Tremplin, Bonjour, Dauphin : pourquoi Plantyn va cesser la publication des revues éducatives historiques d'Averbode

Les revues éducatives mensuelles d'Averbode cesseront d'exister au terme de cette année scolaire. L'annonce, maladroite, a suscité l'émotion. Mais sur le fond, tout le monde – éditeur, auteurs, employés – s'accorde à le dire : cette issue était inéluctable. Explications.

Tremplin, Bonjour et Dauphin: c'est la fin
Tremplin, Bonjour et Dauphin: c'est la fin ©Averbode

Il n'y a pas de bonne manière d'annoncer une mauvaise nouvelle. Mais il y en sans doute de meilleures que d'autres, et celle choisie par le groupe Plantyn, fin de semaine dernière, pour informer ses collaborateurs de la disparition, à la rentrée scolaire prochaine, de ses revues éducatives mensuelles, était pour le moins maladroite. En effet, c'est via les réseaux sociaux, lesquels réagissaient à un reportage de la VRT, que les un(e) s et les autres ont découvert ce que beaucoup craignaient depuis de nombreux mois ; Tremplin, Dauphin et Bonjour, c'est (bientôt) terminé.

L'émoi, parfois accompagné d'une pointe de colère, n'a bien sûr pas tardé à poindre le bout de son nez. Il faut dire que l'on parle ici de plus d'un siècle d'édition (Petits Belges, ancêtre de Tremplin, a été lancé en 1920). Et de supports pédagogiques manipulés par des générations d'écoliers. "J'ai découvert l'info en plein Festival d'Angoulême, où je dédicaçais, sourit forcément un peu jaune François D'Hondt, auteur et collaborateur des revues Averbode depuis presque 30 ans, connu aussi dans le monde de la bande dessinée sous le pseudo Falzar. Il y a de meilleures manières d'apprendre qu'on perd un boulot…"

"Notre communication a été malheureuse", reconnaît Fabian Louis, manager des auteurs du groupe Plantyn (qui a racheté Averbode en 2022). Avant d'expliquer où les choses ont coincé : "On avait de plus en plus de questions venant d'écoles et d'enseignants, essentiellement du Nord du pays, qui voulaient savoir si nos publications existeraient toujours à la rentrée prochaine. On a donc entrepris une communication clients à leur intention, et tout est parti de là… pour finir à la VRT et sur les réseaux sociaux."

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On a essayé beaucoup de choses, mais la vérité, c'est que de moins en moins d'écoles et d'élèves s'abonnaient à nos revues

Bref, le groupe Plantyn, qui a rectifié le tir mercredi, avec une communication plus complète et spécifique adressée par mail à ses collaborateurs, a été "pris de cours". Il assume toutefois la décision, douloureuse, de mettre fin à l'aventure papier de ses trois revues historiques (laquelle vaut aussi pour les pendants néerlandophones Zonneland, Zonnekind et, Zonnestraal) : "L'émotion est bien compréhensible, reprend Fabian Louis. Moi-même, j'ai travaillé plus de 20 ans pour Averbode. Mais Plantyn n'est pas responsable de la situation actuelle : la baisse des chiffres de vente date de bien avant le rachat."

Tremplin, Bonjour et Dauphin: c'est la fin
Les chiffres de vente ont baissé de près de 80% depuis 2019 ©Averbode

Elle est, surtout, très rapide : depuis 2019, ce sont près de 80 % des abonnements qui se sont évaporés. Pour Michel Charlier, ancien rédacteur en chef chez Averbode, c'est au mitan des années 2010 que se situe le tournant : "Entre 2015 et 2018, le groupe n'a pas su se réinventer, imaginer de nouveaux formats, bref s'adapter à la révolution numérique en cours." On ne dit pas autre chose chez Plantyn : "On a essayé beaucoup de choses, estime Fabian Louis, mais la vérité, c'est que de moins en moins d'écoles et d'élèves s'abonnaient à nos revues. C'était sans doute inéluctable".

Et explicable ? En partie, certainement. Il y a, bien sûr, la crise de la diffusion papier. Puis, bien sûr, la multiplication des sources et loisirs (notamment numériques) mis à la disposition des enfants quand, dans les années 70, à une époque "où il n'y avait rien d'autre", les publications du groupe Averbode cumulaient 800 000 abonnés (!). Et enfin, un facteur étonnant, qui nous rappelle avec amertume que l'enfer est souvent pavé de bonnes intentions : la… gratuité scolaire.

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Dans certains milieux, nos revues étaient les seuls livres auxquels les enfants avaient accès, c'est aussi ça qui disparaît

"Pendant longtemps, se souvient Michel Charlier, nos revues faisaient partie du matériel scolaire des élèves. Mais avec la gratuité scolaire, les écoles ne pouvaient plus imposer aux parents d'abonner leurs enfants. Et un abonnement libre, c'est un abonnement qui s'effrite."

Paradoxalement, cette évolution, qui aura contribué à la mort annoncée de Tremplin, Dauphin et Bonjour, en attendant peut-être les revues de lectures ("pour lesquelles aucune décision n'a encore été prise"), pourrait contribuer à amplifier les inégalités scolaires : "Dans certains milieux, nos revues étaient les seuls livres auxquels les enfants avaient accès, souligne François D'Hondt. Averbode touchait pas mal de classes sociales grâce à un tarif plutôt abordable. Il y a désormais un risque que certaines familles n'aient plus accès à ce type de produits culturels."

Benoît Coppée, scénariste pour les revues Averbode depuis 1999, abonde dans ce sens, et rappelle que ces lectures s'accompagnaient aussi d'animations dans les classes : "Pour certains milieux, ruraux par exemple, la venue d'un auteur en classe constituait un vrai événement. Rencontrer un auteur, c'était quelque chose. Et pour nous aussi, c'était formidable. Avec la disparition de ces revues, c'est tout cela qui disparaît également."


Des auteurs inquiets, et qui vont devoir "rebondir"

Tremplin, Dauphin, Bonjour: c'est la fin
Une mauvaise nouvelle pour de nombreux auteurs, qui vont devoir trouver de nouvelles sources de revenus. ©Averbode

Concrètement, les revues Tremplin, Bonjour et Dauphin continueront de paraître jusqu'à la fin de l'année scolaire en cours, avec le numéro de juin pour numéro final. Si on assure, chez Plantyn, qu'on aura "toujours besoin de collaborateurs", notamment pour la plateforme numérique du groupe, où demeureront disponibles de nombreux supports, cette disparition annoncée constitue une mauvaise nouvelle pour pas mal d'auteurs, qui vont perdre une source parfois importante de revenus. "Certains avec qui je suis en contact régulier m'ont dit qu'ils allaient, une fois encore, devoir ''rebondir''. C'est un métier où on est habitué à devoir le faire, mais c'est toujours une angoisse pour beaucoup", insiste Benoît Coppée, qui a aussi une pensée pour les équipes éditoriales du groupe Averbode, "avec qui la collaboration aura été parfaite jusqu'au bout. C'est une équipe merveilleuse, et si je peux le dire, c'est parce que… je peux comparer avec ce que j'ai connu ailleurs."

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