Budget : il est minuit moins une…

Un édito de Guillaume Barkhuysen

Budget : il est minuit moins une…

Cinq minutes de courage politique. La formule, lancée en 2007 par Yves Leterme lorsqu'on lui demanda ce qu'il fallait pour scinder l'arrondissement judiciaire et électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, est immanquablement restée dans les annales du pays. Car ce sont finalement 541 jours de discussions, entre 2010 et 2011, qui ont été nécessaires pour aboutir à cette scission et à une nouvelle réforme de l'État. Ce slogan idiot, de celui qui menait alors le cartel CD&V – N-VA, a démontré, par l'absurde, qu'il est rarement simple de légiférer, de simplifier et de réformer. Or, les vagues de régionalisations – poussées par des volontés de gestion économique au Sud et un besoin d'émancipation nationale au Nord – n'ont pas toujours permis d'imprimer des politiques très différentes ou plus efficaces. Elles ont souvent complexifié le système institutionnel, quitte à rendre la lasagne bien indigeste. Et en matière de fiscalité, notre dossier montre que les choix ne sont parfois pas si différents au Sud et au Nord du pays.

Aujourd'hui, la Belgique est à un tournant. Il y a eu les crises sanitaires, la guerre en Ukraine… Et notre économie européenne, alourdie par un manque de stratégie énergétique et une désindustrialisation inquiétante, semble moribonde dans un contexte de mondialisation où même le traditionnel partenaire américain semble faire de l'Europe son vassal plutôt que son vieil allié.

Dans ce contexte d'incertitude, et face à une dette qui peut devenir incontrôlable, il n'est pourtant plus question de tergiverser. L'efficacité des pouvoirs publics doit être améliorée. Et les discussions budgétaires doivent aboutir à un compromis. Certaines mesures seront difficiles à digérer. Mais gageons que la préservation à moyen et long terme de notre bien-être et de notre prospérité prendra la priorité sur de petits calculs court-termistes principalement électoraux. Le budget "filet de sécurité" ou "bouton d'urgence", qui doit permettre de rassurer les marchés, sera-t-il finalisé dans les prochains jours ? Il ne peut s'agir que d'une première étape. Et celle-ci ne doit pas empêcher l'élaboration d'une vraie mécanique budgétaire portée par des décisions fortes et réparties, avec justice, sur l'ensemble des contribuables. Même si, pour cela, il va falloir sans doute davantage que cinq petites minutes de courage politique.

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