Cent vingt-cinq élèves de l'Institut Saint-François de Sales à Ath découvrent l'envers de leur garde-robe
À la veille des vacances scolaires, les élèves de 5e professionnelle et de 5e technique de qualification de l'Institut Saint-François ont consacré une journée à la découverte de ce qui se cache derrière les tendances de la fast-fashion.
- Publié le 22-10-2026 à 07h00

Dans les couloirs de l'Institut Saint-François, il y avait des machines à coudre posées sur les bancs, des pelotes de laine mais aussi de vieux t-shirts et des aiguilles entre les mains de 125 élèves. Ils ont regardé de plus près ce qu'il y a derrière leurs vêtements, c'était la journée "Fast versus Slow : on s'occupe de nos fringues !"
Une initiative pour sensibiliser
L'initiative vient du groupe d'action "environnement" de l'école. "Des projets sont à réaliser et il se trouve que j'ai reçu un mail de l'ASBL Climate Voices, qui propose de venir aider les écoles sur un projet environnemental. Plusieurs thèmes étaient proposés et, avec plusieurs collègues, on a choisi la fast fashion parce qu'on trouvait que ça concernait vraiment nos élèves", explique Isabelle Debloc, professeure de physique chimie. Le public cible est les élèves de 5e technique de qualification et de 5e professionnel.
"Ce sont des jeunes qui ne sont pas toujours informés de l'actualité. Ils restent dans leur canal, celui des réseaux sociaux, mais nous, on ne veut pas qu'ils se limitent à ça. Ce sont des citoyens, ils ont le droit d'être informés, donc à notre échelle, on décide de les confronter à ce genre de problématique."
Du côté de Climatevoices, l'ASBL qui a contacté l'école, il y a Manon Bérin. L'animatrice rappelle aux élèves d'où vient le "fast" de fast-fashion et sa problématique "À l'époque de nos grands-parents, il y avait quatre collections par an qui suivaient une logique saisonnière : hiver, printemps, été et automne. Aujourd'hui, on a 52 collections, soit une par semaine. Le problème actuel, c'est que les gens consomment la mode plus qu'ils ne l'utilisent pour s'habiller."
Pour Manon, l'enjeu dépasse même l'environnement parce que, derrière la consommation excessive de vêtements, il y a la santé humaine, le travail précaire ou encore des rapports de domination dans le secteur. C'est pourquoi l'animation a la volonté de donner des pistes aux jeunes pour les aider à consommer de manière plus réfléchie. Acheter moins, passer par de la seconde main ou se tourner vers l'éthique et le local, tout en sachant que cela a un coût, puisque les travailleurs y sont payés au juste prix.
La journée était divisée en deux : de la théorie et de la pratique
Le matin, place à la théorie. Par groupes de 20 à 25, les élèves ont suivi le voyage d'un vêtement grâce au jeu coopératif de la bobine. Ils ont pu découvrir le trajet presque interminable que faisaient leurs vêtements avant qu'ils ne puissent les porter. Par exemple, une simple culotte en coton doit traverser les champs de coton, qui sont par ailleurs très gourmands en eau, les ateliers de confection où travaillent principalement des femmes dans des conditions proches de l'esclavage, puis les ateliers de teinture, avant de traverser la planète pour arriver dans leur garde-robe.
Une vidéo tournée au Kenya, où s'entassent des tonnes de vêtements jetés ou invendus, a bouclé cette matinée de sensibilisation. "C'était important de leur montrer d'où viennent les vêtements qu'on commande parfois en trois clics et qui ne coûtent que quelques euros pièce", souligne l'enseignante.
L'après-midi, les élèves ont pu participer à deux ateliers qui ont amené du concret dans la théorie reçue le matin même. Le but de ces ateliers était de leur montrer qu'il est possible de fabriquer des objets à partir de vêtements trop usés pour être portés.
Onze ateliers ont été imaginés : customisation de vêtements qu'on ne met plus, broderie pour réparer, tricot et crochet, macramé à partir de vieux T-shirts, création de sachets de lavande, lingettes démaquillantes, ou encore tawashi, des petites éponges japonaises faites de vieilles chaussettes. Les élèves se sont montrés curieux et créatifs, ils ont joué le jeu et sont repartis avec leurs propres créations.
Des élèves intéressés
Les élèves, eux, étaient assez réceptifs et ouverts sur la question. Jade, en 5e chimie, savait ce qu'étaient la fast-fashion et les grandes marques qui en sont reines, mais grâce à cette journée, elle repart avec des images concrètes : des travailleurs (souvent des femmes) très mal payés, une qualité médiocre et de la pollution. Cet atelier a permis aux élèves d'ouvrir les yeux sur les enjeux climatiques et environnementaux qui se cachent derrière la consommation de vêtements.
En parlant avec ses camarades de classe et ses professeurs, Jade explique que l'animation permet de comprendre certains mécanismes et d'y réfléchir "C'est pas mal pour sensibiliser, parce qu'il y a plein de gens qui ne sont pas assez informés sur ce qu'ils achètent et sur les conséquences que ça a sur le monde. Personnellement, je vais en parler à mes proches pour qu'ils soient plus au courant." Déjà adepte des friperies, cette journée ne fait que confirmer les préférences de Jade : acheter en seconde main.
Une première réussie qui donne l'envie d'essayer d'autres projets
Cette première journée est une réussite tant pour les élèves que pour les professeurs. L'équipe imagine déjà un vide-dressing, un petit magasin de seconde main en collaboration avec l'option vente de l'école ou encore un défilé de seconde main avec l'option coiffure.
"On aimerait que cette journée ne soit que le début, mais ça va dépendre d'eux aussi. Ce qu'on veut leur montrer, c'est qu'ils sont acteurs",conclut Isabelle Debloc.
