Le Qatar, une omniprésence qui dérange

Des vestiaires du PSG au conflit syrien, le Qatar est omniprésent, l'argent aidant. Décryptage d'un pays qui a su tirer profit de la mondialisation.

Le Qatar, une omniprésence qui dérange
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Minuscule en termes de superficie et de population, le Qatar exerce pourtant un rôle majeur, aidé en cela par des moyens financiers considérables. Libye, Égypte, Palestine, Syrie: le micro-état est de tous les combats. Ça n'a pourtant pas toujours été le cas, explique Christian Chesnot, auteur avec Georges Malbrunot de l'excellent livre Qatar, Les secrets du coffre-fort (*).

Christian Chesnot, comment un si petit pays est-il parvenu à s'imposer dans cette région stratégique ?

Le Qatar est entouré de géants: l'Iran, l'Arabie Saoudite. Des poids lourds. Le pays n'est pas plus grand que la Corse et a surtout une population infime: 200 000 nationaux pour 1,6 million d'étrangers, pour la plupart asiatiques, qu'on appelle les fourmis du miracle qatarien.

L'idée de l'Émir – comme c'est un petit pays mais assis sur un tas d'or, du gaz et un peu de pétrole – c'était de se demander comment protéger le pays. Son père, très conservateur, se protégeait en adoptant un profil bas, en gérant son trésor tranquillement, sans prendre d'initiatives, en faisant ce que disait l'Arabie Saoudite, des Wahhabites, des cousins. On ne fait pas de bruit. C'est vraiment la gestion pépère.

Cela a fonctionné ?

Oui, sauf que la jeune génération était plutôt du genre à dire: "Papa, on a plein d'argent, mais on ne dépense rien. À Dubaï, ils ont des tours, nous, on est un bourg de Province. C'est bête d'avoir un compte en banque énorme et de ne pas l'exploiter." Les affaires ne l'intéressaient pas. C'était le Bédouin.

Le fils, l'émir actuel, a alors renversé son père…

Il y avait un différend sur l'avenir du pays et, surtout, sur l'utilisation des ressources. Le fils s'est dit: "On a un trésor, on va l'utiliser et on va essayer de se sécuriser financièrement." Ils vont donc très vite mettre la main sur le gaz, qu'ils partagent avec l'Iran, avec l'idée géniale de signer des contrats à long terme avec la Chine, le Japon, l'Inde. Ils vont ensuite faire connaître le pays avec la chaîne Al-Jazeera.

Leur plus grande crainte, écrivez-vous, c'est d'être un Koweit-bis, envahi en deux heures ?

Ils n'ont pas d'armée. Leur armée, c'est dix mille hommes. Un bataillon saoudien. Pour se sécuriser autrement, ils vont faire des polices d'assurance qui vont de la défense jusqu'à l'art. L'idée, c'est ce "soft power", à savoir se dire que se protéger, ce n'est pas seulement acheter des avions, des chars ou des missiles. Mais qu'en nouant tous ces liens, s'il leur arrive quelque chose, les autres penseront à eux. Ils se sentent protégés.

Le génie de l'émir actuel c'est d'avoir compris avant tout le monde la mondialisation. C'est un peu un laboratoire de la mondialisation. Le village global va au-delà des armes. Quand on est petit, c'est comme au judo, on utilise la force de l'autre. C'est ce qu'ils font. Et comme ils ont une montagne d'argent, ils peuvent tout se payer.

Sans cet argent, ça n'aurait pas été possible ?

Cela aurait été plus difficile. Le Qatar, c'est 200 à 300 ans de réserves de gaz. C'est 40 ans de pétrole. Depuis 2003, ils n'ont plus de dettes. Tous les ans, ils ont 50 milliards de revenus à dépenser. Pour eux c'est de l'argent de Monopoly. Deux cent mille habitants, c'est une ville moyenne en Belgique, un quartier de Bruxelles.¦

(*) Chez Michel Lafon

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