Capturer le C02 peut-il sauver le climat ? Le CNRS s'est penché sur 20 ans de recherches pour apporter une réponse
Le CNRS s'est penché sur 20 ans de recherches et d'expériences sur la capture, le stockage et la valorisation du CO2. Les "verrous" restent nombreux et ce "technosolutionnisme" ne doit être vu que comme un "levier ultime" dans la décarbonation des activités humaines.

- Publié le 02-10-2026 à 17h25

Le captage, le stockage et la valorisation du CO2 émis par les activités humaines, est-ce une piste crédible pour contrer le réchauffement climatique ?
Quitte à décevoir les technosolutionnistes, levons tout de suite le suspense. La réponse est non.
"Même mature, une filière de valorisation du CO2 ne contribuera que très marginalement à la lutte contre le changement climatique", lit-on dans l'étude du CNRS. Le Centre national de la recherche scientifique français a décortiqué les travaux menés depuis une vingtaine d'années sur les divers maillons de cette chaîne CCUS, pour "Carbon capture, utilization and storage. Autrement dit, en français, aussi bien les techniques de capture pour valoriser le CO2 que celles qui permettent de le stocker pour toujours dans des formations géologiques profondes.
Clap de fin pour le CCUS ? Pas tout à fait.
Car si la priorité reste de se débarrasser des combustibles fossiles, dans certains cas il faut aussi envisager d'autres solutions, indique Fabrice Lemoine, professeur en énergétique à l'université de Lorraine, dans le journal du CNRS.
"Une grande partie de l'énergie consommée sert à produire de la chaleur, encore largement issue de combustibles fossiles. Mais remplacer ces combustibles ne suffit pas toujours. Certaines émissions sont directement liées aux procédés industriels. Quand on fait de l'acier, on émet beaucoup de CO2. Encore plus quand on fait du ciment, car le fait de calciner du carbonate de calcium dégage intrinsèquement du CO2."
C'est typiquement dans des cas comme ceux-ci, lorsque les émissions de CO2 sont particulièrement difficiles à éviter, que le capter, le stocker ou le valoriser reste une solution que l'on peut toujours envisager d'inscrire dans la panoplie des éléments de lutte contre le réchauffement climatique.
Émettre du CO2 pour… capter du CO2
Reste toutefois à évaluer les impacts économique, politique, environnementaux, sociaux et sanitaire des différentes techniques mises en œuvre. Et s'assurer que le remède n'est pas pire que le mal.
Un exemple évoqué dans l'étude du CNRS est celui de l'utilisation de solvants qui permettent d'isoler le CO2 de flux gazeux, émis par une usine par exemple. La technologie fonctionne et permet de fixer le CO2.
Revers de la médaille : cette technologie génère des sous-produits toxiques pour l'environnement et dangereux pour la santé en cas de mauvaise manipulation. En outre, la production de ces solvants est particulièrement énergivore, donc potentiellement émettrice de… CO2.
Plus largement, l'étude du CNRS souligne que, le CO2 étant un gaz très stable, il faut également beaucoup d'énergie pour le transformer en un produit exploitable comme des hydrocarbures ou du méthanol. Là aussi c'est donc le serpent qui se mord la queue.
Bien sûr, des recherches sont en cours pour améliorer les techniques de captage et de valorisation afin de les rendre plus vertueuses, note l'étude du CNRS. Et certaines sont prometteuses. De là à les dupliquer en technologies exploitables sur le terrain, cela demandera de former des ingénieurs, techniciens et professionnels capables de concevoir, exploiter et surveiller les installations. Ce qui réclamera de lourds investissements qui ne se feront pas sans la garantie de débouchés industriels, souligne l'étude.
Un autre "verrou industriel" est rapporté par Catherine Dargemont, responsable de la mission Impact, dans le document du CNRS : "L'industriel émetteur n'est pas celui qui fait forcément le captage, le transport, la liquéfaction, le stockage ou la valorisation. Il faut donc créer des consortiums, ce qui s'avère complexe parce que chacun des acteurs a ses propres intérêts, ses propres risques et ses propres investissements. "
Des pipelines de CO2 dans le paysage ?
Quant à s'en tenir "simplement au stockage du CO2 capté, des recherches et projets pilotes sont en cours pour parvenir à emprisonner ce gaz dans des formations profondes capables de le retenir durablement. Si les résultats sont probants, il faudra alors lever les interrogations sur les risques et la surveillance du sous-sol, souligne le CNRS. Et faire accepter aux populations que des canalisations traversent des territoires entiers pour acheminer le CO2 vers les sites de stockage.
Malgré tous ces aléas, la Commission européenne juge le CCUS indispensable pour absorber environ 280 MtCO2/an en Europe d'ici 2040, puis 450 MtCO2/an d'ici 2050 (approximativement l'équivalent des émissions annuelles globales du secteur de l'aviation internationale). Le Giec l'a aussi intégré à ses scénarios pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.
L'étude du CNRS ne le rejette pas non plus. Mail elle conclut qu'il faut éviter que le CCUS n'apparaisse "comme du technosolutionnisme pérennisant un modèle productif existant". Il doit plutôt être considéré comme "un maillon ultime et indispensable pour accélérer la décarbonation de l'industrie". Le maillon essentiel restant celui de la réduction des émissions.
