Pensions: une réforme qui doit faire débat
Un édito de Guillaume Barkhuysen

- Publié le 11-03-2026 à 19h44
- Mis à jour le 11-03-2026 à 19h53

Dans l'ère des réseaux sociaux, la scène politique s'étourdit de micro-polémiques. Ce mercredi, un vieux visuel du PTB montrant des membres du gouvernement façon avis de recherche de criminels, avec la mention "Wanted" a provoqué un tollé numérique. "Honte" et "appel à la violence" pour les uns, "caricature classique" pour les autres. Une tempête dans un verre d'eau qui sera vite remplacée par la suivante.
Pourtant, l'actualité politique offre des sujets bien plus complexes, qui devraient susciter de véritables débats de société.
À l'heure où plusieurs dizaines de milliers de personnes s'apprêtent à défiler dans les rues de Bruxelles, la réforme des pensions de l'Arizona devrait indiscutablement en faire partie.
Car cette réforme soulève des questions qui relèvent davantage de l'éthique et du rapport à l'État-providence que de la simple arithmétique budgétaire. D'abord parce que la pension anticipée ne sera possible à 60 ans que pour les personnes pouvant justifier d'au moins 42 années de travail, au cours desquelles elles ont travaillé au moins 75% du temps.
Doit-on, au nom de la soutenabilité du système, pousser un très grand nombre de travailleurs à rester actifs jusqu'à 67 ans ? À l'inverse, doit-on, en 2026, à l'heure de la digitalisation, du télétravail et de l'amélioration des conditions de vie, maintenir des régimes spécifiques hérités du siècle dernier ?
Plus encore, la question du malus pension pourrait cristalliser les tensions. En achetant une voiture, on accepterait difficilement de signer pour une "full option" et de recevoir, à l'arrivée, un tacot.
Ici, l'Arizona va changer, pour de nombreux travailleurs, le contrat en cours de route. Le malus pension réduira, pour les travailleurs nés après 1975, de 5% le montant brut de la pension par année d'anticipation.
La règle du jeu est modifiée unilatéralement alors que la partie estentamée. Peut-on décemment demander aux citoyens de planifier leur avenir sur des sables mouvants?
Espérons que les réponses pourront être apportées, et acceptées, avec sérénité par l'opinion publique, et qu'une forme de justice sociale et fiscale accompagnera ces mesures difficiles.
Sinon, la tension ne pourra que monter. Et les 100 000 personnes attendues ce jeudi seront peut-être davantage la prochaine fois. Or, quand une mesure paraît injuste, gare à l'incendie. Emmanuel Macron, avec ses gilets jaunes, l'a tristement expérimenté.
