Ce samedi, Goscinny aurait eu 100 ans : dix choses que vous ne saviez sans doute pas sur le scénariste culte
Le 14 août 1926 naissait à Paris René Goscinny, futur créateur d'Astérix, du Petit Nicolas et d'Iznogoud. Cent ans plus tard, dix choses à savoir sur cet homme aussi discret que génial.
- Publié le 14-08-2026 à 09h00

Buenos Aires, New York, Bruxelles, Paris : avant de devenir le scénariste le plus lu de France, René Goscinny aura crapahuté sur trois continents. Ce parcours d'enfant du monde, aussi méconnu que déterminant, est à l'image de l'homme : un créateur bien plus complexe que l'image lisse et bienveillante qu'on garde souvent de lui. Ce samedi, il aurait eu 100 ans. L'occasion de (re) découvrir dix choses que vous ne saviez sans doute pas sur le scénariste culte d'Astérix, du Petit Nicolas et d'Iznogoud.
1. Une jeunesse internationale
Né à Paris en 1926, Goscinny passe toute son enfance et son adolescence à Buenos Aires, où sa famille s'installe pour le travail de son père. À 19 ans, il repart pour New York, où il travaille dans la publicité et l'illustration pour la jeunesse, avant que l'agence bruxelloise World Press ne le fasse revenir en Belgique (lire plus bas).
2. Un amour des mots qui a façonné toute son œuvre
Dès le premier album d'Astérix en 1961, Goscinny surprend par son goût pour les calembours et une connaissance aiguisée de la langue française. La plupart des noms de personnages sont eux-mêmes des jeux de mots. Goscinny lui-même confiait prendre un plaisir particulier à ces trouvailles. "C'est le genre de chose qui me donne une grande satisfaction personnelle pendant de nombreuses secondes."

3. Le vrai déclic belge : un jeune homme "mince comme un fil de fer"
C'est l'agence bruxelloise World Press, dirigée par Georges Troisfontaines, qui rapatrie Goscinny des États-Unis en 1950. Uderzo se souvient de leur première rencontre dans un entretien avec Numa Sadoul. Il décrit un "jeune gars, mince comme un fil de fer avec ses cheveux crépus."
Ironie du sort, ce même Troisfontaines le licenciera brutalement en 1955 : "Contrairement à Uderzo, toi tu ne trouveras plus jamais de travail."
4. Ce licenciement a (indirectement) donné naissance au journal "Pilote"
Renvoyés par la World Press, Goscinny, Uderzo et Charlier restent solidaires : "Nous étions les trois mousquetaires, un pour tous et tous pour un, dira Uderzo. Sans contrat, ils créent leurs propres sociétés, Edifrance et Edipresse, à 25 % chacun avec Jean Hébrard, et lancent le journal Pilote fin 1959.

5. Astérix créé en un quart d'heure
Le premier projet du n°1 de Pilote devait être une adaptation du Roman de Renart, mais le projet était déjà pris par un autre dessinateur. Goscinny demande alors à Uderzo : "Quelles sont les périodes essentielles de l'histoire de France ?" Réponse d'Uderzo : "Les Gaulois…" C'était plié. Goscinny, refusant un héros traditionnel, tranche : "Astérix sera un antihéros, plutôt petit et laid."
6. Idéfix est né par accident

Le petit chien Idéfix n'était même pas prévu au scénario d'Astérix : Goscinny avait juste écrit "Il y a un petit chien à la porte" pour une scène. Uderzo l'a dessiné, des lecteurs ont réclamé de le revoir, et un concours dans Pilote lui a donné son nom. Cinq gamins l'ont remporté. Uderzo ne les a jamais rencontrés.
7. "Le Petit Nicolas" a d'abord été une bande dessinée
Dès 1954-55, c'est Sempé seul qui publie un premier Petit Nicolas en gags dans l'hebdomadaire belge Le Moustique. L'expérience est de courte durée, Sempé ne se plaisant pas dans la bande dessinée. C'est seulement ensuite que Goscinny reprend l'idée sous la forme de récits illustrés qu'on connaît aujourd'hui.

8. Mai 68 l'a profondément blessé
En mai 1968, Goscinny est convoqué dans un café par une vingtaine de dessinateurs (dont Giraud, Mandryka et Fred) qui contestent sa direction du magazine Pilote. Goscinny a vécu la scène comme un procès stalinien et une attaque personnelle, lui qui venait d'un milieu costume-cravate en décalage avec les "chevelus" de la rédaction.
9. Le combattant discret de la censure
Toute sa carrière, Goscinny doit composer avec la sourcilleuse Commission de surveillance des publications pour la jeunesse. En 1965, il obtient la réhabilitation d'un album d'Alix interdit pour "caractère traumatisant". En 1973, il publie dans Pilote une ironique Charte de l'humoriste indépendant.
"C'est par mon action […] que j'ai brisé les carcans qui emprisonnaient la bande dessinée chez nous. J'ai détruit les tabous […] en prenant des risques. Des vrais."
10. Un César d'honneur posthume, en 1978

Mort d'une crise cardiaque le 5 novembre 1977, il reçoit à titre posthume un César en 1978 pour sa contribution au cinéma d'animation. Les Studios Idéfix, fondés en 1974 avec Uderzo et l'éditeur Georges Dargaud, produiront Les Douze Travaux d'Astérix (1976) puis La Ballade des Dalton (1978), sorti alors que Goscinny n'était déjà plus de ce monde.
Pour aller plus loin…
À l'occasion de ce centenaire, la biographie de référence René Goscinny, la liberté d'en rire, signée Pascal Ory, de l'Académie française, ressort enrichie et augmentée chez Locus Solus (304 pages, 18 €) le 9 octobre prochain.
Anne Goscinny a par ailleurs annoncé une suite inédite au Petit Nicolas. GEO Histoire consacre également un hors-série au scénariste, déjà en kiosque.