Des données volées à une société namuroise en vente au rabais sur le dark web : "C'est l'ouverture d'un nouveau marché criminel"
Le commerce de nos données volées sur les serveurs d'une entreprise ou d'une administration prend une nouvelle tournure en 2026. La demande de rançon est remplacée par la vente discrète de petites bases de données qui doperont la crédibilité de campagnes d'escroquerie en ligne.

- Publié le 15-10-2026 à 15h12

La vente sous le manteau de bases de données dérobées sur les serveurs d'un site marchand, d'une entreprise ou encore d'une administration est un marché illégal florissant. Sur le réseau Tor, pilier du dark web, les annonces sur le site Breach Forums poussent comme des champignons dans la section Leaks Market. Traduction : marché des fuites.
C'est un marché en mutation.
Jadis, le vol d'une base de données sensible était suivi d'une demande de rançon à payer en Bitcoin. "Payez dans les 10 jours ou vos données seront rendues publiques". Désormais, les cybercriminels ne font pas de vague, ne contactent pas la victime, misent sur la vente discrète à l'unité.
Des données d'une société namuroise en fuite discrète depuis fin août 2026
Pourquoi cette bascule d'une méthode à l'autre ? En cas de chantage, c'est l'alerte générale. En cas de vente discrète, de longues semaines peuvent s'écouler avant que la victime ne découvre la fuite des données. Voici un exemple concret.
Vendredi 28 août 2026, un cybercriminel surnommé Sophia commercialise sur le site Breach Forums ce qui serait la base de données du site marchand belge AquaBota, spécialisé dans les articles d'aquariophilie et les terrariums.
En libre accès, trois échantillons dévoilent les informations confidentielles d'une poignée de clients : noms, prénoms, adresses postales, adresses mail, etc. Des informations plus sensibles encore, comme le numéro de la carte de crédit, sont cryptées.

Lundi 12 octobre 2026, nous découvrons l'annonce sur le réseau Tor et le site Breach Forums. Nous prévenons le fondateur d'AquaBota, dont le siège est situé à Sombreffe (province de Namur). Le chef d'entreprise tombe des nues, découvre la fuite, mais ne souhaite pas s'exprimer sur le sujet.
De fil en aiguille, nous demandons à Sophia sur la messagerie instantanée Telegram le prix des fichiers volés à AquaBota. La réponse fuse rapidement. 130 $ (116 €).
Croiser les données de petits fichiers pour monter des escroqueries documentées
Qui sont les clients potentiels ? "Les réseaux cybercriminels spécialisés dans le phishing, le vishing ou encore le carding (NDLR : copie de carte de banque)", analyse Xavier Bellekens, CEO de Lupovis et expert en cybersécurité. Le principe : acheter à petits prix des petites bases de données et croiser leurs informations pour monter une campagne d'escroquerie ciblée et calibrée en fonction de chaque individu.
"C'est l'ouverture d'un nouveau marché criminel", alerte Xavier Bellekens. "On assiste à l'émergence d'une sorte de courtiers en data qui vendent une dizaine de fois des petites bases de données volées à des petites entreprises qui auraient de toute façon eu du mal à payer une rançon. Au final, ils perçoivent un montant équivalent à celui d'une petite rançon."
"Les demandes de rançon sont désormais réservées aux grandes entreprises, à celles qui ont la capacité de payer", conclut Xavier Bellekens.