La biotechnologie, prochaine bulle?
De nombreux investisseurs ne jurent que par les biotechs. Mais les espoirs peuvent parfois tourner au cauchemar.

- Publié le 13-04-2015 à 07h02

Les chiffres donnent le tournis: + 34% pour TiGenix; + 38,13% pour Bone Therapeutics; + 58% pour Cardio3 biosciences et +75% pour IBA. À l'heure où les taux offerts sur les comptes d'épargne flirtent avec zéro, les rendements engrangés depuis le 1er janvier par les sociétés biotechnologiques qui ont fait le pari de la Bourse ravissent les investisseurs.
Et ce ne sont là que quelques exemples belges. Car en Europe, et plus spectaculairement encore aux États-Unis, le secteur des biotechs a plus que jamais le vent en poupe. Au point que certains mettent en garde contre une surchauffe.
Sur les 52 dernières semaines, l'indice regroupant les valeurs biotechnologiques américaines (Nasdaq Biotechnology) a progressé de 66%, là où l'indice Dow Jones (30 principales entreprises américaines) n'affiche une hausse "que" de 11,67%. Sur les cinq dernières années, le premier a bondi de 294% quand le second a progressé de 64%. Les valeurs biotechnologiques sont donc clairement recherchées.
La FED met en garde
Valorisations boursières démesurées, acquisitions d'entreprises à des prix excessifs, surévaluation des profits attendus: tous les éléments de la surchauffe sont présents. Et plusieurs voix se font entendre pour prévenir de la formation d'une bulle.
La présidente de la banque centrale américaine (FED), Janet Yellen, s'en était inquiétée en juillet dernier, mettant en garde contre la survalorisation des petites biotechs américaines. Un message qui ne semble pas être passé auprès des investisseurs qui ont poursuivi leurs emplettes.
Pourtant, les risques de désillusion sont grands. Car de nombreuses valorisations ne reposent que sur des espoirs, l'espérance que les traitements ou médicaments en phase de recherche aboutissent à une commercialisation. Et là encore, l'essai n'est pas toujours transformé.
L'exemple de Thrombogenics
En Belgique, le meilleur exemple reste Thrombogenics. La société a longtemps fait figure de chouchou du Bel 20. Après plusieurs années d'études, elle lance en janvier 2013 son produit phare, le Jetrea. Les attentes sont grandes. Trop grandes. Le produit ne rencontre pas le succès escompté.
Lors de sa première cotation, le 7 juillet 2006, l'action côte à 5,34 euros. Neuf ans plus tard, elle n'affiche plus qu'un gain de 19 cents (5,53€)… Et pourtant, l'action a affolé les graphes ces dernières années. Le 9 janvier 2013, au moment de la commercialisation du Jetrea, le cours affichait 47,17€. Un record dont elle n'a cessé de s'éloigner. En deux ans, la valeur de l'action a été divisée par neuf.
Plus récemment, c'est une société lilloise, Genfit, qui a connu une grosse mésaventure boursière. L'action, que certains analystes annonçaient à 120€, d'autres même à 200€, a brièvement dépassé les 70€. Il y a deux semaines, les résultats d'une étude tant attendue ont été dévoilés. Décevants. La sanction a été immédiate: le cours a été divisé par deux. Vendredi, le titre a clôturé la séance à 32,09 euros. De nombreux petits porteurs y ont laissé leur pantalon.
