Rien de tel q u'une bonne râpe à fromage !
L'ajustement budgétaire a été bouclé par les ministres. La râpe à fromage a encore été sollicitée. Ce qui n'est pas une mauvaise chose, estime un économiste.

- Publié le 02-04-2013 à 06h00
L'accouchement était attendu pour la nuit de vendredi à samedi. Le timing a été respecté: les membres du gouvernement ont finalement réussi à accorder leurs violons pour boucler, avant les "vacances de Printemps", l'ajustement budgétaire. Un exercice d'équilibriste qu'analyse Giuseppe Pagano, économiste à l'Université de Mons.
Les mesures prises ont déjà un mérite, "elles semblent accueillies favorablement par la Commission européenne". Ce qui n'est pas rien quand on sait que l'exécutif européen avait accepté de lâcher un peu de lest (un déficit autorisé de 2,5% au lieu de 2,15%) moyennant deux conditions: une dette sous les 100% du PIB et des mesures structurelles. Si l'Europe est "favorable", c'est que le contrat a été rempli.
Au niveau des mesures structurelles, "il y a pratiquement un arrêt de l'engagement de fonctionnaires fédéraux, observe M.Pagano. Ça a un effet structurel car les économies en frais de personnel se reproduisent chaque année."
" Par ailleurs, du côté des recettes, on note une hausse des accises sur le tabac. On peut espérer que cette augmentation fasse baisser la consommation de tabac mais on sait que l'impact est relativement faible. Ce qui signifie que ça va gonfler les recettes fiscales. "
La râpe à fromage a encore frappé
L'économiste prend aussi bonne note de l'intention du gouvernement de vendre certaines participations de l'État, les fameux "bijoux de famille", même si on ne sait pas encore lesquelles. "Ça ne change rien du point de vue du déficit mais ça permet de réduire la dette. Ce sont deux choses différentes."
Le geste est symbolique, explique M.Pagano. Car en vendant quelques participations, la dette ne dépassera pas le seuil des 100%. Mais la mesure n'est pas structurelle "car ce que vous vendez cette année, vous ne pourrez plus le vendre ensuite. Mais la réduction de la dette, elle, a un effet structurel. Les intérêts économisés sont économisés chaque année."
Si les exigences européennes ont été respectées et l'ajustement bouclé, on notera une nouvelle fois que c'est la râpe à fromage qui a été utilisée, à savoir une multitude de mesures plutôt qu'une mesure unique mais franche, comme l'augmentation de la TVA.
Préserver le moral des gens
"C'est vrai, reconnaît l'expert, qu'il n'y a pas de mesure qui frappe fort. Mais personnellement, je ne suis pas opposé à la râpe à fromage. Il faut se rendre compte aussi que ça réduit l'impact sur les gens. Si vous prenez une mesure qui produit des effets importants, elle produit aussi des effets sur les citoyens qui doivent les payer. Plusieurs petites mesures qui permettent de répartir la charge sur les gens et qui font en sorte qu'ils ne les sentent pas trop, ce n'est peut-être pas si mauvais que ça. Il faut aussi être prudent quant au moral des gens."
Une hausse de la TVA aurait directement été ressentie par les contribuables et aurait été contre-productive en termes de rentrées fiscales. Mais la râpe à fromage ne pourra pas être éternellement ressortie (lire par ailleurs).
