Doit-on s'inquiéter des aliments irradiés?
Certains aliments qui se trouvent dans vos assiettes ont été préalablement "irradiés". Leur liste pourrait s'allonger. Des écologistes s'en inquiètent. À tort?

- Publié le 25-10-2010 à 06h00

Crevettes , cuisses de grenouilles, épices... Vous ne le savez sans doute pas mais certains produits que vous mangez ont été soumis, avant de se retrouver dans les rayons des supermarchés, à un traitement par ionisation. Une pratique dont s'inquiètent 35 associations écologistes qui préfèrent parler d'"irradiation". Ils ont fait part de leur crainte dans un courrier envoyé aux parlementaires européens.
1. De quoi parle-t-on? L'ionisation ou irradiation des aliments est une pratique de conservation et de décontamination des aliments qui consiste à soumettre ceux-ci à un rayonnement ionisant. C'est-à-dire à des ondes qui vont détruire les micro-organismes présents dans l'aliment. C'est le cas par exemple de la salmonelle dans les cuisses de grenouille. Grâce à cette technique, les aliments peuvent être conservés plus longtemps.
2. Risques. Les associations écologistes qui se sont adressées aux parlementaires européens et à des membres de la Commission européenne font état dans leur "lettre ouverte" de toute une série de risques encourus par le citoyen qui consomme ce type de produits.
Mais les spécialistes que nous avons interrogés (page 3) ne sont pas sur la même longueur d'ondes. Les menaces sanitaires avancées ne sont pas fondées disent-ils. Pire, sans cette pratique, certains produits aujourd'hui décontaminés seraient potentiellement dangereux.
3. Législation. Une chose est en tout cas certaine : ces aliments ne sont pas radioactifs. C'est que la législation entourant cette pratique est très stricte.
Au niveau européen, deux directives ont été prises. Elles fixent des règles très précises. En matière d'étiquetage, l'information doit être mentionnée. L'"irradiation" ne peut excéder un certain niveau. La pratique doit être effectuée dans un site agréé et soumise à de nombreux contrôles. Enfin, seuls certains aliments peuvent être traités par ce biais : les herbes aromatiques séchées, les épices et les condiments végétaux. Une liste qui a été élargie en Belgique à quelques autres denrées (farine, crevettes surgelées, volaille, etc.).
4. Revendications. D'ici la fin de l'année, l'Efsa, l'équivalent européen de l'Afsca, doit décider d'une éventuelle extension de la liste européenne. Ce que redoutent les écologistes européens qui demandent à l'Union européenne de "réellement évaluer l'ensemble des risques liés à l'irradiation des aliments et à appliquer le principe de précaution". Car on ne peut, selon eux, certifier que le traitement par ionisation ne comporte aucun risque pour la santé à long terme.
Les associations dénoncent aussi "l'incohérence et l'inefficacité" de la politique actuelle menée par l'Union en la matière, notamment en matière de contrôles. Enfin, elles insistent sur "la nécessité d'une vision globale du problème et non seulement sanitaire".
Des risques sociaux et environnementaux entre autres peut-être davantage pertinents que les menaces sanitaires.
RISQUES ENCOURUS
Santé: encore trop d'inconnues
Les écologistes mettent en avant la perte de vitamines et d'éléments nutritifs liée à l'irradiation des aliments, ainsi que la formation de "produits de radiolyse et de 2-ACB" qui augmenterait le risque de tumeur. Sur les effets à long terme, les associations ne se prononcent pas. Mais "des inconnues subsistent". Les écologistes s'inquiètent aussi des produits qui ne figurent pas sur la liste des produits pouvant être irradiés mais qui sont d'une manière ingurgités par l'homme : médicaments, nourriture donnée aux animaux, produits cosmétiques, etc. Enfin, les associations s'interrogent au sujet des emballages qui pourraient "induire un problème de migration de produits toxiques dans les aliments".
Environnement: danger et pollution
Inévitablement, la manipulation, l'usage et le transport de matières nucléaires comportent des risques. Tant pour le personnel que pour les riverains des entreprises manipulant ce type de substance. Sans parler de la question des déchets et de "leur toxicité pour l'environnement" soulignent les écologistes. Qui s'inquiètent aussi que cette technique d'irradiation soit utilisée pour palier des carences d'hygiène lors de la production des aliments. Les associations craignent encore un risque pour la biodiversité car la pratique favorise les échanges agroalimentaires de longue distance. Sans parler de l'impact en terme de consommation d'énergie et production de gaz à effet de serre.
Société: agriculture menacée
Le développement de l'irradiation "contribue au processus de mondialisation du commerce agricole et à la délocalisation des productions" argumentent les écologistes. Ce qui détruit les agricultures familiales et paysannes. Et ce, sans contribuer positivement sur l'emploi car "la technologie est très peu créatrice d'emplois". De plus, les associations indiquent que l'irradiation "prive le consommateur de son pouvoir de choisir et le renforce dans son rôle de consommateur passif". Dernier argument, la terminologie utilisée (ionisation) induirait, selon les écologistes, le consommateur en "suscitant une connotation positive en référence aux dispositifs d'ionisation de l'air par exemple".
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