"Il s'inventait une vie d'attaquant", Quand il y va, il est persuadé qu'il touchera le ballon" : d'où vient le sens du but du Carolo Cheick Keita ?
De Reims à Saint-Brice-sous-Forêt en passant par Bastia : notre enquête afin de déceler les raisons de l'efficacité du défenseur de Charleroi dans la surface adverse.
- Publié le 22-10-2026 à 18h35

Il va revenir sur les lieux d'un de ses nombreux crimes alors que sa gâchette est réglée parfaitement depuis deux semaines. Dimanche, Cheick Keita va retourner au Bosuil.
La majorité des supporters ont oublié que le défenseur central avait ouvert le score, là-bas, lors du mythique barrage européen de mai 2025, car la chevauchée de Parfait Guiagon à la dernière minute après l'égalisation de Mohamed Bayo, est restée dans leur mémoire collective.

Qu'importe. Depuis 2 semaines, ils ont retenu que l'international malien leur a donné du bonheur en leur offrant les 3 points à Sclessin et la qualification à Mons.
En fouillant dans nos archives, on s'est rendu compte que l'on affublait déjà au joueur de 23 ans le surnom de défenseur-buteur le 25 octobre 2025.
Il venait d'offrir un succès face à Anderlecht, cinq mois après avoir inscrit son premier but carolo, la réalisation de la victoire des Europe Playoffs contre Westerlo au terme d'un match fou (4-3).
En plus de marquer beaucoup (9 réalisations en 79 apparitions chez les Zèbres), pour un arrière, Keita ne met que des buts qui comptent. Alors, la question nous a titillés. Mais d'où vient ce sens du but qui commence à devenir légendaire au Mambourg, pour quelqu'un ayant à son compteur un seul goal chez les pros avant son arrivée en Belgique ?

De la hargne, mais pas que
La première affirmation que l'on peut dévoiler, c'est qu'il l'avait déjà à Reims, son ancien club. "Il ne fait pas 1 mètre 90 mais quand il y va, il est persuadé qu'il va toucher le ballon, analyse Samba Diawara, adjoint au moment où le jeune homme avait réalisé ses débuts en Ligue 1 à l'automne 2022 en disputant 7 matchs. Sur le but qu'il met au Standard, il réalise un mouvement que j'essaye d'expliquer tout le temps aux joueurs. Il ne court pas tout droit mais un peu en diagonale pour couper la trajectoire du cuir. C'est ce qui te permet de passer devant les défenseurs ou le gardien qui attendent le ballon."
Des qualités démontrées également du côté de Bastia en Ligue 2 où il avait passé l'exercice 2023-2024 en prêt. "Quand Cheick fait quelque chose, c'est à fond. C'est sa force, décortique Régis Brouard. Il monte sur les coups de pied arrêtés avec une hargne semblable qu'il utilise lorsqu'il doit réaliser une intervention défensive."
Une agressivité que l'entraîneur principal a même dû canaliser. "Comme il était toujours au taquet, il n'hésitait pas à rentrer dans nos attaquants à l'entraînement. Ça les crispait, sourit-il. Lui partait du principe qu'il était là pour bosser."
Pour Franck Chalençon, son coach quand il se trouvait dans la réserve de Reims, c'est cette volonté qui lui permet d'exceller dans ce domaine. "Je ne suis pas d'accord en disant qu'il dispose du sens du but. Ce n'est pas ça l'avoir. Il a juste plus envie que les autres. L'ingrédient d'un coup de pied arrêté réussi, c'est la détermination qu'on y met. En plus d'avoir le physique, l'engagement est le mot qui caractérise Cheick."
Contre Saint-Ouen-l'Aumône, il nous offre la victoire en marquant après avoir récupéré le ballon depuis notre camp.
Un passé d'attaquant
Le simple souhait de vouloir marquer peut-il expliquer cette efficacité ? Ou se cache-t-il quelque chose que l'on ne sait du côté de Saint-Brice-sous-Forêt, le club où il est resté de ses 12 à ses 16 ans après un passage au FC Saint-Leu 95, une autre équipe de la région ?
"Il possédait déjà ce sens du but", avoue Jordan Borie, l'un de ses formateurs. "Pas uniquement sur corner ou coup franc, renchérit Christophe Jérémie, son entraîneur de ses 14 à ses 16 ans. Un jour, en U17, Cheick nous offre la victoire face à Saint-Ouen-l'Aumône en récupérant le ballon depuis notre camp. Il était parti seul dans une action improbable où il avait dribblé 4-5 joueurs avant de tirer au but. C'était inoubliable."
L'éducateur nous apportera ce que nous cherchons, en délivrant l'information méconnue : "Plus jeune, il avait joué plus haut."
"Quand je suis arrivé prendre les U15 du Saint Brice FC, il s'inventait une vie d'attaquant", se marre Levis Jean-Louis.
Ce dernier a joué un rôle important dans la carrière de Cheick. Recruteur également à l'époque pour le Stade de Reims, c'est lui qui soufflera le nom de Keita aux dirigeants du centre de formation des Marnais alors que rien ne prédestinait le joueur à faire carrière à 16 ans quand il évoluait dans son club régional.
"Lors de notre premier entretien individuel, il m'a dit qu'il était un avant. Je l'ai redescendu en défense centrale. Ça correspondait plus à ses qualités. Quand je lui ai annoncé, il a souri car il savait bien au fond de lui même que c'était son poste."
Ça ne l'empêchera pas de déjà se signaler offensivement. "Il n'avait pas peur d'aller tirer les penaltys. Et avec son sens du timing et sa détente verticale, il nous a fait gagner des matchs."
Dix ans plus tard, rien n'a changé. Et Cheick Keita n'est pas près de s'arrêter de secouer les filets.