Que risque l'ex-agent de la Sûreté de l'État belge, Nicolas Ullens, pour avoir tué sa belle-mère ? "La perpétuité... à 3 ans de prison" (vidéo)
Nous avons demandé à Mes Pierre Chomé et Maxim Töller, avocats pénalistes de renom, ce que risquait l'assassin présumé de Myriam Ullens-Lechien. La cour d'assises du Brabant wallon chargée de juger Nicolas Ullens débute ce lundi 21 septembre 2026, à Nivelles, par la constitution du jury. Les débats au fond débutent ce jeudi 24 septembre.

- Publié le 20-09-2026 à 09h02
- Mis à jour le 20-09-2026 à 11h07

"La perpétuité, en Belgique, elle existe vraiment, avec la possibilité de demander avant une sortie." Derrière cette phrase de l'avocat pénaliste Me Maxim Töller se joue une question vertigineuse pour Nicolas Ullens.
L'ancien agent de la Sûreté de l'État, qui comparaît libre, est accusé de l'assassinat de sa belle-mère, la baronne Myriam Ullens-Lechien, le 29 mars 2023, à Lasne, dans le Brabant wallon. Soit le meurtre commis avec préméditation, contesté par l'accusé.
Si les jurés retiennent cette qualification, c'est la peine la plus lourde qui se profile. Celle de l'emprisonnement à perpétuité.
Des circonstances atténuantes?
Mais après la qualification des faits vient la question de la peine. Et les circonstances atténuantes peuvent changer radicalement la donne. "Si un accusé est condamné pour assassinat, et que des circonstances atténuantes sont retenues, la peine risquée est entre 3 ans et la perpétuité", souligne Me Töller.
"Les circonstances atténuantes sont subjectives, par principe", nous éclaire l'avocat pénaliste et professeur à l'ULB Pierre Chomé. Elles peuvent être proposées ou évoquées par la défense, mais aussi par l'avocat général. "Il pourrait s'agir de l'absence d'antécédents judiciaires, ou encore, à titre d'exemples, de l'analphabétisation d'un accusé, du repentir de celui-ci, ou encore de la réputation de la victime."
"Non, la perpétuité ne signifie pas 30 ans"
Autre point essentiel: une condamnation à perpétuité ne signifie pas automatiquement trente années derrière les barreaux.
"C'est faux de dire que c'est égal à 30 ans", insiste Me Töller. "Pourquoi dit-on que la perpétuité équivaut à 30 ans? C'est un drôle de calcul. La Cour européenne des droits de l'homme considère qu'une peine totalement incompressible est contraire aux droits de l'homme, car elle reviendrait finalement à une peine de mort. Il faut donc laisser une possibilité d'espoir", poursuit l'avocat liégeois. "Pour la perpétuité, on s'est demandé à partir de quand une personne pouvait avoir le droit de demander au tribunal de l'application des peines (TAP) une libération conditionnelle. On a retenu le même principe que pour une peine de 30 ans : quinze ans."
Quand demander une première libération conditionnelle?
En Belgique, explique-t-il, une personne condamnée à perpétuité peut donc demander une première libération conditionnelle après quinze ans de détention. Mais si cette possibilité existe, "il n'y a aucune garantie de sortie". En effet, même s'il est possible de demander sa sortie, les libérations sont accordées de manière très stricte.
Le jury et la cour peuvent aussi prévoir une période incompressible. "Vous avez la perpétuité avec un minimum de 25 ans", illustre l'avocat. Dans ce cas, il faut attendre ce délai avant de pouvoir demander une libération conditionnelle auprès du TAP.
Une place importante à l'appréciation de la peine
Pour Me Töller, le système belge laisse une place importante à l'appréciation de la peine. "Aux États-Unis, il existe des critères. En Allemagne et en Angleterre aussi. En Belgique, absolument rien."
Dans le cas de Nicolas Ullens, si les jurés retiennent l'assassinat, la peine encourue est donc la perpétuité. Mais s'ils reconnaissent des circonstances atténuantes, elle peut descendre jusqu'à trois ans de prison.
