Violence : on ouvre le dialogue ou on s'enferme dans l'autoritarisme sécuritaire? (édito)
Albert Jallet, rédacteur en chef adjoint, revient sur les propos du ministre de l'Intérieur dans son édito.

- Publié le 09-10-2026 à 06h07
- Mis à jour le 09-10-2026 à 08h43

"Il y a des responsabilités au niveau des parents dans l'encadrement de leurs enfants – car on parle de mineurs – il y a des responsabilités au niveau des écoles – je rappelle que l'enseignement est obligatoire en Belgique – puis il y a une responsabilité de mouvement "type antifa". On connaît l'emprise sur une certaine partie de la société ici à Liège. Des adultes qui prennent la responsabilité de manipuler des enfants pour porter des messages politiques de manière violente. C'est évidemment tout à fait inacceptable. Ils trouveront sur leur chemin les forces de l'ordre ainsi que la justice" : ce jeudi matin, le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin se fendait d'un discours musclé à la sortie d'un briefing avec les forces de police suite aux débordements à Liège.
Guère surprenant de le voir pointer du doigt le "mouvement de type antifa" qui "manipule des enfants". Mais selon le porte-parole de cette même police, on nuance et on précise : oui il a été noté la présence des membres de ce mouvement lors des manifs liégeoises. Une présence qui n'est pas interdite.
Non, il n'a pas été expliqué lors de ce briefing que ces mêmes personnes avaient incité à la haine ou la violence. Le raccourci stigmatisant du ministre révèle son envie manifeste d'en découdre avec l'extrême gauche tout en ne s'appuyant, à ce moment-là, sur rien de tangible. Indigne instrumentalisation.
Dans sa saillie matinale, Bernard Quintin épingle aussi la responsabilité des écoles et des parents. Il en oublie cependant une. Celle des gouvernements en place. Ils ne répondent plus. Même quand patrons et syndicats s'accordent sur un lissage de l'index, ils sont renvoyés à leurs chères études. Même quand des dizaines de milliers de personnes descendent dans les rues, elles ne sont pas entendues. Quand l'État ne répond plus aux interlocuteurs sociaux, aux formes de négociations et de manifestations "conventionnelles", il provoque l'émergence de mouvements imprévisibles, moins structurés, moins encadrés. Sous des formes qui peuvent se dessiner plus violentes. N'est-ce le fait que de casseurs ?
Face à cela, le pouvoir a tendance à s'enfermer dans l'autoritarisme sécuritaire des "forces de l'ordre". Alors qu'il pourrait s'ouvrir à un réel dialogue.
