Les sciences s'offrent une vitrine cette semaine
Abstraites, compliquées, énigmatiques: les sciences peuvent paraître inabordables. Le Printemps des Sciences veut casser cette idée. Il débute ce lundi.

- Publié le 19-03-2018 à 07h47

Quel est le point commun entre les outils à disposition d'un inspecteur de police criminelle et les puces de votre smartphone? Les deux sont le fruit de la science. Dubitatif? Le Printemps des Sciences, qui se déroule du 19 au 25 mars en Fédération Wallonie-Bruxelles, va éclairer votre lanterne.
L'événement est organisé chaque année depuis 2001, explique Martine Vanherck, coordinatrice du projet à l'Université de Liège. "L'objectif, c'est de présenter les sciences sous un autre jour et de permettre aux enfants et au grand public de participer à des activités de culture scientifique."
Une mission cruciale, renchérit son homologue de l'UCL, Anne Bauwens: "On vit dans un monde technoscientifique. Les technologies se développent. Sciences et technologies vont de pair. Elles sont omniprésentes et c'est important que les gens comprennent comment ça fonctionne pour comprendre le monde dans lequel ils vivent et pouvoir prendre des décisions éclairées."
Une semaine durant, des activités sont ainsi proposées dans les différentes universités de Wallonie et Bruxelles pour rapprocher les citoyens du monde scientifique. Les écoles durant la semaine, mais aussi le grand public le week-end prochain ou en soirée.
"Cela méritait qu'on s'y arrête, comme pour les Journées du Patrimoine qui méritent que l'on prenne du temps pour s'intéresser au patrimoine, poursuit Martine Vanherck. On peut passer pendant des semaines à côté d'une très belle façade et ne jamais la regarder. Le Printemps des Sciences, c'est l'occasion de regarder les sciences de façon différente."
Et de poursuivre: "La science touche à de nombreux aspects de notre vie quotidienne. Elle est constamment évoquée, dans les journaux notamment, mais il faut parfois prendre le temps de s'y arrêter, d'expliquer certaines choses, permettre au public de rencontrer des chercheurs, de comprendre ce qu'ils font."
Du matériel de professionnel
Un moment privilégié donc, accessible de 7 à 77 ans, et qui offre "l'occasion de montrer aux jeunes les sciences pratiquées par des " professionnels ", insiste Anne Bauwens. Non pas que les profs ne soient pas des professionnels mais quand on a affaire à un chercheur qui vient avec du matériel de recherche, qui explique ses recherches avec ses mots, c'est autre chose qu'un prof qui doit donner cours de science. Et puis ils peuvent découvrir les laboratoires d'université. C'est autre chose que les laboratoires à l'école. Ils ont vraiment accès à du beau matériel."
Un moment unique pour concilier détente et apprentissage. Et qui sait, peut-être faire naître des vocations.

Enrichir une vocation naissante
Le Printemps des Sciences vise-t-il à créer des vocations? "Je ne crois pas que ce soit assez important que pour être décisif, tempère Anne Bauwens (UCL).
On va surtout toucher les indécis. Ceux qui n'étaient pas touchés par les sciences, c'est rare d'arriver à les convertir. Les convaincus restent convaincus ou on ne les refait pas changer d'avis. Mais s'ils sont venus chaque année au printemps des sciences, ça peut avoir une influence."
Martine Vanherck (ULiège) partage cet avis. "Je veux vraiment insister sur le fait qu'un choix vocationnel, ça se construit tout au long de l'adolescence. Ce n'est pas une visite, et heureusement, qui va changer toute votre perception du monde. C'est tout un tas de renforcements positifs. "
Avant de préciser: "Le printemps des sciences en est un, les visites de musées tout au long de l'année en est un autre, les publications, les émissions de télé, de radio, la famille, l'école: tous ces renforcements-là participent au choix vocationnel. Ça ne peut pas être l'élément clé. C'est surtout une semaine pendant laquelle on s'arrête, et on se dit qu'est-ce qui est scientifique dans tout cela, qu'est-ce que la science peut m'apprendre?"
Anne Bauwens ne dit d'ailleurs rien d'autre: "Pour que ce soit décisif en " one-shot ", il faut vraiment en mettre plein la vue. C'est un travail de fond, de longue haleine. Il faut le voir comme ça. L'éducation, ça prend du temps. "

Mieux communiquer, dans les deux sens
Sciences et grand public, médias en tête, ne font pas toujours bon ménage. Mais les rapports semblent s'améliorer avec le temps, si l'on en croit Anne Bauwens, directrice de Scienceinfuse, antenne de promotion des sciences de l'UCL.
"Ça fait 17 ans que je travaille dans la promotion des sciences. Il y a une sacrée évolution. Aujourd'hui, on s'intéresse beaucoup plus à la science", explique-t-elle.
"Et cela va dans les deux sens, poursuit Anne Bauwens. Il faut savoir que le problème ne vient pas que du public mais aussi des chercheurs. Un chercheur qui s'intéresse à communiquer n'était auparavant pas très courant, c'était même mal vu. Aujourd'hui, les chercheurs me disent que c'est important de communiquer. Ils y voient un intérêt et ils prennent du temps pour le faire bien. Quand on a commencé notre premier Printemps, c'était compliqué de trouver des chercheurs qui s'impliquent."
Si les mentalités ont changé, c'est aussi parce que la demande est forte, juge pour sa part Martine Vanherck (ULiège).
"C'est une vraie préoccupation. Je pense que ça a toujours existé mais, de nos jours, la communication vers le grand public est quelque chose vers laquelle on s'arrête. Ça trouve aussi un écho très fort dans le grand public. Les activités sont très bien suivies. Ce qui prouve que les gens s'intéressent vraiment aux sciences."

La science séduit de plus en plus
Les carrières scientifiques n'inspirent pas nécessairement les étudiants, si l'on se base sur les chiffres de pénurie de main-d'œuvre dans certains métiers.
Pourtant, les sciences attirent, si l'on en juge au succès rencontré par l'événement.
"Le Printemps des Sciences est de plus en plus connu et on ne peut que s'en réjouir, se félicite Martine Vanherck (ULiège). Il fédère de plus en plus d'acteurs. Le nombre d'activités et de chercheurs impliqués augmente sans cesse et, en corollaire, le nombre de visiteurs également. C'est une véritable satisfaction pour nous."
Un constat que dresse aussi Anne Bauwens. "On a un énorme problème au niveau des inscriptions. C'est un peu comme quand on veut s'inscrire à Tomorrowland (NDLR: un festival de musique électronique à succès). Nos serveurs saturent, les gens nous appellent. C'est vraiment la guerre aux places. Au niveau scolaire, on rencontre un succès incroyable, on est même dépassé par la demande."
Mais l'enthousiasme pour les sciences va même au-delà du Printemps des Sciences, explique la coordinatrice de l'Université catholique de Louvain: "Il y a de plus en plus d'événements de culture scientifique un peu partout. On le voit aussi sur internet, au nombre de blogueurs, Youtubers qui font de la vulgarisation scientifique. Il y a beaucoup de choses de qualité qui se font aussi sur le Web. C'est plutôt positif."

Tordre le cou aux "fake news"
"Ceci est une fiction!" Le thème de cette année n'a pas été choisi au hasard. En optant pour cette thématique, les responsables des différentes universités francophones ne s'y sont pas trompées.
"On a choisi ce thème-là car on trouve que c'est quand même d'actualité puisque, avec les sciences, on est aussi dans la question des fake news (NDLR: fausses informations), explique Anne Bauwens. On en parle beaucoup. Et dans la science, on peut beaucoup jouer avec cesfake news car on ne sait pas très bien où se situe la limite entre la science et la fiction. "
"Il y a des choses qui existent d'un point de vue scientifique mais dont le grand public n'a pas connaissance et dont le grand public peut penser que c'est une fiction alors que c'est une réalité. Et inversement. On peut faire croire des choses qui sont des fictions."
Et Anne Bauwens de donner deux exemples: "L'assistance robotique, les êtres augmentés. Ça existe, c'est de l'ordre de la robotique. Et dans l'autre sens, ce sont toutes les questions, depuis toujours et peut-être encore plus fort aujourd'hui avec Donald Trump, de l'évolution et de la climatologie. Le changement climatique qu'on ne peut pas enseigner aux États-Unis."
Une thématique intéressante, conclut Martine Vanherck car elle permet de "poser la question du plausible et du farfelu, de l'info et de l'intox. Et donc de faire travailler l'esprit critique de nos visiteurs autour de problématiques essentielles et parfois beaucoup plus ludiques."