Opinion | Fagnes et canicules: une inaction à en tchouler
L'incendie des fagnes doublé des trois vagues caniculaires que la Belgique a connues cet été 2026 n'ont pas suffi pour mobiliser dans l'urgence les exécutifs fédéraux et régionaux.

- Publié le 04-09-2026 à 09h27

"Excusez-moi, mais j'en ai tchoulé".
Quand il revient dans L'Avenir sur son désarroi lorsqu'il aperçoit les premières fumées dans les fagnes, le steward Gerd Xhonneux confie qu'il en a pleuré. Et en pleure encore. Et cet homme qui veille sur le patrimoine écologique le plus précieux de Belgique s'en excuse. Lui qui y consacre son temps libre. Ne vous excusez plus, s'il vous plaît, Monsieur Xhonneux: d'abord, nous aussi on en a tchoulé. Ensuite, vous avez donné votre énergie et votre âme à ces landes que trop ne voient que comme une destination Instagram ou après-ski. Et puis, sans vous: on aurait peut-être perdu la 3e et dernière tourbière millénaire du plateau fagnard et son pouvoir de puits de carbone. Un héritage inestimable, qui remonte aux temps où l'Humanité n'était pas capable de nuisance sur son environnement. Et où elle donnait aux éléments la puissance des dieux tant elle la révérait.
Ceux qui devraient s'excuser, ce sont tous les décideurs. Ceux qui n'ont pas réussi, ou pas voulu, protéger les fagnes et la Belgique plus généralement, de nos appétits voraces. Ceux qui pensent d'abord à relancer l'économie avant de réunir leurs partenaires pour plancher sur l'adaptabilité du pays au réchauffement. Ceux qui n'ont que le bouclage du budget à la bouche parce que voyez-vous, se réunir en conclave budgétaire, pour un gouvernement, ça fait tellement plus sérieux que de protéger les linaigrettes. Signer des deals économiques bilatéraux en Inde aussi. On l'a déjà écrit ici pourtant: la chaleur tue les Belges plus sûrement que les flammes de Botrange les tétras-lyre. Notre pays détient le peu glorieux record européen de décès dus à la canicule estivale. Que Sciensano vient encore de revoir à la hausse. Aurait-on évité ces morts sans cette dette qu'on nous martèle si urgente à résorber?

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À l'échelle du continent d'ailleurs, celui qui se réchauffe le plus vite, on attend encore des gouvernements de droite la volonté de coaliser les efforts. Voire juste l'intention d'au moins faire semblant de s'inquiéter ensemble. Cet été, après que personne n'a saisi au bond la balle envoyée un peu à gailles par le Ministre fédéral de l'Environnement après 3 semaines de canicule, le seul engagement venu du Fédéral a été… la volonté de commander encore quelques hélicos. Emplâtre sur une jambe de bois… en feu.
Mais ceux qui devraient s'excuser surtout, ce sont ces multinationales qui continuent leurs ravages sans aucun remord. Celles du pétrole, celles du web, de l'automobile, de la mode, de l'agroalimentaire, du tourisme... Partout cet été, leur marque: dans la tourbe ardennaise, les montagnes népalaises, les pinèdes françaises, sur les sommets alpins envahis de traileurs, dans les savanes angolaises asséchées, dans les réserves sud-africaines où les VIP sont attendus en safari, jusqu'aux glaces antarctiques où nichent désormais des mouches… du grand nord. Ces entreprises rapaces, droguées au profit, qui en creusant nos sous-sols pour en extraire la moindre poche d'hydrocarbure ou le moindre gramme de métaux rares, continuent de creuser notre tombe.
Heureusement chez nous,dans le silence politique assez assourdissant d'un été qui laissera des séquelles immémoriales, la société civile reste debout. Vert vous le prouve dans cette livraison de rentrée plombée et plombante avec quelques initiatives qui viennent au chevet de nos fagnes convalescentes, et plus généralement de notre sol. Car malgré des budgets incendiés, les assoc' résistent. Elles notent d'ailleurs des dons en hausse de la part des citoyens. Car oui, tout le monde a tchoulé cet été.