Taxer l'épargne pour doper l'emploi

L'emploi est la priorité du gouvernement. Pour doper les embauches, l'exécutif veut baisser les charges sur le travail. Et compenser par une taxe sur l'épargne.

Taxer l’épargne pour doper l’emploi
Epargner ©Frog 974 – Fotolia

La Banque nationale de Belgique l'a rappelé cette semaine: si la croissance sera (légèrement) plus élevée en 2012 que ce qui était attendu, l'emploi, lui, sera en berne. D'où la volonté du gouvernement de travailler sur ce point faible pour relancer la machine.

Son idée, dévoilée hier par nos confrères de L'Écho, consisterait à baisser les charges patronales pour pousser les entreprises à embaucher. Mais cette mesure aurait un coût (400 millions) qui serait compensé par une autre mesure: imposer les revenus de l'épargne à 25%, pour tout le monde.

Étienne de Callatay, en tant qu'économiste en chef de la banque Degroof, comment jugez-vous cette idée du gouvernement ?

Je pense que c'est une nécessité dans la durée. Tant qu'à le faire, autant le faire le plus vite possible. Même si ça commencera par faire des "cadeaux" aux patrons. Il ne faut pas attendre des effets miraculeux immédiats sur l'emploi.

Pourquoi ?

Prenons l'exemple d'un avocat ou d'un notaire. Ce n'est pas parce qu'on baisse les cotisations qu'il va engager une deuxième secrétaire. La mesure va lui permettre de faire plus de bénéfices. Ou, si sa secrétaire lui demande une augmentation, il sera plus enclin à accepter car cela reviendra à lui donner ce que vous avez économisé.

Il y a pour partie un effet d'aubaine. Mais je pense que la priorité en matière de réforme structurelle, c'est d'abaisser le coût du travail.

Vouloir financer la mesure par une taxation sur l'épargne, c'est une mauvaise nouvelle de plus pour l'épargnant ?

L'idée, selon ma compréhension, serait acceptée de bonne grâce par l'épargnant si c'en était revenir au principe de l'anonymat. Et donc au précompte libératoire. Vous payez vos 25%, c'est tout. Le fisc ne sait pas qui a quoi en matière de patrimoine. C'est quelque chose qui vit fort dans l'opinion et pas seulement chez les très fortunés.

Je crois qu'il y aura un large assentiment du public concerné par cette mesure, un large assentiment du secteur financier lui-même car c'est beaucoup plus simple à gérer. Et il y a un avantage complémentaire pour l'État car ça rapporte plus et plus vite.

Peut-on imaginer une baisse des charges à la carte, limitée à certains groupes cible ?

Malheureusement oui. C'est d'ailleurs une mesure qui existe déjà, pour le travail de nuit. Il y a une idée sur la table qui est l'allégement sur les trois premiers travailleurs d'une PME. À titre personnel, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Ce dont on a besoin, c'est de plus d'emplois, qu'ils soient créés dans des PME ou des grandes entreprises. L'État n'a pas à faire de discrimination entre activités, secteurs, grandes ou petites entreprises. Je crois qu'il est préférable que l'État abaisse les cotisations sociales sans tenir compte de ce type de critères. La discrimination qui a du sens, c'est pour le travailleur qui éprouve des difficultés à s'insérer sur le marché du travail, les travailleurs âgés ou les travailleurs peu qualifiés.

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