La France sous l'eau depuis 35 jours : "Ces précipitations exceptionnelles seront de plus en plus fréquentes"
L'ouest de la France connaît un épisode de précipitations historique. Ce mercredi 18 février 2026, quatre départements étaient placés en vigilance rouge. Un phénomène amené à se répéter avec le réchauffement climatique. Analyse.
- Publié le 18-02-2026 à 18h09
- Mis à jour le 18-02-2026 à 18h15

La France est littéralement sous eau : avec 35 jours de pluie, l'Hexagone enregistre la plus longue séquence de précipitations continue depuis le début des relevés en 1959.
Routes impraticables, bâtiments évacués, maisons isolées : l'ouest du territoire est particulièrement touché par ces intempéries. Ce mercredi 18 février 2026, le Maine-et-Loire, la Charente-Maritime, la Gironde et le Lot-et-Garonne ont été placés en vigilance rouge pour crues par Météo-France, tandis que neuf autres départements étaient en alerte orange.
Après une courte accalmie mardi, les nouvelles pluies liées à la tempête Pedro devraient en principe "réalimenter les crues actuelles" ou, à tout le moins, "les maintenir", indiquent les prévisions de Vigicrues, le service public d'information de référence sur les risques de crues en France.
Un bref répit est néanmoins attendu ce vendredi, avec un temps plus sec dans les zones concernées. "L'arrêt des pluies ne signifie toutefois pas l'arrêt immédiat des crues, a précisé Lucie Chadourne-Facon, directrice du service, en conférence de presse. Le retour à la normale se fera de manière très progressive".
Une succession de dépressions inhabituelle
Si les crues ne sont pas inhabituelles en France, l'intensité et la durée de cet épisode sortent de l'ordinaire. Pour Xavier Fettweis, professeur de climatologie à l'Université de Liège, cette situation s'explique par "une succession d'importantes dépressions qui se sont chargées en eau au contact d'un air tropical très humide et chaud, ces dernières semaines. C'est pour cette raison qu'il y a eu énormément de précipitations en France, mais aussi en Espagne et au Maroc. Cela a entrainé ce que l'on appelle des "rivières atmosphériques", c'est-à-dire de l'air très chaud et humide qui entre en contact avec de l'air froid, générant ces précipitations exceptionnelles."
Par ailleurs, les rares périodes d'accalmie se sont révélées insuffisantes pour espérer observer une décrue significative. D'importantes quantités d'eau se sont accumulées, notamment après le passage de la tempête Nils. "Ensuite, il a plu tous les jours. (…) Les sols sont désormais gorgés d'eau, et les rivières au maximum. Cela signifie que même s'il pleut un peu moins, ces précipitations sont suffisantes pour maintenir les rivières à un niveau très élevé".
Un élément positif : des signaux de retour de l'anticyclone des Açores commencent à apparaître sur certains modèles météo. "On devrait, dès ce week-end, revenir à une situation plus normale avec un temps plus sec en Espagne, au Maroc et dans le Sud de la France, tandis que le mauvais temps devrait être redirigé vers le Nord de l'Europe." Selon Xavier Fettweis, ces intempéries pourraient se terminer "progressivement la semaine prochaine".
Le rôle du réchauffement climatique
Le dérèglement climatique pourrait jouer un rôle majeur dans la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes. Il devrait en effet accentuer les épisodes d'inondations. En réalité, chaque augmentation d'un degré de la température s'accompagne d'environ 7 % d'humidité supplémentaire dans l'atmosphère. "À l'avenir, les hivers européens seront plus humides et les risques d'inondations plus élevés", souligne le professeur de l'ULiège. "Ce qui va se passer, c'est que les extrêmes hydriques seront plus fréquents. Ceux-ci se traduiront soit par des pluies abondantes entraînant des inondations, soit par des sécheresses. C'est vers cela que l'on se dirige."
Quid de la Belgique, en particulier ? Si les hivers devraient rester relativement calmes, les étés, en revanche, s'annoncent plus critiques. "Ils seront soit très secs, soit très pluvieux", avec le risque de revivre des situations dramatiques comme les inondations de 2021.
Risque d'avalanche accru
Trois personnes ont été tuées dans des avalanches mardi, dans les Alpes. Il s'agit de deux skieurs et d'un promeneur emporté par une plaque de neige en Savoie. Les chutes de neige ont été abondantes dans cette zone.
Un lien avec les précipitations de ces dernières semaines ? "Effectivement. Comme il pleut beaucoup, cela se traduit par de la neige en haute altitude, résume Xavier Fettweis. Étant donné que la masse d'air est relativement douce, le manteau neigeux est instable, surtout avec la succession d'événements froids et chauds que nous connaissons." Les avalanches sont également une conséquence du réchauffement climatique. "A l'avenir, nous aurons un manteau neigeux plus instable, davantage de précipitations en hiver, et donc également des risques d'avalanches."
