Vivalia veut réduire les somnifères dans ses maisons de repos: "Ces produits modifient l'architecture du sommeil"
Dans ses six maisons de repos, Vivalia encourage l'arrêt progressif de ces somnifères aux effets souvent néfastes chez les aînés.
- Publié le 08-10-2026 à 06h01
- Mis à jour le 08-10-2026 à 06h43

Dans les six maisons de repos de Vivalia, un programme inédit tente de réduire la consommation de benzodiazépines, ces médicaments prescrits notamment contre l'anxiété et les troubles du sommeil. L'initiative part d'un constat préoccupant: la Belgique figure parmi les plus gros consommateurs d'Europe et, en maison de repos, plus de quatre résidents sur dix en prennent encore régulièrement. "Beaucoup de patients âgés utilisent ces traitements depuis vingt, trente, parfois quarante ans, explique Adèle Klels, médecin coordinateur et conseiller à la MRS du Domaine de l'Ambra. À l'époque, on ne connaissait pas aussi bien les effets à long terme. Ils ont commencé dans un contexte particulier et n'ont jamais arrêté."
Ces médicaments restent pourtant destinés à des situations ponctuelles, comme un épisode d'anxiété aiguë, un deuil ou un trouble du sommeil passager. "Ils sont prévus pour une utilisation de courte durée. Sur le long terme, ils perdent de leur efficacité et peuvent même entretenir certains problèmes." La praticienne rappelle également que ces traitements entraînent un phénomène d'accoutumance: avec le temps, l'organisme s'y habitue et les doses doivent parfois être augmentées pour obtenir le même effet.
Des effets indésirables nombreux pour nos aînés
Si Vivalia souhaite aujourd'hui encourager leur arrêt progressif, c'est surtout en raison des effets secondaires bien documentés chez les personnes âgées. Risque accru de chutes et de fractures, somnolence diurne, vertiges, troubles de la vigilance ou encore altération des capacités cognitives figurent parmi les conséquences les plus fréquemment observées. "Les benzodiazépines ne procurent qu'un bénéfice limité sur le sommeil, souligne le médecin. On parle d'une dizaine de minutes gagnées pour l'endormissement et d'une trentaine de minutes de sommeil supplémentaire. En revanche, les effets indésirables peuvent être importants. Certaines personnes pensent mal dormir et demandent une augmentation du traitement, alors qu'elles sont en réalité fatiguées à cause du médicament lui-même. Ces produits modifient l'architecture du sommeil et la qualité du repos n'est pas forcément meilleure."
Toutes les sociétés scientifiques de gériatrie déconseillent aujourd'hui leur prescription après 65 ans, sauf situations très particulières. Pour autant, il n'est pas question d'un arrêt brutal. "Le sevrage mis en place est progressif et encadré médicalement. Car il est dangereux d'arrêter du jour au lendemain." Pour accompagner cette démarche, les maisons de repos misent également sur d'autres leviers: activités quotidiennes, maintien d'une vie sociale active, conseils de détente ou encore soutien psychologique lorsque cela s'avère nécessaire.
Le sevrage apporte déjà de beaux résultats
Le projet mis en place par Vivalia repose donc sur la sensibilisation plutôt que sur la contrainte. Une brochure a été distribuée aux résidents, des tables rondes ont été organisées avec un psychologue et une formation de quatre heures a été proposée aux équipes soignantes. Les médecins traitants ont également été associés à la démarche. "Nous nous sommes rendu compte que le patient devait être au centre du processus, explique Adèle Klels. Il faut qu'il comprenne les enjeux et qu'il ait lui-même envie d'essayer."
Les premiers résultats apparaissent progressivement. Certaines familles constatent une meilleure communication avec leur proche, davantage d'éveil ou une diminution de la fatigue.
Le médecin cite notamment le cas d'une résidente atteinte de troubles cognitifs qui a retrouvé davantage d'autonomie après une révision de son traitement. "Souvent, les patients craignent de moins bien dormir. Pourtant, dans la majorité des situations, il n'y a pas de dégradation. Les bénéfices se situent surtout dans la qualité de vie, l'énergie en journée et la clarté d'esprit. Beaucoup disent après coup qu'ils ne se rendaient pas compte à quel point le médicament les ralentissait."
Lancé progressivement depuis quelques mois, le programme n'en est encore qu'à ses débuts, mais les résultats sont déjà plus qu'encourageants.
