Vivaldi : les heures de l'Open Vld plus que jamais comptées, selon Carl Devos (UGent)
La nomination de Paul Van Tigchelt à la Justice passe mal chez les libéraux flamands. Déjà en grande difficulté dans les sondages, le parti du Premier ministre risque désormais l'implosion, selon le politologue flamand Carl Devos (UGent).

- Publié le 23-10-2023 à 20h31
- Mis à jour le 24-10-2023 à 11h27

Saluée par les partenaires de majorité de la Vivaldi, la nomination de Paul Van Tigchelt au ministère de la Justice passe mal, en revanche, dans les rangs de l'Open Vld. Le parti d'Alexander De Croo apparaît de plus en plus fragilisé. Ses heures semblent même comptées, si l'on en croit Carl Devos, politologue à l'université de Gand.
Comment expliquer que cette nomination de Paul Van Tigchelt crée autant de remous au sein du parti ?
Elle a été imposée au parti par le G4: Alexander De Croo, Vincent Van Quickenborne, Tom Ongena et Bart Somers (respectivement Premier ministre, ancien vice-Premier, président du parti et bourgmestre de Malines, NDLR). L'Open VLd ressemble de plus en plus à la Lijst De Croo: De Croo contrôle le parti de manière très étroite avec peu de marge de participation.
Ces derniers jours, de nombreux noms ont circulé en interne. Mais il y a eu peu de consultations à ce sujet. Beaucoup se sentent marginalisés. Ils auraient pu attendre jusqu'à aujourd'hui (et le bureau de parti, NDLR), au lieu de prendre une décision rapide hier.
Pourquoi le choix de Paul Van Tigchelt pose problème ?
Van Tigchelt n'est pas un "homme politique", ni un élu, mais un employé du cabinet. Les élus Open Vld se sentent délaissés. Ils disent qu'ils travaillent dur pour réussir les élections mais ne sont pas appréciés lorsqu'il faut élire des ministres.
C'est aussi un homme, alors que De Croo, auteur d'un livre sur Le siècle de la femme, aurait pu choisir une femme. Il avait auparavant brutalement forcé la secrétaire d'État Eva De Bleeker à démissionner (lire p.4). Et il n'a pas choisi Gwendolyn Rutten, qui, outre de nombreux opposants, compte également de nombreux partisans.
De Croo dispose désormais d'un vice-Premier ministre en qui il peut avoir entièrement confiance.
Mais Paul Van Tigchelt est un confident de De Croo. Il dispose désormais d'un vice-Premier ministre en qui il peut avoir entièrement confiance, ce qui aurait moins été le cas de Gwendolyn Rutten, par exemple.
Enfin, il fallait que ce soit un Anversois qui puisse s'opposer, entre autres, à Bart De Wever, dans cette vaste circonscription. Bart Somers et Tom Ongena sont tous deux originaires de Malines, ils ont besoin d'une personnalité anversoise forte. C'est probablement la raison principale, plus que l'expertise de Van Tigchelt en matière de sécurité.
Comment interpréter cette frustration de Gwendoline Rutten et Patrick Dewael, alors qu'il n'y avait qu'un seul poste à pourvoir ?
Tous deux avaient l'ambition de devenir ministres. C'était peut-être l'une des dernières chances, surtout pour Patrick Dewael, qui quitte la politique nationale. Et avec la perspective d'affaires courantes qui durent (en cas de crise politique post-électorale, NDLR), vous pourriez être ministre jusqu'en 2025. Et qui sait, vous pourriez même le rester par la suite si l'Open Vld rejoignait un gouvernement.
Il s'agit donc d'ambitions frustrées, qui se sentent ignorées et insuffisamment appréciées. Dans un parti en déclin, c'est désormais chacun pour soi.
Elle rêvait probablement de devenir enfin ministre. La déception est d'autant plus grande.
N'oubliez pas que Rutten aurait pu devenir vice-Première ministre flamande dans le gouvernement Jambon I après les élections de 2019, mais elle a refusé car elle espérait devenir Première ministre de la Vivaldi. Or ce sont De Croo, Van Quickenborne et Lachaert (l'ancien président de parti, NDLR) qui sont arrivés au pouvoir (Premier ministre, vice-Premier ministre et président). Gwendolyn Rutten est passée au second plan.
Son espoir d'entrer enfin au gouvernement avait grandi parce que Rutten et De Croo s'étaient retrouvés. Rutten a aidé à sauver la peau de Tom Ongena lors du dernier congrès du parti, elle était de retour sur le devant de la scène. C'est pourquoi elle rêvait probablement de devenir enfin ministre. La déception est d'autant plus grande.
Quel impact cette nomination pourrait-elle avoir sur l'Open Vld ? Y a-t-il un risque que le parti implose ?
Le parti préservera les apparences vis-à-vis de l'extérieur pour ne pas disparaître complètement en dessous du seuil électoral. Mais l'ambiance est au pessimisme. Beaucoup sont en colère contre Alexander De Croo: "Alexander, tout pour moi et rien pour les autres", peut-on entendre au sein du parti. Ils savent aussi qu'il ne deviendra plus Premier ministre et disparaîtra donc dans une carrière internationale, ce qui affecte également son autorité. Il est toujours le grand patron, mais beaucoup disent déjà qu'il partira de toute façon, ce qui commence déjà à affecter son poids.
Il est difficile de vendre à l'électeur une marque à laquelle on ne croit plus.
Le seul argument de vente de l'Open Vld est "le premier ministre, le leader du pays". Mais les critiques à l'encontre de De Croo en tant que leader du parti suscitent de plus en plus de critiques. S'il ne parvient pas à diriger un parti, comment serait-il capable de diriger un pays ? La stratégie électorale de l'Open Vld devient de plus en plus complexe car il est difficile de vendre à l'électeur une marque à laquelle on ne croit plus.
S'il devait imploser, cela signifierait-il la fin de l'Open Vld et qui, en Flandre, pourrait en profiter ?
Un scénario à la Volksunie (parti nationaliste flamand qui a implosé en 2001, NDLR) est certainement possible. Après les élections, l'Open Vld pourrait devenir très petit, ce qui pousserait certains à quitter le navire. D'autant que Bart De Wever en appelle à créer un nouveau grand parti flamand, avec la N-VA et des parties de l'Open Vld et du CD&V. Si certains élus quittent le parti, peut-être que ceux qui restent créeront un nouveau parti libéral. Nous verrons, mais il est presque certain que l'Open Vld tel que nous le connaissons aujourd'hui n'existera plus après les élections. De Croo est devenu Premier ministre de la Vivaldi, mais à quel prix ? Celui de l'effondrement de son propre parti.
De Croo, affaibli, n'aura pas su capitaliser sur la nomination
Cet épisode laissera des traces au sein de l'Open Vld, même si officiellement, le dossier est clos. Le Bureau qui se tenait lundi matin a en effet entériné le choix de Paul Van Tigchelt en remplacement de Vincent Van Quickenborne et ce, après une "bonne discussion", selon les dires du président des libéraux flamands, Tom Ongena. Mais en l'absence de plusieurs ténors du parti.
Le Bureau a d'ailleurs demandé à son président de recoller les morceaux avec les déçus du week-end, à commencer par l'ancienne présidente Gwendolyn Rutten qui demeure "absolument l'une des principales figures du parti", selon Tom Ongena, qui a affirmé "continuer à travailler au renouveau" de l'Open Vld.
Aujourd'hui, ce que tout le monde évoque de l'Open Vld, c'est ce k.-o. intégral.
Une tâche pour le moins ambitieuse. Car, si l'Open Vld espérait capitaliser sur cette recrue de choix pour remonter dans les sondages, c'est raté, analyse Pascal Delwit, politologue à l'ULB. "Aujourd'hui, ce que tout le monde évoque de l'Open Vld, c'est ce k.-o. intégral avec de nombreux députés qui refusaient lundi matin de participer au bureau, qui contestent la décision d'Alexander De Croo de prendre Paul Van Tigchelt et d'avoir maltraité Gwendolyn Rutten. Ce qu'on retient, c'est ça. La démission est déjà derrière le parti. Je ne suis pas sûr qu'il aurait pu en tirer longtemps une image positive d'ailleurs. Mais là, la focale est nouvelle, et dans un sens très négatif."
De quoi affaiblir encore un peu plus Alexander De Croo en tant que Premier ministre. Pour Carl Devos, politologue à l'UGent, la crise de ces dernières heures "affaiblira également son poids au sein de la Vivaldi. Et il y a déjà eu tant de critiques à son encontre, notamment de la part du PS. Or, plus Alexander De Croo est en difficulté, moins Paul Magnette doit tenir compte de lui. Heureusement, il peut désormais profiter de quelques mois présidentiels grâce à la présidence européenne (à partir de janvier 2024, NDLR), mais il risque de devenir de moins en moins le chef du gouvernement. Pour peu qu'il l'ait été." CA.F. / F.-X.G.
