Nouveau projet sur le site des anciens Textiles d'Ere: "Nous demandons aux autorités compétentes de ne pas l'autoriser"
Mobilité, charroi, pollution, nuisances diverses... Le nouveau projet consistant en la réhabilitation et la reconversion d'une friche industrielle, sur le site des Anciens Textiles d'Ere, suscite une mobilisation citoyenne. "Le projet devrait être conçu prioritairement sur l'assiette actuelle des bâtiments existants".

- Publié le 03-09-2026 à 21h05

Le site des anciens textiles d'Ere, chaussée de Douai, a laissé bien de mauvais souvenirs à la Ville de Tournai, aux habitants du quartier et aux pompiers de la zone de secours qui devaient régulièrement intervenir pour des incendies. Le lieu était alors propriété de la société Omica Groups. Après avoir racheté cet ensemble industriel de sept hectares, la société Belvalor a tenté en 2024 d'y exploiter des halls industriels et logistiques, ainsi qu'un champ photovoltaïque sur un terrain agricole. En vain. Le collège communal de l'époque ne voyait pas ce projet d'un bon œil (il avait remis un avis défavorable), ni l'opposition MR actuellement aux affaires.
Deux ans plus tard, la société revient à la charge via la dénomination Belvalor Real Estate, pour démolir les bâtiments industriels, assainir le sol et construire des halls industriels et logistiques avec bureaux.
Ce nouveau projet a fait réagir des habitants des environs. Le comité des riverains dit "des Anciens Textiles d'Ere" s'est de nouveau mobilisé en distribuant des tracts, en procédant à un affichage local comportant un QR Code vers une pétition, et en organisant une réunion d'information qui a lieu ce vendredi 4 septembre 2026 à 20h dans la salle socio-culturelle d'Ere. "On ne s'oppose pas au développement économique et on ne veut pas mettre des bâtons dans les roues de ce projet. Des habitants souhaitent enfin être débarrassés de cette vilaine friche industrielle", disent Claudy Vandenbussche et Xavier Vanboquestal. "Mais il n'est pas question de faire n'importe quoi : ce projet tel qu'il est présenté est inacceptable".
Le comité des riverains ne demande pas l'impossible, insiste-t-il. "On demande simplement que le développement économique du site se fasse dans le respect des règles environnementales, hydrologiques, urbanistiques et de mobilité, et que les conséquences du projet ne soient pas transférées aux habitants et à la collectivité."
L'assainissement complet et sérieux du site doit être réalisé compte tenu de toutes les pollutions (anciennes et récentes), insiste les représentants du collectif. Or, déplorent-ils, le projet actuel ne prévoit aucune excavation des terres polluées mais leur simple confinement au travers d'une membrane technique recouverte de terres. Ces remblais constitués de quelque 78 000 m³ de terres exogènes (c'est ce qu'on peut lire sur l'étude ARIES) sur une hauteur de quatre mètres constituent une des principales sources de crispation par rapport au dossier. "Pour cette société, l'intérêt financier est évident car les terres acheminées sur place pour le remblai (de type 5, pouvant présenter un certain taux de polluants) lui rapporteront entre 20 à 30 euros la tonne, soit au final des millions d'euros".

Si l'on tient compte d'un volume moyen de 10,5 m³ par camion, ce remblaiement représenterait quelque 7.429 trajets (aller et retour) de camions. "L'étude mentionne une moyenne de dix camions par jour ouvrable pendant trois ans, soit dix entrées et dix sorties quotidiennes", indiquent MM. Vandenbussche et Vanboquestal.
Ils redoutent des conséquences liées au charroi : la mobilité sera extrêmement problématique durant le chantier de remblai. "L'étude réalisée par ARIES Consultants en 2025 suggère qu'en provenance de Lille et Courtrai, et pour éviter le transit par les boulevards de Tournai, les liaisons les plus rapides s'effectuent via la sortie n°35 Blandain-Marquain, suivie de la chaussée de Lille, et ensuite l'utilisation du chemin de la Pannerie pour atteindre la chaussée de Douai et le site du projet. Or, ce chemin est une voirie rurale étroite, dont la configuration n'est manifestement pas comparable à celle d'un itinéraire destiné à accueillir un trafic important de poids lourds et de semi-remorques".
"La meilleure solution ? Un assainissement par excavation/dépollution"
Le comité a la conviction que ce remblaiement de 78.000 m³ n'est absolument pas nécessaire. Le projet devrait être conçu prioritairement sur l'assiette actuelle des bâtiments industriels existants, cinq mètres plus bas que le niveau de la chaussée de Douai, en procédant à un assainissement par excavation/dépollution.
Cette solution présenterait plusieurs avantages : suppression ou réduction considérable du charroi lié au remblai, limitation des nuisances sonores et des émissions de poussières, réduction de la circulation des poids lourds aux alentours, meilleure intégration du projet dans le paysage existant, nuisances moins importantes pour le voisinage, etc.
Une solide étude d'incidences sur l'environnement est demandée, ainsi qu'une étude hydrogéologique poussée. "Ce projet doit être envisagé à l'échelle du village d'Ere qui subit des crues et des inondations répétées. Le dépôt de terres sales à un niveau surélevé de quatre mètres exposera les parcelles voisines cultivées à une pollution due aux poussières fines de Type 5 d'abord, puis représentera un risque majeur de ruissellement d'eaux chargées de sédiments pollués vers les terres situées au sud du site."
Enfin, au sujet de l'exploitation future du site, les riverains se posent la question de savoir quelle sera exactement la nature des activités accueillies dans ces bâtiments. "Le projet est présenté comme un ensemble destiné à des PME ou à de petits artisans. Comment justifier des halls pouvant atteindre 13 mètres de hauteur ainsi que plusieurs espaces permettant l'accès de semi-remorques ?"
La conclusion est sans appel : "Nous demandons aux autorités compétentes de ne pas autoriser le projet en l'état".