Les droits d'enregistrement ont fait bondir les prix de l'immobilier en Wallonie: Adrien Dolimont s'en défend et donne rendez-vous dans six mois
La réforme des droits d'enregistrement entrée en vigueur le 1er janvier 2025 continue d'alimenter les débats au Parlement wallon. Jugée coûteuse pour les finances régionales par l'opposition, elle est désormais avancée comme la principale responsable de l'envolée des prix des biens immobiliers au premier semestre. Une explication jugée hâtive par Adrien Dolimont, Ministre-président et ministre régional du Budget.

- Publié le 07-07-2025 à 20h29

"Nous avons déjà eu l'occasion d'échanger sur le sujet et mon analyse reste la même. Je ne vais donc pas refaire le débat à chaque fois que le CEO d'une fédération ou d'une entreprise particulière sort dans la presse. Ceci d'autant plus que je ne vois pas particulièrement d'élément nouveau dans les points soulevés."
Interrogé ce lundi en commission par plusieurs députés qui réagissaient à des articles de presse évoquant une forte augmentation des prix de l'immobilier en Wallonie suite à la réforme des droits d'enregistrement entrée en vigueur en janvier, Adrien Dolimont ne s'est pas laissé démonter.
Pour celui qui porte la double casquette de Ministre-président et ministre wallon du Budget, "il est important de se garder de toute interprétation hâtive et définitive des diverses données actuellement disponibles en ce qui concerne les premiers mois de mise en œuvre de cette réforme".
Adrien Dolimont était notamment interpellé par le député écologiste Freddy Mockel qui souhaitait faire réagir le libéral sur la difficulté, pour les candidats acquéreurs, d'accéder à des crédits bancaires.
Une affirmation contredite par le libéral: "Vous me dites notamment que l'accès au crédit est de plus en plus complexe et je vous répondrai, encore, que le nombre de demandes de crédit au premier trimestre de 2025 s'est envolé de presque 17%, hors refinancements. Et que sur la même période, la fédération bancaire constate une augmentation du nombre de contrats de crédit octroyés de plus de 32% par rapport au premier trimestre de l'an dernier."
Les biens énergétiquement performants recherchés
Si le Ministre-président wallon reconnait "effectivement les hausses du prix absolu" constatées sur le marché, il les explique "par un décalage des acquisitions de décembre vers janvier et février des biens immobiliers plus onéreux. Ceci est clairement avancé également par la Fédération des notaires."
Le pouvoir d'achat augmenté des acquéreurs permet donc qu'ils s'orientent vers des biens plus efficaces sur le plan énergétique.
Autre explication avancée par Adrien Dolimont pour expliquer cette augmentation des prix, la qualité des biens achetés: "Une partie des acquéreurs cherchent également à acquérir des biens de meilleure facture avec, par exemple, des investissements en économie d'énergie déjà effectués par les vendeurs, plutôt que de devoir le faire eux-mêmes par la suite. Le pouvoir d'achat augmenté des acquéreurs permet donc qu'ils s'orientent vers des biens plus efficaces sur le plan énergétique."
Une tendance, regrette le libéral, qui ne se reflète "dans aucune statistique".
Plus de jeunes acquéreurs
A l'inverse, Adrien Dolimont préfère avancer un autre indicateur relativisant cette envolée des prix, "l'indice des prix des logements (qui) mesure l'évolution des prix des biens immobiliers privés", un baromètre "qui aura le mérite de lisser la situation et de donner une vision plus honnête de l'évolution du marché".
Et il dit quoi cet indicateur? "L'indice des prix des logements existants démontre une hausse de 5,4% seulement au premier trimestre en Région wallonne, selon Adrien Dolimont. Il est par exemple nettement inférieur aux 10% observés en 2017 lorsque la Région de Bruxelles-Capitale a instauré son abattement."
Autant d'arguments avancés par l'exécutif wallon pour défendre une réforme controversée. "Lorsque vous me dites que cette réforme est un échec pour les jeunes acheteurs, je vous demanderai de m'expliquer comment pouvez-vous tirer cette conclusion dès lors que les chiffres à disposition ne permettent pas de l'affirmer, attaque le jeune libéral. La part des jeunes entre 18 et 30 ans dans les acquisitions est stable globalement en appartements et maisons. Et avec un nombre de transactions à la hausse et donc un nombre absolu de jeunes acheteurs à la hausse également."
Je pense qu'il sera utile de patienter au moins une année d'existence de la mesure pour en tirer les bonnes conclusions
Et Adrien Dolimont de conclure: "Je vous dis juste qu'il convient de patienter afin de pouvoir obtenir des données plus fiables pour effectuer des analyses plus correctes."
Ce à quoi le député Ecolo Freddy Mockel a répondu que "tous les éléments (en sa possession) n'indiquent pas (qu'on se trouve) devant un phénomène passager juste dû aux premiers mois" de la réforme".
Rendez-vous est d'ores et déjà fixé dans les jours à venir, quand les données du second trimestre seront disponibles. Même si le Ministre-président préfère temporiser: "Je pense qu'il sera utile de patienter au moins une année d'existence de la mesure pour en tirer les bonnes conclusions".
