Contaminations au cadmium : les maraîchers toujours sans solution
Face à la problématique de la contamination au cadmium qui met en péril l'activité de nombreux maraîchers, le ministre Coppieters a présenté un plan. Mais pas encore de solution concrète ni de possible indemnisation.

- Publié le 21-10-2026 à 04h00
- Mis à jour le 21-10-2026 à 10h51

Une détresse psychologique immense, un sentiment d'abandon face à un problème dont ils ne sont en rien responsables mais qui risque de faire s'effondrer leur activité. Un mois après la visite du ministre Yves Coppieters à la "Ferme dans l'Assiette", à Olne, les maraîchers dont l'exploitation est potentiellement concernée par une contamination au cadmium (voir ci-dessous) restent dans l'expectative, dit la FUGEA. Et ce n'est pas les informations apportées la semaine dernière en commission de l'Environnement par le ministre de l'Environnement à la suite d'une question de la députée PS Valérie Dejardin qui va suffire à les rassurer, dit Timothée Petel, chargé de mission à la FUGEA.
Valoriser les légumes contaminés ?
Le ministre Coppieters ne reste pas inactif sur ce dossier. Mi-2026, une carte des teneurs probables en cadmium dans les sols wallons a constitué une première action dans le sens d'une "meilleure information des producteurs", a-t-il indiqué. Ajoutant qu'il vient aussi de mettre en place un groupe de travail avec le SPW, les organismes scientifiques, les laboratoires et les structures d'accompagnement agricole. L'objectif est d'améliorer la connaissance des sols et des transferts du cadmium vers les végétaux ainsi que d'identifier des "solutions agronomiques réalistes pour les exploitants concernés". Yves Coppieters a aussi annoncé le développement d'un outil d'aide à la décision qui indiquera les niveaux de risque et les options de gestion adaptées à la situation de chaque agriculteur. Enfin, l'administration est chargée d'identifier, avec l'AFSCA, les filières permettant de valoriser légalement les récoltes non conformes (biométhanisation par exemple). Mais aucun calendrier n'est annoncé et ces travaux prendront forcément du temps, puisqu'aucune solution technique ou agronomique n'a encore fait ses preuves et que les mécanismes de transfert du cadmium vers les plantes restent encore largement méconnus, dit Thimothée Petel.
"On peut ainsi avoir dans une même ligne de culture des carottes qui sont contaminées et d'autres pas.", donne-t-il en exemple.
Pile ou face pour les maraîchers
Si des solutions devaient être trouvées, il faudra donc du temps. Et du temps, les maraîchers n'en ont plus, dit-on à la FUGEA. Aujourd'hui, aucune solution permettant de garantir la conformité d'une production n'est disponible et travailler 80 heures semaine pour, au bout du compte, ne pas savoir si la production pourra être vendue ou s'il faudra la détruire n'est pas tenable. "Pour les producteurs, cela revient à jouer à pile ou face !"
Le syndicat demande donc d'une part à la Wallonie d'interpeller l'Europe sur cette norme cadmium appliquée depuis 2022. Non pas forcément pour la revoir, mais pour avoir des explications sur la justification sanitaire. Quand l'Europe a envisagé la modification des normes, les États membres ont été consultés sur l'applicabilité sur leurs territoires agricoles, rappelle la FUGEA. "Mais la Wallonie n'a donné aucun avis à l'époque et ce sont aujourd'hui les agriculteurs qui doivent en assumer les conséquences." La position de la FUGEA n'est pas de revendiquer une exception sur la norme pour la Wallonie. "Mais nous voulons des éclaircissements sur la réalité des enjeux toxicologiques."
D'autre part, s'il n'est pas possible de revenir sur cette norme, la FUGEA réclame urgemment une alternative pour la valorisation des productions non conforme ou un mécanisme d'indemnisation pour les producteurs.
Sur ce dernier point, le ministre Coppieters a déjà indiqué qu'aucun mécanisme d'indemnisation n'est prévu dans ses compétences. Manière de renvoyer vers la ministre de l'Agriculture Anne-Catherine Dalcq ? La FUGEA a en tout cas prévu d'interpeller celle-ci prochainement. Car ce n'est pas aux agriculteurs à gérer la problématique d'une pollution dont ils ne sont pas responsables, ni à en payer les conséquences, dit la FUGEA.
Au moins 48 000 hectares concernés
En 2021 (entrée en vigueur en 2022), l'Europe a durci les limites maximales de cadmium autorisées dans plusieurs denrées alimentaires, notamment les légumes. Une décision prise pour réduire les risques sanitaires liés à l'exposition chronique à ce métal lourd, mais qui peut rendre non conformes des récoltes issues de terres historiquement polluées. C'est le cas principalement dans le bassin liégeois, dans les vallées de la Meuse, de la Sambre et de la Vesdre. Héritage du passé industriel et de sa pollution. On parle d'au moins 48 000 hectares de superficie agricoles présentant une concentration probable en cadmium supérieur au seuil retenu par l'AFSCA dans le cadre d'une campagne de contrôle menée fin 2025 et début 2026 et qui avait mis en évidence un taux de non-conformité de 25 % parmi les productions maraîchères contrôlées. Celles-ci avaient dû être détruites.
