Les pommes se font rares, les pressoirs de la province de Luxembourg tournent au ralenti : "C'est la première fois que je vois ça"
Pommes plus petites, volumes en baisse et activité au ralenti: les professionnels du secteur traversent un automne 2026 compliqué en province de Luxembourg. Ils nous livrent leur avis, avec des prédictions pas forcément optimistes pour l'année prochaine.
- Publié le 08-10-2026 à 19h42

La saison des pommes ne ressemble pas aux automnes habituels. Alors que les pressoirs tournent généralement à plein régime entre septembre et novembre, les épisodes de canicule et la sécheresse ont fortement réduit les récoltes dans de nombreuses régions.
À Halanzy (Aubange), Patrick Breton, exploitant de Gaume Jus de Pomme, n'a pratiquement pas lancé sa saison. "Cette année, c'est la première fois que je vois ça, explique-t-il. Il y a eu deux phénomènes en même temps: la canicule et le manque d'eau. Les pommes sont restées beaucoup trop petites et les quantités sont insuffisantes. Chez nous, les particuliers viennent avec leurs propres fruits et il faut parvenir à regrouper plusieurs clients sur une même journée pour que le pressage soit rentable. Or, cette année, les gens ont peu de pommes et souhaitent venir chacun à des moments différents. Avec quatre heures de nettoyage quotidien et une capacité d'une tonne à l'heure, je ne peux pas ouvrir pour traiter quelques centaines de kilos. Les autres années, on remplissait facilement le planning. Cette fois, ce n'est pas possible."
Une situation d'autant plus délicate que cette activité constitue son revenu principal. "Je vis de cette activité et j'ai des ouvriers à payer. Si je ne fais qu'une tonne sur une journée, cela ne couvre pas les frais. J'ai demandé le droit passerelle pour passer ce cap. Une mauvaise année, on peut essayer de s'en remettre, mais si cela devait se reproduire plusieurs fois, ce serait très compliqué." L'exploitant souligne qu'habituellement, il avoisine les 200 tonnes pressées annuellement, loin des perspectives actuelles.
La sécheresse n'explique pas tout
À Froidlieu, dans la commune de Wellin, le constat est également préoccupant au Pressoir d'Hortus. Sylvain Trigalet nuance toutefois l'explication climatique. "La sécheresse a joué un rôle important parce qu'elle a empêché les fruits de grossir, mais ce n'est pas le seul facteur, partage-t-il. L'année passée a été exceptionnelle et les pommiers alternent naturellement entre années fortes et années plus faibles. À cela se sont ajoutés des épisodes de grêle et une pression plus importante des insectes. Résultat, nous allons valoriser environ trois fois moins de fruits que l'an dernier et environ deux fois moins qu'une année normale."
Malgré une structure plus diversifiée, l'impact financier reste important. "Quand on divise l'activité de pressage par deux, on divise aussi fortement le chiffre d'affaires. Certaines charges diminuent parce qu'on achète moins de bouteilles ou d'emballages, mais les investissements, les machines et les autres frais fixes restent les mêmes. On ne peut pas non plus répercuter toutes les hausses de coûts sur les clients."
Le responsable s'inquiète aussi des conséquences à plus long terme. "Les arbres ont énormément souffert cette année. Or les bourgeons qui donneront les fruits de l'an prochain se forment déjà aujourd'hui. On sait donc que les effets de la sécheresse de 2026 risquent encore de se faire sentir en 2027. Deux mauvaises années, une entreprise peut encore les absorber. Mais si ce type de saison revient régulièrement, beaucoup de structures risquent de ne plus être rentables."
Des pertes importantes, mais une clientèle qui compense à Hargimont
À Hargimont, l'exploitation Le Verger d'à côté, tenue par André Ska, constate, elle aussi, les effets de la sécheresse, mais avec moins de conséquences qu'ailleurs. "Si je regarde uniquement la Famenne, c'est catastrophique, partage le professionnel. On tourne facilement autour des 80% de pertes. Les pommes sont plus petites et les quantités en forte baisse". Le producteur bénéficie toutefois d'une clientèle qui dépasse largement son secteur. "Des personnes viennent aussi de l'Ardenne, de Bastogne, de Tenneville ou encore d'autres régions. Là-bas, les arbres ont moins souffert et les récoltes restent correctes, tant en quantité qu'en calibre." Cette diversité géographique permet à l'exploitation de maintenir une activité satisfaisante malgré une saison difficile: "On s'en sort parce que notre zone de clientèle est très large. Si nous dépendions uniquement de la Famenne, la situation serait beaucoup plus compliquée".
