Budget wallon : le Fonds des Communes donne des sueurs froides aux bourgmestres
Les Communes wallonnes vont-elles devoir se priver, au bas mot, de 275 millions de recettes de la Région ? Dans les collèges communaux, l'inquiétude est bien réelle.

- Publié le 22-09-2026 à 07h01

Alors que le gouvernement wallon vient d'entamer ses travaux budgétaires, une rumeur semble se faire insistante du côté des pouvoirs locaux : le fonds des Communes pourrait ne pas être indexé.
"Les conséquences seraient tout simplement catastrophiques pour les finances locales", réagit l'Union des Villes et Communes de Wallonie.
1. "Zéro tabou"
Le Fonds des Communes, c'est une dotation majeure pour les Communes : il représente en moyenne un quart de leurs recettes. En 2025, le Fonds s'élevait à un peu plus de 1,6 milliard €. Le montant est indexé chaque année. "Mais on entend dire que cette indexation pourrait être supprimée. On s'en est étonné au conseil d'administration. Et évidemment, on n'est pas d'accord", résume Vincent Magnus, vice-président de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) et bourgmestre d'Arlon.
À ce stade, rien n'est établi. "Mais on nous a bien dit qu'il n'y aurait pas de tabou lors du conclave", retient le vice-président.

2. La majoration "1 %" déjà aux oubliettes…
Les calculettes ont déjà chauffé au sein de l'UVCW. Si la décision de ne pas indexer le Fonds des Communes devait être retenue lors du conclave budgétaire wallon, la perte cumulée s'élèverait à 275 millions en 3 ans pour les Communes : 57 millions dès 2027, 91,5 millions en 2029 et près de 127 millions en 2029.
En 2025, on s'en souvient, une majoration de 1 % en vigueur depuis 2010 avait déjà été supprimée. Les bourgmestres l'avaient trouvé saumâtre : selon l'Union, cette économie wallonne "sur le dos des communes" représenterait déjà 251 millions d'euros d'ici 2029.
S'il fallait en plus se priver de l'indexation, "ça reviendrait à priver les Communes du seul mécanisme leur permettant de suivre l'inflation". Qui pourrait tourner autour de 3,4 % en 2027.
3. Des dépenses qui, elles, sont indexées
Parce que, en effet, une éventuelle non-indexation du Fonds ne va pas empêcher l'indexation des dépenses à charge des Communes. Comme les salaires du personnel (41 % des dépenses pour les Communes, soit près de 3 milliards en 2026), le chauffage, l'électricité ou le carburant, dont les prix craquent tous les portefeuilles et qui intègrent le poste global des dépenses de fonctionnement (15 % des dépenses ordinaires des Communes, soit 1,1 milliard en 2026). Sans oublier les CPAS, les zones de police, etc.
"Bref, si les recettes ne sont pas indexées, on va se retrouver face à de sérieuses difficultés", s'inquiète Vincent Magnus.

4. Grandes villes : plus dure sera la chute
Une éventuelle non-indexation du Fonds risque d'impacter plus lourdement les 9 grandes villes, qui bénéficient de près de 40 % de l'enveloppe. "Elles seraient les premières touchées, avec une perte cumulée de 109 millions d'euros en trois ans, alors même qu'elles concentrent 88 % des déficits communaux et que le Plan Oxygène prend fin en 2026", alerte l'UVCW.
"Mais même dans les plus petites Communes, c'est fondamental", ajoute le vice-président arlonnais. "Je sais que tout le monde doit faire des efforts. Mais à un moment donné, il va falloir nous expliquer comment faire…"
5. Un tiers des recettes figées ?
On pourrait s'arrêter là. Mais l'Union rappelle que la non-indexation s'applique (ou va s'appliquer) à d'autres dotations. Les subsides APE (aides à la promotion de l'emploi), par exemple, ne sont plus indexés et ils ont été réduits. En cours de réforme, ils devraient être transformés en un financement global via le Fonds des Communes. Et il n'est a priori pas question de les voir indexés ensuite.
Le maintien de l'indexation du Fonds des communes n'est pas juste une question de chiffres...
L'UVCW liste encore les récents mécanismes pour lesquels il n'a pas été prévu d'indexation automatique : le Fonds Extraordinaire Régional d'Investissement, la dotation Grandes Villes et les dotations relatives au "Vivre Ensemble" (qui remplacent les anciens Fonds de Cohésion sociale) : soit 644 millions d'euros privés d'indexation, avec une perte cumulée estimée à 111 millions d'ici à 2029.
Si on ajoute le Fonds des Communes, pilier central, toutes additions/soustractions faites, on en serait à 2,3 milliards de recettes régionales (soit un tiers des rentrées communales) gelées. Et une perte d'environ 386 millions d'euros sur 3 ans, toujours selon la fédération des Communes.
"Le maintien de l'indexation du Fonds des communes n'est pas juste une question de chiffres, c'est aussi l'expression la plus essentielle du respect du principe de neutralité budgétaire et du respect du pacte de collaboration solidaire entre la Wallonie et les Pouvoirs locaux, essentiels pour le redéploiement de notre région", prévient l'UVCW.
Un impact sur les investissements… et les entreprises
Alors que les collèges communaux se préparent sans doute à un casse-tête budgétaire, l'UVCW prévient que l'impact ne sera pas indolore non plus pour les citoyens et pour les entreprises. Quels sont les leviers à activer, interroge la fédération ?
"Baisse de l'offre et de la qualité des services communaux ? Hausse de la fiscalité locale avec le transfert d'impopularité qui l'accompagne ? Licenciement de personnel communal ? Nouvelle réduction des investissements publics locaux ?"

Il se fait que les pouvoirs locaux font partie des plus gros investisseurs publics en Belgique : 30 % des montants globaux. Mais on vient de 50 %. La marge de manœuvre des communes s'amenuise incontestablement, avec un manque à gagner aussi pour les entreprises qui bénéficient des marchés.
"Si l'on regarde les budgets communaux récents, de 2024 à 2026, on constate que les investissements portés à l'extraordinaire fondent de moitié (de 3,337 milliards à 1,688 milliard) ", relève l'Union des Villes et Communes. "En 2020 (début mandature précédente), les investissements projetés atteignaient 2,242 milliards contre 1,688 milliard aujourd'hui ! "