "Selon les souvenirs de la collègue la plus ancienne du service, la CSC avait à l'époque confié la gestion de ce dossier à une avocate. Il est impossible de répondre à vos questions. Rien n'était informatisé et toutes les archives ont été détruites. Aucun ancien travailleur n'a contacté la CSC dans les dernières années pour demander un quelconque soutien."
L'actuel président du tribunal, Arnaud Bouvier, nous répondait quant à lui d'un laconique : "Je veille spécialement à ce que cette procédure soit clôturée prochainement."
Nous nous apprêtions dès lors à rédiger un nouvel article au vitriol, pour dénoncer cette gabegie judiciaire. Mais le président a semble-t-il tenu sa promesse puisque, cette semaine, il a fixé une nouvelle audience pour relancer l'affaire : "La demande de taxation des curateurs a été examinée à l'audience de ce 19 novembre et le jugement sera rendu le 17 décembre. Ensuite seront fixées l'assemblée de reddition des comptes, début 2026, et enfin la clôture. Le dossier devrait être clôturé dans le courant du premier trimestre 2026", nous a-t-il annoncé ce jeudi, alors que nous le réinterrogions sur le sujet.
Nous pourrions dès lors espérer une clôture définitive de ce mauvais match judiciaire dans les mois qui viennent.
D'après nos informations, il devrait rester un actif de l'ordre de 6 ou 7 millions d'euros à liquider.
Mais que les anciens de Donnay (ceux qui sont toujours en vie), n'espèrent pas trop : s'ils ont encore des indemnités à recevoir, qu'ils sachent qu'elles ont fondu comme neige au soleil, au fil des indexations et de l'inflation. Ils ne recevront en effet que le montant nominal de 1988, sans indexation. En pareil cas, une créance estimée à 1000 francs en 1988 est considérée comme valant 25 euros en 2025.
