Le Sporting Charleroi et la RAAL La Louvière, rivaux chez les pros en Jupiler Pro League, le sont-ils aussi chez les jeunes ?
La RAAL et le Sporting Charleroi, concurrents en D1A, le sont-ils aussi chez les jeunes? Comment cette rivalité se vit-elle au quotidien et boxent-ils déjà dans la même catégorie ?
- Publié le 27-11-2025 à 07h17

À deux jours des retrouvailles entre le Sporting Charleroi et la RAAL La Louvière au Mambourg, une constatation nous a sauté aux yeux : Martin Delavallée sera le seul Hennuyer présent samedi sur la feuille de match, et Mehdi Boukamir le seul "produit" d'un des deux clubs à jouer dès le coup d'envoi. Pourtant, ces deux fers de lance du Hainaut misent aussi sur la formation. La rivalité ne se retrouve d'ailleurs pas seulement en D1A même si elle est peut-être moins exacerbée chez les jeunes actuellement. Focus sur les deux projets hennuyers.
Pas (encore) de choc hennuyer chez les jeunes
Avec une telle promiscuité, 26,5 km entre les deux stades, la rivalité chez les jeunes devrait être très haute. Mais, actuellement, jeunes Carolos et jeunes Louviérois ne se rencontrent pas : les Zébrions évoluent en Élite 1, parmi les douze meilleurs centres de formation du pays, et les Louveteaux ne sont encore qu'en Élite 2. Par le passé, elle a existé même si, à l'heure de convoquer ses souvenirs, Alex Teklak, ex-Loup et ex-Zèbre, ne retient pourtant aucune animosité dans sa jeunesse. "S'il y a un conflit, il est naissant depuis qu'on est en D1, confie l'ex-défenseur. Je sais surtout que quand le Sporting s'est débarrassé de ses excédentaires au centre de formation l'été dernier, un bon nombre d'entre eux ont rebondi à la RAAL par l'effet des vases communicants."
La Louvière est, aujourd'hui, la seule solution pour un joueur trop court en Élite 1 à Charleroi.
Une donnée confirmée par Joël Crahay. "Le responsable du recrutement de La Louvière m'a demandé s'il pouvait contacter quelques profils quand je lui ai annoncé en mars qui devait quitter Charleroi. Ça les intéressait, déclare celui qui était le numéro 2 de la formation du matricule 22 jusqu'à l'été dernier. Il peut y avoir de la tension maintenant car quelques entraîneurs, remerciés à Charleroi, ont aussi retrouvé un poste à la RAAL mais il n'y a pas d'animosité."

Un recrutement "fair-play"
Qu'on soit au Pays noir ou dans la Cité des Loups, l'envie de développer ou d'accentuer la formation est une volonté assumée. À l'Easi Arena, l'équipe de recruteurs s'est d'ailleurs déployée aussi pour les 500 jeunes (diminution suite à l'envie de se concentrer sur l'élite). "Évidemment, vu la proximité, on est régulièrement sur les mêmes dossiers et profils chez les jeunes mais, à l'heure des choix, l'entourage du joueur préférera souvent Charleroi car ils sont en Élite 1, explique David Verwilghen, le directeur sportif carolo de La Louvière. Une fois qu'on les rejoindra, ce sera à nous de nous montrer imaginatifs pour être le premier choix des jeunes de la région. Mais on n'est pas encore à se tirer dans les pattes pour le recrutement des jeunes... pour le moment."
Par tradition, le Standard incarnera pour toujours le réel ennemi des Sambriens. Si l'esprit de clocher existe avec l'autre club hennuyer, la détestation chez les jeunes n'est pas si profonde. Et passer d'une formation à l'autre ne représente pas un acte de trahison suprême. "Sur les deux dernières années, La Louvière a transféré au moins 25 joueurs du Sporting alors que, dans le sens inverse, il n'y en a eu que trois, poursuit Crahay. Sans manquer de respect aux Verts, ils constituent la seule solution pour un joueur trop court en Élite 1. Le Standard, c'est trop loin et c'est trop haut."

Wolves Academy, déjà une référence
Avec un centre de formation qui a vraiment activé son mode pro la saison dernière, les Louviérois avancent mais sans vouloir sauter les étapes. La Wolves Academy est pourtant déjà un outil de référence dans le Hainaut. "Avant de vouloir passer en Élite 1, on veut peaufiner notre méthodologie avec une structuration bien définie et un plan d'apprentissage, précise Nicolas Frutos, le Head Of Football à La Louvière. On est plus sur un processus. On veut d'abord être capable de construire quelque chose. On obtient déjà des résultats mais on avance solidement."
Paradoxalement, jouer en Élite 2 n'empêche pas les Louviérois de pouvoir compter sur de meilleures infrastructures, alors que Marcinelle se rénove enfin (Mehdi Bayat allouant quand même plus de deux millions au centre de formation). "C'est une belle académie, confirme l'ancien Carolo Joël Crahay. Ils ont tout sur place avec une grande salle de musculation, des parkings, du matériel et des terrains, alors que nous, on était encore en demande de ça. Peut-être que dans trois, quatre ans, ils auront un centre de formation de qualité."

Des U23 des deux côtés
L'une des volontés du côté louviérois, une fois le monde pro intégré, était d'inscrire une équipe U23 en D3 ACFF, histoire d'assurer une certaine continuité dans le projet. Les Zebra Élites sont, eux, bien installés en D1 ACFF. Mais, dans un camp comme dans l'autre, il est difficile de sortir des jeunes. À l'ombre du Tivoli, on ne s'inquiète toutefois pas.

"Notre projet s'étant vraiment lancé il y a peu, on ne s'attend pas à pouvoir le faire avant quelques années. Quand j'avais présenté le projet, j'avais misé sur la période 2024-2030, dévoile Nicolas Frutos. Pour voir une académie devenir performante, cela demande du temps, presque six ans."
Plus il y a de possibilités de formation élite, plus la base de la pyramide sera grande.
À Charleroi, où le niveau de formation est identique depuis plusieurs années, Mehdi Boukamir sera le seul "produit" du club titulaire samedi. Et, encore, c'est un choix par défaut. "C'est un problème purement belge, qui dépasse Charleroi et la Louvière, conclut Crahay. La majorité des clubs met de l'argent dans la formation pour ensuite se focaliser sur des joueurs extérieurs pour l'équipe première. Prenons plutôt l'exemple de Bruges."
Là où la rivalité entre Loups et Zèbres peut être vue négativement, d'autres préfèrent y voir du positif. "Dans un passé récent, Mons et les Francs Borains étaient nos rivaux. Aujourd'hui, c'est Charleroi. Pour moi, c'est bénéfique, lance Frutos. Et même très bien pour le foot wallon de manière globale. Plus il y a de possibilités de formation de ce niveau, plus la base de la pyramide issue de formation Élite sera grande ! Ça va élever le niveau global."