"La prison, pas vendeur électoralement"

La base ne veut pasdes propositions de Koen Geens et poursuit la grève. Sans grand émoi dans la population. C'est pourtant un enjeu de société.

«La prison, pas vendeur électoralement»
PRISONS STRIKE PRISONS STRIKE ©BELGA

Ce lundi soir, cela fera deux semaines qu'une grève paralyse les prisons de Bruxelles et de Wallonie. Un mouvement parti pour durer après le rejet ce week-end (certains établissements doivent encore se prononcer ce lundi) du protocole d'accord pourtant rédigé vendredi entre les syndicats et le ministre de la Justice, Koen Geens.

Mais voilà, la base, qui estime ne pas avoir reçu les réponses attendues, n'a pas suivi ses cadres et a opté pour la poursuite de la grève. Au plus grand dam des détenus dont la situation empire chaque jour. Et dans le désintérêt le plus total de la population…

"Ça ne m'étonne pas mais c'est regrettable, déplore Alexis Deswaef, le président de la Ligue des Droits de l'Homme. Il faut expliquer à la population que les personnes qui sont aujourd'hui dans les prisons ont été condamnées à une peine de privation de liberté. Elles doivent subir leur peine mais l'objectif est qu'elles reprennent leur place dans la société après."

Or aujourd'hui, la logique est toute autre, selon l'avocat bruxellois qui parle sans équivoque d'"un traitement inhumain et dégradant" infligé aux détenus. Or, cela rappelle-t-il, "c'est proscrit par l'article 3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme que nous avons ratifiée et qui fait la différence entre un état démocratique et un état qui ne respecterait pas les droits humains et les libertés fondamentales".

Une question de dignité

"C'est important de faire comprendre à la population que la sanction, c'est la peine privative de liberté et pas d'être traité plus mal que des animaux, insiste Alexis Deswaef. Qui n'hésite pas à dénoncer le fait que si l'on appliquait les conditions actuellement en vigueur dans nos prisons dans des refuges pour animaux, " la population crierait au scandale en disant qu'on ne traite pas des animaux comme ça ".

" Pourquoi, poursuit l'avocat, l'accepterait-on pour des êtres humains? Simplement parce qu'ils ont été condamnés par un tribunal à subir une peine de prison? Ça ne va pas, c'est une question de dignité humaine pour les personnes emprisonnées mais aussi pour nous, en tant que société."

D'autant, comme le dénoncent les agents pénitentiaires, que la situation chaotique qui règne dans le monde carcéral, est loin d'être neuve. "La Ligue des droits de l'Homme dénonce une inaction des autorités depuis longtemps, pas seulement sous ce gouvernement-ci, aussi sous le gouvernement précédent. La prison a toujours été la dernière priorité des gouvernements successifs, probablement à cause de la réaction de la population qu'on entend aujourd'hui. Ce n'est pas très vendeur électoralement de dire qu'on va injecter des moyens dans les prisons pour que les conditions de détention soient humaines, pour que les personnes puissent travailler à un vrai reclassement des détenus dans la société."

Mais c'est pourtant primordial, insiste le président de la LDH: "C'est de l'intérêt de tous que ces personnes puissent reprendre leur place dans la société et lutter contre la récidive. Mais ça, ça demande un peu de pédagogie dans le chef des autorités envers la population pour leur dire que les choses sont compliquées et que c'est un sujet prioritaire. On ne peut pas laisser aller les choses."

"Doit-on attendre qu'il y ait des morts?"

Car la situation est plus qu'alarmante, prévient Alexis Deswaef: "On a aujourd'hui des détenus qui sont en danger. Qu'est-ce qu'on va attendre? On va attendre qu'il y ait des morts dans nos prisons pour réagir enfin? "

Et de conclure, à l'adresse du gouvernement: "On est arrivé à un point tel que l'attitude du ministre et des autorités finalement, ça devient de la non-assistance à personne en danger."

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