Pourquoi les attaques aux véhicules-béliers se multiplient? Un criminologue nous répond
Après l'attaque terroriste qui a touché l'Espagne, Michaël Dantinne, professeur de criminologie à l'ULg, répon à nos questions sur les attaques aux véhicules-béliers. Un phénomène en recrudescence en Europe. Il explique pourquoi.

- Publié le 18-08-2017 à 06h00

Les attaques aux véhicules-béliers se multiplient. S'agit-il d'un changement de stratégie des terroristes?
Un changement de stratégie, non. Je pense qu'on est surtout dans le cadre d'individus qui sont sur des territoires à attaquer, avec des armes ou des armes par destination qu'ils trouvent: une camionnette, un camion, une voiture. Le véhicule, c'est la même chose que le couteaude cuisine. Et peut-être qu'il est devenu plus difficile et plus cher pour des individus qui n'ont pas une grande expérience de la violence et de la criminalité de se procurer une arme automatique. Les deux mis l'un dans l'autre, ils optent pour cette option-là. Avec un potentiel de victimisation, je m'excuse de parler comme ça, qui est très intéressant parce que ça fait très mal.
D'autant que ces attaques semblent à la portée de n'importe qui…
À la portée de n'importe qui, sur le fait d'avoir une voiture, un couteau, de voler un camion, oui. Sur le fait de trouver des cibles aussi, car il y en aura toujours. Par contre, ce n'est pas, en termes motivationnels, à la portée de n'importe qui. La preuve c'est que vous n'avez pas d'attentat tous les jours. Les cibles sont là et les moyens pas difficiles à trouver. C'est le stock de personnes prêtes à passer à l'acte qui est moins grand.
Les services de renseignement peuvent-ils déjouer ces attaques?
Tout ça est parfois extrêmement paradoxal. Partons d'un raisonnement théorique. On dit qu'on va limiter l'accès aux armes. Ce faisant, on réoriente les individus motivés vers l'utilisation d'autres méthodes et armes qui sont plus difficiles à contrôler. On essaie de fermer une vanne sur le trafic d'armes mais on en rouvre une sur les armes à destination. L'individu qui va essayer de se procurer une arme va déclencher un certain nombre de signaux d'alertes. Aujourd'hui, on n'en a plus. C'est un premier problème.
On pourrait faire le même raisonnement avec ceux qui reviennent de Syrie et qui présentent, pas tous, un problème réel. Mais ce sont des gens assez faciles à surveiller. Alors, qu'à côté, vous avez un groupe plus large de candidats potentiels qui ne sont pas connus et qui vont éclore un beau jour, trouver une arme par destination et vont commettre leur méfait. Ça, c'est très difficile à contrer.
Pourquoi avoir visé l'Espagne?
C'est très compliqué à dire à chaud. Même quand on a identifié les auteurs, c'est très compliqué de comprendre ce qui les a motivés. Il y a beaucoup de reconstruction a posteriori. On exporte sur ces individus une rationalité qui n'est pas forcément la leur. J'aurais plutôt envie de dire, à l'inverse, que rien n'expliquerait que l'Espagne puisse y échapper.
