L'ostéoporose a encore trop souvent bon dos
L'ostéoporose n'est pas une fatalité mais bien une maladie. Qui se soigne. De préférence de manière préventive. Et ce, dès le plus jeune âge.

- Publié le 20-10-2010 à 06h00
Toutes les 22 secondes, une personne est victime d'une fracture de la colonne vertébrale dans le monde. En cause, la baisse de la quantité mais aussi de la qualité de la masse osseuse. Dans le jargon médical, on parle d'ostéoporose. Un phénomène encore trop méconnu du grand public. Raison pour laquelle une Journée mondiale lui est consacrée ce 20 octobre.
En Belgique, on estime que 20 % de femmes et 5 % des hommes de plus de 50 ans souffrent de cette pathologie. Car l'ostéoporose est bel et bien une maladie, insiste Jean-Yves Reginster, professeur de santé publique, d'épidémiologie et d'économie de la santé à l'ULg. Une maladie "qui tue, affecte la qualité de vie et qui coûte énormément d'argent à la société". Environ 719 millions d'euros en Europe rien que pour les nouveaux cas de fractures vertébrales recensés en 2000.
Si beaucoup de citoyens considèrent que l'ostéoporose résulte du vieillissement, les spécialistes, eux, souhaitent au contraire tordre le cou à cette idée reçue. "L'ostéoporose n'est pas un processus normal. Ce n'est pas normal" répète avec insistance le Pr Reginster, histoire de bien faire passer son message. Car, à l'entendre, chaque fracture vertébrale consécutive à l'ostéoporose est "un échec médical". Parce qu'il s'agit d'une maladie qui "peut être prévenue ."
Et il s'agit bien là du problème. Si des solutions existent pour combattre la maladie, trop souvent, l'ostéoporose est sous-diagnostiquée, sous-traitée et sous-estimée. "Moins de la moitié des fractures vertébrales identifiées sur des radiographies de la colonne vertébrale réalisées chez des patients âgés hospitalisés, ont été signalées dans le rapport du radiologue" dénonce l'IOF, la Fondation internationale de l'ostéoporose.
Le combat contre les ravages de l'ostéoporose passe donc par une plus grande sensibilisation des professionnels mais aussi du grand public. Certains symptômes peuvent d'ailleurs mettre la puce à l'oreille du malade qui s'ignore : une perte de stature, des douleurs aiguës, soudaines ou chroniques, au niveau du dos, une déformation de la colonne vertébrale, une mobilité réduite, des difficultés respiratoires, etc.
239 % d'hommes en plus
Mais il est préférable d'agir avant d'en arriver là. "La prévention de toutes les fractures ostéoporotiques doit devenir une priorité de santé publique" selon Patrice McKenney, directrice de l'IOF. "Le diagnostic et la prise en charge précoce des individus à haut risque contribueraient à diminuer le nombre de fractures ainsi que le poids de la maladie ."
Un appel aux autorités publiques qui prend tout son sens quand on observe les prédictions pour les années à venir. La population européenne de plus de 80 ans augmentera de 160 % chez les femmes et de 239 % chez les hommes entre 2000 et 2050. Résultat, les dépenses liées aux fractures ostéoporotiques bondiront de 36 milliards d'euros aujourd'hui en Europe à 54 milliards en 2025, 77 milliards en 2050. Des chiffres qui devraient pousser les politiques à se saisir de la question.
