L'islamisation des banlieues, le faux procès
Si les Qatariens entretiennent de bons contacts avec la France et les États-Unis, on les accuse aussi de mener un double jeu en faveur des islamistes.
- Publié le 06-04-2013 à 06h00
On les soupçonne d'aider les djihadistes au Mali ou d'avoir préféré au CNT, l'organe officiel d'opposition à Khadafi en Libye, les proches d'Al Qaeda. Mais, plus près de chez nous, c'est la création d'un fonds spécial en faveur du développement des banlieues qui a fait couler beaucoup d'encre. Une réaction disproportionnée, estime Christian Chesnot.
"Le Qatar, pas demandeur"
"Dans le cadre des banlieues, c'est une affaire qui a été très mal gérée car, au départ, le Qatar n'était pas demandeur. C'est l'ANELD (l'Association nationale des élus de la diversité, NDLR) qui a sollicité le Qatar. Avec la crise financière, plus personne ne voulait investir dans les banlieues. Les banques avaient coupé le robinet."
L'ANELD s'est donc tournée vers le Qatar, après avoir sollicité les États-Unis et le Canada. "L'émir les reçoit. Mais il ne parle pas du tout d'Islam. Il se montre intéressé, à condition que ce soient des projets sérieux, bien ficelés, parce que le Qatar ne fait pas de charité. Ça part comme ça."
Mais, poursuit Christian Chesnot, c'est de retour à Paris que l'affaire a pris une autre dimension: "Un mois après le retour de la délégation, l'ambassadeur du Qatar à Paris annonce qu'il y a 50 millions pour un fonds de banlieue. On est alors en pleine campagne électorale. C'est récupéré par Marine Le Pen qui dénonce une main mise sur les banlieues. Alors qu'il n'était pas question de financer des mosquées, des madrasas ou de distribuer des Corans. On a exagéré le truc", estime M. Chesnot.
"En France, on n'aime pas les riches et les Arabes"
Qui reconnaît cependant que l'attitude des Qatariens a été maladroite. " Le problème des Qatariens, c'est qu'ils ne savent pas communiquer. Ils n'ont pas mesuré la sensibilité française en pleine campagne électorale. Ils ont fait une faute de carre, mais pas avec l'idée d'islamiser les banlieues."
Et le journaliste de conclure: "On a beaucoup glosé parce que le Qatar à un moment était partout. Il y a eu une saturation. Il a un côté fantomatique avec tous les clichés français sur l'islamophobie ambiante. Souvent, en France, dans l'opinion publique, on n'aime pas les Arabes et on n'aime pas les riches. Et eux sont riches, arabes et wahhabites. Il y a le tout. Peut-être se sont-ils fait piéger à leur propre jeu, un peu sévèrement et injustement, même si tout n'est pas blanc noir."
F.-X.G.
