Namur : une vente aux enchères exceptionnelle au quartier Saint-Nicolas, on vend même des gens ! (vidéo)
Des habitants de la rue Saint-Nicolas ont organisé une vente aux enchères en guise de manifestation contre la vente d'un immeuble par le CPAS de Namur. Celui-ci a justifié sa décision.

- Publié le 24-06-2026 à 12h55
- Mis à jour le 24-06-2026 à 19h14

En tant qu'investisseur, il ne fallait pas louper la vente publique de ce mercredi, rue Ponty, au cœur du quartier Saint-Nicolas à Namur. Des lots exceptionnels étaient à vendre, constitutifs de tout ce qui fait la richesse du quartier : l'école des devoirs, la rue piétonne, Martine et Georges, deux habitants emblématiques, le local de réunion "Le Poulailler", le jardin partagé ou encore, l'immeuble numéro 8, rue Saint-Nicolas. Tout devait partir. Les sommes de départ dérisoires, quelques euros, ont été multipliées par milliards, preuve de la valeur exceptionnelle de ceux qui font vivre le cœur des Arsouilles.
Bon, en fait, cette vente aux enchères, c'était du pipeau. Les gens ne sont pas à vendre. Il s'agissait d'une manifestation de la crainte, bien réelle cette fois, de voir un immeuble de la rue, le numéro 8, être vendu au plus offrant. "Ce bâtiment abrite du logement public. C'est une garantie contre la spéculation immobilière. On en a besoin pour préserver l'esprit du quartier" clame Mathilde Hubermont, membre du Groupe d'Action logement de la Concertation du quartier Saint-Nicolas.
Îlot populaire dans une ville en transformation, la rue Saint-Nicolas serait menacée par la spéculation immobilière. À l'instar des Marolles à Bruxelles, des habitants et associations s'esquintent pour revendiquer des loyers accessibles et défendre la diversité sociale, perçue comme un patrimoine immatériel à préserver. "Ce bâtiment est un rempart contre la gentrification. S'il est vendu au plus offrant, les loyers vont augmenter, cela va avoir un effet domino."
Racheter le bâtiment en coopérative
L'immeuble a déjà été mis en vente à deux reprises par le passé. Sans succès. Deux offres ont été émises : l'une est restée officieuse, l'autre bancale. En décembre, des habitants et associations de la rue Saint-Nicolas ont alors rencontré la présidente du CPAS, Dorothée Klein (LE). Ils voulaient un moratoire sur la vente." La présidente nous a demandé de plancher sur une alternative. Nous l'avons fait, nous en avons une, mais depuis décembre, c'est porte close. On ne nous répond plus."
Ils ont en effet un projet fou : racheter le bâtiment. "On ne peut pas se contenter de dire qu'on n'est pas d'accord. Après six mois de travail, on a une proposition concrète, des plans d'architecte, un plan financier pour racheter ce bâtiment, le rénover et y maintenir du logement social." continue Mathilde Hubermont. Seule limite, la coopérative immobilière sociale ne pourra pas dépasser un prix d'achat de 815 000 euros. Et ce, pour marier création de logement public et viabilité financière. "La rénovation tournera autour du million d'euros, voire plus" ajoute Julien Dury, architecte.
Mise à prix, 950 000 euros
Un bâtiment racheté par une coopérative pour maintenir le lien social, c'est vendeur. Seulement, le projet se heurte à deux réalités, économique et financière. D'une part, le conseil communal a déjà acté la mise en vente. Le marché public est lancé, un notaire sera bientôt désigné pour organiser la vente publique en septembre. Par conséquent, le projet citoyen devra concurrencer avec le privé et des offres plus élevées.
D'autre part, le prix. Le bâtiment a été évalué à 950 000 euros. Un delta entre l'offre de la coopérative et le prix désiré que chaque partie appréciera selon son point de vue. Pour les candidats acquéreurs, il s'agit d'un investissement dans la cohésion sociale. Quant au vendeur, le CPAS, il voit déjà un trou supplémentaire dans des caisses en souffrance.
"Les ventes non réalisées nous ont fait perdre un million d'euros"
Des élus du Conseil de l'Action Sociale, Xavier Gérard (MR) et Pierre Piron (LE), ont assisté à la manifestation ce mercredi matin. De quoi rouvrir le dialogue autour de la vente contestée du numéro 8 de la rue Saint-Nicolas entre riverains et politiques.
Les échanges sont constructifs, mais tardifs. Les conseillers affirment que la procédure de mise en vente du bâtiment, engagée en mars par le conseil communal, empêche l'ajout de conditions de vente favorables à un projet social. Une affirmation que les associations de la rue Saint-Nicolas contestent. Elles considèrent qu'il est encore temps de rajouter des critères sociaux, tels que l'obligation de construire du logement de service public.
Xavier Gérard est aussi revenu sur l'urgence de vendre ce bâtiment pour le budget nécessaire à l'action sociale. Sous la législature précédente, le CPAS a construit deux maisons de repos et en a rénové trois.
Le plan financier lié à ce vaste chantier comprenait la vente de plusieurs bâtiments, la Closière à Saint-Servais, deux bâtiments rue de Fer et… le numéro 8 de la rue Saint-Nicolas. "Nous avons un déficit de 4 millions d'euros à la suite de ces ventes non réalisées. On a dû emprunter cette somme qui nous coûte plus ou moins 30 000 euros par mois d'intérêts. En quatre ans, cela fait plus d'un million d'euros de perdu", souligne Xavier Gérard. D'où l'urgence de résorber le trou, et renflouer les caisses.
