L'Europe en faveur du congé de maternité de 20 semaines
A l'avenir, le congé de maternité pourrait grimper à 20 semaines. Un premier pas dans ce sens a été franchi aujourd'hui au Parlement européen.

- Publié le 20-10-2010 à 14h21

Bonne nouvelle pour les familles désireuses de s'agrandir. Le congé de maternité devrait bientôt être porté à 20 semaines, contre 15 actuellement en Belgique. Et le congé de paternité, encore non reconnu dans 8 pays européens, devrait officiellement l'être au sein de l'Union.
Les eurodéputés se sont en tout cas exprimés en ce sens mercredi au Parlement européen. Et le vote n'était pas acquis d'avance comme l'a fait remarquer Marc Tarabella, eurodéputé belge, à l'issue du vote. "Il s'agit d'un pas dans la bonne direction. Une victoire d'une courte tête qui est de bonne augure pour la suite. Car le combat n'était pas gagné d'avance."
Le Parlement était divisé, selon le socialiste, entre le camp conservateur (Parti populaire européen en tête) et le camp progressiste (Verts, socialistes et une partie du PPE). Au final, c'est le second qui l'a emporté à l'issue d'un vote particulièrement serré: 327 pour, 320 contre.
Concrètement, le congé de maternité devrait être rémunéré pendant ces 20 semaines à 100% du salaire, contre 78 % actuellement en moyenne en Belgique selon des chiffres fournis par l'ancien ministre wallon. Le père de famille aurait droit à deux semaines continues de congé (déjà le cas actuellement chez nous), payés également à 100% (73% pour le moment),
Aujourd'hui, la durée minimale du congé de maternité est de 14 semaines dans l'Union européenne, même si de nombreux pays vont au-delà, comme la France (16 semaines). Mais les conditions varient fortement entre les États.
Encore un peu de patience
Que les futurs parents déjà au courant de la venue de leur progéniture ne se réjouissent cependant pas trop vite. Il ne s'agit à ce stade que d'un vote en première lecture. Le dossier va maintenant être renvoyé vers le Conseil européen, à charge pour les chefs de gouvernement européens de trancher. Ce qui ne sera pas simple.
Certains pays ont d'ores et déjà fait part de leur opposition. C'est le cas du Royaume-Uni, de la France ou encore de l'Allemagne. Les responsables européens devront ensuite renvoyer le dossier en deuxième lecture au Parlement européen. Un processus qui prend du temps et qui, si tout se passe sans trop de casse, pourrait être finalisé "dans le courant 2011" selon Marc Tarabella.
Après cela, il faudra encore attendre que la Belgique transpose la directive dans sa législation. Un processus à nouveau très lent. Il ne faut donc pas s'attendre à une décision définitive avant 2013.
Réactions
FEB: Une décision qui va à l'encontre des femmes
Sauf pour la Fédération belge des Entreprises qui voit d'un mauvais oeil ce projet d'extension. "Cette directive risque d'entraîner des problèmes d'organisation du travail et de défavoriser l'engagement des femmes", a indiqué Sonja Kohnenmergen de la FEB.
D'après la FEB, le moment est mal venu pour imposer des charges supplémentaires aux entreprises. Par ailleurs, cette décision d'étendre le congé maternité n'aurait pas sa place dans une directive ayant pour but une meilleure conciliation de la vie privée et du travail, selon la FEB.
Frédérique Ries: "Un pas trop loin"
Le vote du parlement constitue"un pas trop loin, pour ne pas dire un pas de travers" pour l'eurodéputée libérale. A l'entendre, cette décision, "en décalage complet avec la réalité du monde du travail", aura des "dommages collatéraux" dans bon nombre d'Etats membres.
"Protéger les femmes, c'est avant tout ne pas créer les conditions de nouvelles discriminations à l'embauche et au retour au travail.
Ce que confirment les études des experts de l'OCDE et de l'Union européenne des PME si nous poussons trop loin nos exigences", estime
Mme Ries.
Pour l'eurodéputée, les 18 semaines proposées initialement par la Commission -et recommandées par l'Organisation internationale du
Travail (OIT)- étaient un "compromis acceptable".
cdH: "Un investissement important"
Pour l'eurodéputéee cdH Anne Delvaux, le vote intervenu ce mercredi "est un grand jour pour les nombreuses familles qui ne parviennent pas à concilier vie de famille et vie professionnelle."
"Au-delà des considérations économiques, il y a des hommes et des femmes qui doivent pouvoir mieux assumer leur parentalité dans une société de plus en plus démissionnaire vis-à-vis de l'éducation de ses jeunes. Il est de notre devoir de faire en sorte que personne n'ait à choisir de sacrifier ses enfants pour son travail ou son travail pour ses enfants."
Femmes Prévoyantes Socialistes (FPS)
Les Femmes Prévoyantes Socialistes, par la voix de Françoise Claude du service études des FPS, se sont montrées favorables mercredi à l'introduction possible dans le droit européen du congé de paternité et de sa rémunération à 100%.
Les Femmes Prévoyantes Socialistes ont insisté sur le fait que l'allongement du congé de maternité, sans prolongation équivalente du
congé des pères, risque de creuser des inégalités sur le marché du travail.
"Nous ne revendiquions pas l'allongement du congé de maternité. Au delà des 14 semaines, les congés devraient être répartis équitablement entre les hommes et les femmes", a expliqué Françoise Claude des FPS.
