Notre série "Portraits de familles" | La famille Danthine : les enfants d'Hippocrate de père en fils
Dans la famille Danthine, il y a Edmond, Philippe, Bernard et Baptiste : tous animés par la passion pour la médecine. Complices et unis par les liens de la famille et des valeurs, ils ressuscitent un temps où le serment d'Hippocrate fondait des vies d'exigence et de dévouement. Rencontres.

- Publié le 01-08-2024 à 07h00

Si seulement les murs de l'ancien cabinet de l'avenue Criel pouvaient parler. Ils nous raconteraient les histoires qui témoignent, chacune à leur manière, de la vocation, de la bienveillance, de la dévotion mais aussi de la passion qui animent la famille Danthine pour la médecine. "Notre papa, Edmond, est arrivé à Havelange en 1947, amorce Philippe Danthine (75 ans), un des fils. Né en 1919, il avait d'abord été médecin de guerre à Wellin durant l'offensive des Ardennes notamment." Avec une maman secrétaire médicale qui faisait office de GPS au temps où le téléphone portable n'existait pas, la famille vivait médecine générale en permanence. "Notre père était un passionné, dévoué à son métier et à ses patients, confie Bernard Danthine (68 ans), le frère de Philippe. Il avait fondé en 1968 la SSMG (Société Scientifique de Médecine Générale) et l'avait présidée jusqu'en 1994. On a baigné dans cet univers et je pense que c'est aussi ce qui nous a encouragés à entreprendre le même parcours finalement. J'avais hésité avec les études d'ingénieur. J'ai passé mon examen d'entrée avant de me rendre compte que je n'avais pas envie de ça et que je préférais me diriger finalement vers la médecine."
En 1974, Philippe rejoint le cabinet du père suivi par Bernard en 1982. Le même fil rouge guide leur trajectoire : le contact avec le patient, le sentiment du service rendu, la satisfaction d'accompagner les gens lors des événements marquants qui jalonnent leurs vies. "À l'époque, nous étions les médecins de première ligne donc on était appelé les week-ends mais aussi durant la nuit pour aller sur les accidents de la route notamment, raconte Philippe. C'était à nous aussi d'aller annoncer les décès dans les familles. Quand les gens nous voyaient derrière leur porte, ils savaient pourquoi on était là." Et Bernard de reprendre : "Il y avait aussi de beaux moments. On était invité à un nombre incalculable de communions et de mariages. On faisait partie intégrante des familles de nos patients finalement."
"On n'imagine plus être joignables 24h sur 24"
Si aucun ne regrette son choix, à l'heure où le système de santé craque, les deux frères ont accepté de revenir sur leur métier, et d'en analyser les mutations. "Notre père a exercé jusqu'en 1991. Le premier conflit que j'ai eu avec lui c'est quand il m'a demandé de faire les consultations le dimanche matin. Je lui ai dit non car c'était des moments que je voulais passer en famille, se rappelle Philippe. À l'époque, il n'y avait pas de système de garde donc on était tout le temps appelable. Expliquer ça à un jeune maintenant, il part en courant. On n'imagine plus que les médecins soient joignables 24h/24."
La médecine générale est en pleine transformation aujourd'hui. Les centres pluridisciplinaires se multiplient et Bernard Danthine a su prendre la balle à bond en construisant un nouveau bâtiment en 2015. Médecins généralistes, ostéopathe, psychologues et diététicien se partagent les cabinets. "Philippe parlait d'arrêter et il avait 69 ans. Je voulais attirer des jeunes et il fallait donc se réinventer car les anciens bâtiments étaient trop vieux et plus assez confortables. L'avantage aujourd'hui c'est que les patients ont accès à plusieurs professionnels mais, a contrario, on a moins de patients fidèles. Ils préfèrent prendre la première disponibilité sans pour autant être attaché à un médecin en particulier."
Une 3e génération inattendue
À 68 ans, Bernard Danthine n'envisage pas encore de déposer le stéthoscope. Son épouse, Fabienne, travaille en tant que secrétaire médicale, comme sa belle-mère avant elle. Chez les Danthine, les femmes ont aussi leur place et gère l'arrière-boutique. Mais la relève est pourtant assurée. Il y aura bien un Danthine pour rimer avec médecine et prêter le serment d'Hippocrate. "Pourtant, au départ, aucun de nos enfants à Philippe et moi ne voulait faire la médecine. Probablement qu'avec notre rythme de travail, on les a un peu dégoûtés", analyse Bernard. Oui, il y a sans doute eu de ça. Mais pas au point de décourager complètement Baptiste, son fils. "J'ai fait mes études d'ingénieur civil. J'ai travaillé deux ans avant de me rendre compte que ce n'était pas ce qui me plaisait. J'avais un ami qui venait de faire son assistanat ici au cabinet et il me racontait ce qu'il y faisait. Je me suis dit que j'avais eu une image faussée de ce qu'était la médecine alors je me suis relancé dans les études", raconte l'étudiant en 5e année de médecine désormais. "Ah oui, je m'en souviens bien, il nous a fallu tout le week-end pour nous en remettre. On se disait avec mon épouse qu'on était enfin débarrassé des études, du stress des examens et en fait non, rigole Bernard Danthine avant de tourner le regard vers son fils. Je suis forcément très fier aujourd'hui et son grand-père l'aurait été encore plus s'il était toujours avec nous. Baptiste était le petit dernier de ses petits-enfants, c'était le petit chouchou."
La voie est désormais toute tracée pour le cadet. Vers la médecine générale ? "Je ne sais pas encore mais je ne ferme aucune porte. Je suis intéressé par la médecine interne mais j'aime aussi beaucoup la proximité avec les patients. J'ai envie et besoin de me sentir utile et d'apporter du positif aux gens."
