Entre rêve et résilience : A Thulin, Phanie et Madison ouvrent leur propre salon de coiffure
Il aura fallu du temps aux deux amies de longue date avant de faire le grand plongeon. Sans Aucun Motif a ouvert ses portes le 18 février.
- Publié le 01-03-2026 à 12h02

À Thulin, un nouveau commerce vient d'ouvrir ses portes. Un salon de coiffure de plus ? Pas tout à fait. Derrière les miroirs et les fauteuils flambant neufs de "Sans aucun motif" que Phanie et Madison viennent d'ouvrir, il y a surtout l'histoire d'un rêve longtemps repoussé, d'une amitié solide et d'un pari audacieux, à l'heure où se lancer comme indépendant relève parfois du saut dans le vide.
Originaire de Jemappes, Phanie a commencé à faire chanter ses ciseaux dès l'âge de 15 ans. Formation à l'IEPS de Jemappes, puis à Colfontaine, cinq années en CEFA, partagées entre école et stages… "J'ai commencé très jeune, je savais que c'était ça que je voulais faire." À la sortie, elle est engagée chez Les Motifs, à Mons. C'est là qu'elle rencontre Madison. "On travaillait notamment pour Télé MB et pour le Festival du film d'Amour. Ça cartonnait. C'était une superbe expérience."
Mais le salon finit par fermer. Phanie enchaîne alors les expériences moins heureuses. Une grande enseigne d'abord : "C'était catastrophique : surexploitation, mauvaise ambiance… Ce n'était pas du tout épanouissant." Puis une autre structure qui, elle aussi, baisse le rideau. Les années passent. Le rêve, lui, reste en suspens.
"J'approche de la quarantaine. Depuis que j'ai commencé la coiffure, mon rêve était d'avoir un jour mon propre salon. Je me suis dit qu'il était temps de me lancer." Le choix de Thulin s'impose presque naturellement. "Je suis tombée sous le charme de ce village. J'ai eu l'occasion de venir y habiter. Et maintenant, d'y ouvrir un commerce."
Toutefois, trouver un local n'a pas été évident. L'ancien commerce Balais Brosses était en vente. Mais seule, difficile de convaincre les banques. Alors, Phanie en parle à Madison, devenue sa meilleure amie. "Elle ne voulait plus travailler pour quelqu'un. On en a discuté et on a décidé de se lancer à deux." Le nom du salon, Sans aucun motif, clin d'œil à leurs débuts chez Les Motifs, symbolise "une façon de boucler la boucle". Logique, pour des coiffeuses.
La décision n'est pas anodine. Ces dernières années ont été marquées par une dépression, puis par un choc anaphylactique qui a failli coûter la vie à Phanie. "Ça m'a fait prendre conscience que lorsqu'on veut quelque chose, il ne faut pas attendre. La vie est trop courte."
Le 18 février, les portes s'ouvrent enfin. "Il y avait de la joie, du stress, de l'excitation… On avait du mal à réaliser. Puis le travail s'est enchaîné, on n'a pas vu passer les heures." Ici, le relationnel est central. "Les gens viennent pour se faire coiffer, mais aussi pour discuter. Certains restent boire un thé ou un café." Les deux amies revendiquent des tarifs accessibles et une certaine franchise. "On préfère refuser une demande irréaliste plutôt que d'empocher de l'argent et cramer des cheveux. On veut être sincères, pas gourmandes. "
À Thulin, l'aventure ne fait que commencer. Mais pour Phanie et Madison, elle a déjà un goût de victoire.
