Avec ses drones marins, l'usine belge Exail est à la pointe de la lutte contre les mines
En quelques années, la société Exail s'est imposée comme un leader dans les drones sous-marins capables de neutraliser des mines. Ses capacités équipent les nouveaux navires des armées belge et néerlandaise.

- Publié le 14-01-2026 à 17h18
- Mis à jour le 14-01-2026 à 17h41

En signant en 2019 un contrat à 500 millions d'euros avec les marines belge et néerlandaise, l'entreprise française Exail n'imaginait certainement pas rester à si bon quai à Ostende. Avec 22 sites de production dont celui d'Ostende – un des axes majeurs de sa stratégie de drones marins engagés dans la lutte contre les mines, Exail se targue aujourd'hui "d'emporter 90 % des compétitions à l'internationale. Exail n'est pas unique en Europe mais on a pris de l'avance," se félicite Thomas Buret, directeur général Exail Technologies. En Belgique, la société dispose aussi d'un site de recherche et développement à Mouscron.

Belges et Néerlandais, des références au sein de l'OTAN
Pour équiper les 12 navires de chasse de mines acquis par les marines belges et néerlandaise (6 chacun dans un programme d'achat commun) et développé par Naval Group, c'est Exail qui avait été choisi pour fournir l'ensemble opérationnel pour la détection et la neutralisation des mines. Dans ce secteur, Belges et Néerlandais sont reconnus comme marines de référence au sein de l'OTAN.
Désormais le carnet de commandes d'Exail compte bien plus que ses deux clients des plats pays. Le directeur reste prudent lorsqu'on l'interroge sur la nature d'autres contrats. Il en cite l'Europe, le Moyen-Orient (Émirats) et l'Asie (dont Singapour) ; soit entre 10 et 20 marines dont les commandes avoisinent le milliard d'euros.
Sur le site d'Ostende, Exail est désormais en mesure "de tout faire", à l'image des sites de production de Toulon et La Ciotat sur la côte méditerranéenne française. "On a été fortement soutenu pour le gouvernement belge. Ici, on est très proche de nos clients." C'est dans les murs de cette unité de production que les "tool boxs" sont montés et assemblés. L'ensemble opérationnel complet comporte une multitude drones maris et sous-marins. Certains servent à la reconnaissance, à l'identification des mines alors que le K-Ster va, lui, neutraliser la mine grâce à sa charge explosive emportée de 2,5 kilos. Ce K-Ster, c'est le dernier maillon de cette "tool box", car il disparaît avec la mine qu'il neutralise. Ce "boum" sous-marin et consommable est estimé à environ 200 000 €… Aujourd'hui, Exail compte entre 1200 et 1400 K-Ster en commande. L'objectif est de produire rapidement deux drones de ce type par jour à Ostende. Sur ce site, environ 130 personnes ont été engagées alors que le groupe emploie plus de 2000 personnes. "On a investi de vrais moyens industriels en Belgique. On est enthousiaste de constater que la Belgique nous a fait confiance."
"Les mines, l'arme du pauvre"
Des milliers de mines sont disséminées dans les eaux internationales. C'est le résultat des deux guerres mondiales mais aussi d'une stratégie de guerre qui ne s'épuise pas. La mer Caspienne en regorge depuis que la Russie a déclaré la guerre à l'Ukraine. "Une mine, ça ne coûte pas cher, c'est l'arme du pauvre." Dès lors, il faut sécuriser les eaux de surface, les fonds marins ou les colonnes d'eau pour la sécurité militaire, civile mais aussi commerciale. "Aujourd'hui, on a besoin de protéger nos infrastructures vitales. Tout pays qui dispose d'un port doit avoir une solution contre les mines."
L'intérêt des "tool boxs" développé par Exail, c'est de pouvoir identifier et neutraliser les mines en un temps record. Tout en cantonnant l'intervention humaine bien loin du danger potentiel. "On doit être capable de couvrir un terrain le plus large possible et le plus vite possible."
L'aspect "défense" et lutte contre les mines n'est qu'une des stratégies développées par Exail. Ses drones sont également utiles pour "l'approche scientifique, pour 'mesurer' les océans." Exail développe aussi des drones pour des applications industrielles.
"Précurseurs dans cette guerre des mines"
"On a la chance d'être l'industriel précurseur dans cette guerre des mines", se targue Thomas Buret, directeur général Exail Technologies. D'un point de vue pratique, le "tool box" développé par Exail est embarqué à bord des nouveaux navires chasseurs de mines de l'armée. "On a des drones de surface qui font des opérations avant l'intervention." Ensuite, des drones sous-marins sont déployés à bord d'un bateau-navette qui est lui-même intégré dans le navire. Ces navettes sont autonomes et pilotées à distance ou peuvent accueillir un pilote dans la cabine.

Vu le coût pour neutraliser et faire exploser une mine au moyen d'un drone sous-marin, l'objectif est d'abord de neutraliser un maximum de mines grâce à un dragage de la zone en émettant un champ magnétique qui correspond à celui d'un bateau ou d'un navire. Ce n'est que dans un second temps que l'attirail de Exail est déployé afin de neutraliser les derniers engins explosifs. "On vient alors déployer la munition au plus près de la mine pour la faire exploser." Les drones peuvent descendre jusqu'à 300 m de profondeur