Réformer la Sécu plutôt que l'État

Aucune mesure structurelle forte n'a été prise par le gouvernement dans le cadre de l'ajustement budgétaire bouclé vendredi soir. Une question souvent mise en avant-plan ces derniers mois n'a par exemple pas été abordée par les négociateurs : la compétitivité de la Belgique.

F.G.
Réformer la Sécu plutôt que l’État
Hôpital ©Reporters

Pour l'économiste Giuseppe Pagano, cette question à proprement parler n'entre pas dans le cadre du budget. De plus, la mesurer n'est pas chose aisée. " Le déficit est facile à mesurer alors que mesurer la compétitivité est un vrai défi. Il n'existe pas d'indicateur de compétitivité."

Pour améliorer la compétitivité, il y a deux moyens: "Diminuer les coûts ou améliorer la qualité. Mais travailler sur les coûts, c'est comme découper une feuille de papier avec une seule lame, ça ne va pas marcher. Ce n'est pas la seule question des coûts qui compte. Sinon Mercedes ne vendrait jamais autant de voitures car elles coûtent plus cher." Si le constructeur allemand en vend autant, c'est pour sa supposée qualité supérieure.

Les coûts salariaux plus élevés en Belgique sont une réalité. "Mais ce n'est pas parce que nous gagnons plus qu'ailleurs. C'est parce qu'on prélève beaucoup d'argent sur les salaires pour financer la Sécurité sociale. Je pense que la prochaine grande réforme qu'il faudra faire, ce n'est pas une septième réforme de l'État mais bien une réforme du financement de la Sécu, voir comment on peut continuer à la financer car c'est un système qui offre beaucoup d'avantages."

L'économiste ne veut pas toucher à notre modèle "que les autres veulent nous copier. L'idée serait: ''Comment financer le système autrement?'' Sinon, ça pèse beaucoup sur le coût du travail en Belgique."

Prendre le temps de réfléchir

Giuseppe Pagano prône un déplacement du financement sur les accises. D'autres plaident pour une augmentation de la TVA. La question devra être tranchée.

"Ce n'est pas le genre de mesures qu'on peut prendre lors d'un contrôle budgétaire, avec des contraintes lourdes comme celles qu'on a eues ici. Il faut des réflexions plus sereines, en dehors de la compétition politique et des échéances européennes. Il faut prendre le temps car, si l'idée est simple, sa mise en œuvre n'est pas aussi simple. Le Bureau du Plan devra mesurer les impacts réels, notamment sur l'emploi."

Et l'économiste de conclure: "Plutôt que de réfléchir à une septième réforme alors que la sixième va déjà très loin, voyons comment mettre en place une grande réflexion sur cette question avec tous les acteurs: politiques, partenaires sociaux, économistes,etc."

F.-X.G.

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