L'entreprise Lachaussée fabrique des lignes de production de munitions: "Notre plus gros vendeur, c'est Monsieur Trump"
La société Lachaussée est à la pointe de la fabrication de lignes de production de munitions. Alors qu'elle est une référence internationale, elle n'est pas parvenue à intégrer le contrat phare de munitions de la Défense belge.

- Publié le 21-10-2026 à 09h02

Pour évoquer la société liégeoise "Lachaussée", il faut avant tout comprendre son activité. Elle se concentre sur la production de munitions avec une précision capitale : elle ne fabrique pas des munitions mais élabore des lignes de productions complètes qui seront vendues à des producteurs de munitions. "On conçoit, on construit puis on vend la machine, complète Ludovic Biemar, CEO de Lachaussée. La société installée sur les hauteurs de Herstal est devenue le leader dans son domaine et vend ses machines de production aux quatre coins de la planète. "Notre force, c'est d'avoir la maîtrise de l'ensemble de la ligne et du process."

Les gesticulations trumpiennes conjuguées à la menace russe ont dynamisé toute l'industrie de la défense européenne. Chez Lachaussée, on n'a pas constaté d'envolée des commandes mais plutôt une réorientation de celles-ci. Le carnet de commandes est d'ailleurs complet jusqu'en 2028 : "Aujourd'hui notre plus grand vendeur c'est Monsieur Trump", constate avec le sourire le CEO. Il y a d'autres marchés qui sont en train de s'ouvrir grâce à aux États-Unis. Partout où Trump fout de la merde, ça fait beaucoup d'endroits. On est quasiment sur tous les continents…"
Les activités de serrurerie entamées en 1830 font bien partie du passé ; Lachaussée se concentre désormais sur les activités liées à la défense et propose des lignes de production de munitions de petits et moyens calibres. "On part de 5,56, 7,62, 9 mm, 12,7. On peut faire du moyen calibre du 20, du 30 du 35 on fait des machines pour ce type de munitions." Pourtant la stratégie de guerre a évolué et les armes à courte portée sont moins utilisées. "On attaque d'abord les infrastructures avec des drones et de l'artillerie. On a un peu moins recours au petit calibre. Quand tout est démoli, on va 'nettoyer' le terrain."

En manque de poudre
La production est complètement exportée. La ligne de front de l'Est avec la Russie est une zone avec laquelle Lachaussée travaille énormément (Roumanie, Rép. Tchèque, Hongrie, Finlande, Suède…). "Mais on est en manque de poudre propulsive suite à la guerre en Ukraine. On en met entre 4,5 kg et 6 kg dans l'artillerie et entre 6 et 8 grammes dans une cartouche. Le choix était vite fait parce qu'en général ils préfèrent d'abord envoyer du lourd. Tout qui voudrait créer une ligne de munition aujourd'hui n'aurait pas de poudre propulsive. Donc, le marché reste exactement le même."
FN Herstal : des tensions avec les voisins
Lachaussée n'est d'ailleurs pas présent sur le marché belge. Une réelle incohérence, d'autant plus que les voisins de FN Herstal ont décroché un contrat d'ampleur de 1,7 milliard pour produire des petites munitions pour l'armée belge ! Il ne faut pas être devin pour comprendre que les relations entre les deux voisins actifs dans l'industrie de la défense ne sont pas au beau fixe. La PME liégeoise, comptant un peu plus de 100 membres du personnel, a d'ailleurs déposé plainte auprès de la Commission européenne (DG Compétition) en raison de la capitalisation de 100 millions d'euros effectuée par la Région wallonne dans la FN Herstal. Pour Lachaussée, il s'agit d'aides d'État déguisées et qui créeraient une distorsion de concurrence. "à partir du moment où on fait une augmentation de capital importante, directement nous concurrencer, je pousse un coup de gueule. Ça se fait avec l'argent de ma poche et de la vôtre", pointe Ludovic Biemar. D'autant plus que la Région, actionnaire à 100 % dans FN Herstal, détient 20 % des parts de Lachaussée via Wallonie Entreprendre.

Concurrencés par "un même actionnaire"
Le contrat décroché par FN Herstal prévoit, notamment, de produire des munitions de petit calibre pendant 20 ans pour l'armée belge. La logique industrielle est évidente dans un contexte où on le monde politique, ministre Francken en tête, pousse pour une autonomie au sein de la défense européenne. Mais ce ne sera pas la société Lachaussée qui fournira la ligne de production à la FN Herstal… "Ils ont une sous-traitance en interne et ensuite un bureau qui met ensemble les éléments de la ligne. On peut dire que c'est un constat d'échec parce que ça aurait été bien d'avoir une ligne à Lachaussée à 2 km d'ici. Personnellement, ce qui m'ennuie le plus c'est d'avoir un concurrent à 2 km d'ici avec un même actionnaire à la FN et à Lachaussée (NDLR : la Région wallonne) : ça par contre c'est un peu compliqué à expliquer…"
Avec un chiffre d'affaires qui varie entre 70 et 90 millions d'euros, Lachaussée peut toutefois se féliciter d'avoir atteint une reconnaissance sur le marché international. Le groupe s'est aussi entouré d'une série de filiales comme Fritz Werner (un concurrent racheté en 2018) ou Vibron afin que les chaînes de production de munitions atteignent l'excellence. Selon Ludovic Biemar, le marché "accessible" (hors Chine, Russie, Corée du Nord…) représente 120 millions d'euros : on voit ainsi comment se situe Lachaussée dans le secteur. Le nouveau décret wallon relatif aux licences d'armes permettra également à l'entreprise de faciliter la concrétisation de ses marchés. "Jusqu'à il y a peu, la licence d'exportation, c'était 18 mois. Entre le moment de la commande et la première munition, il faut compter environ deux ans. Nos clients voudraient qu'on ramène le délai à 1 an… Aujourd'hui on commence à travailler d'une manière différente pour pouvoir répondre un peu plus vite aux clients : on automatise, on utilise des robots…"