Le drôle de concept de ce bar qui mixe cocktails et médecine : "Il faut s'amuser tout en essayant de réduire les dégâts"
Un bar de Shanghai mixe médecine et cocktails. Ce vendredi 13 février 2026, nous vous proposons de découvrir cet univers assez étrange.
- Publié le 13-02-2026 à 13h04

Vous ne verrez jamais ça en Belgique… Dans un bar de Shanghai à la lumière tamisée, Helen Zhao se fait prendre le pouls. Une donnée essentielle pour que le barman puisse préparer à cette étudiante un cocktail personnalisé, inspiré de la médecine traditionnelle chinoise.
Ce type d'établissement s'est multiplié dans plusieurs villes, surfant sur une tendance que les jeunes Chinois appellent ironiquement "l'hygiène de vie punk" – ou l'art de s'adonner aux excès tout en les compensant par des soins réparateurs.
Au bar "Niang Qing" à Shanghai, un docteur en blouse blanche établit un diagnostic de la santé des clients à partir de leur pouls. Puis un barman expert en confection de cocktails leur élabore des boissons sur mesure, intégrant à l'alcool herbes et racines de la médecine traditionnelle chinoise (MTC).

Ici, pas d'étagères remplies d'alcools : les murs sont bordés de tiroirs d'apothicaire garnis d'ingrédients comme des baies de goji ou des racines d'angélique, dont les senteurs imprègnent la pièce.
"Ce bar, en fait, c'est une opportunité pour moi" de surveiller ma santé, confie Helen Zhao, 26 ans, qui dit avoir un mode de vie "typique des jeunes", fait de vie nocturne et de malbouffe.
Ici, je peux en même temps vérifier si j'ai un pépin physique
"À la base, j'aime bien boire un verre après le travail. Ici, je peux en même temps vérifier si j'ai un pépin physique, tout en essayant de me convaincre" que ces boissons sont bonnes pour le corps, explique-t-elle.
Pour le médecin attitré du bar, le docteur Ding, le concept n'est pas aussi paradoxal qu'il y paraît.
"L'association de la médecine chinoise et de l'alcool a une longue histoire dans la MTC. On parlait autrefois de vin médicinal", affirme-t-il.
Il précise toutefois que le bar vise davantage à sensibiliser à la santé qu'à proposer un traitement.

"Les soirées tardives sont les seuls vrais moments qu'on peut consacrer pleinement à soi-même"
Le marché du travail chinois est particulièrement intense et la culture du "996" (c'est-à-dire travailler de 9 heures à 21 heures, six jours sur sept) reste répandue.
Ces dernières années, des cas de jeunes employés présumés morts d'épuisement ont circulé en ligne, alimentant le débat sur la santé mentale et physique.
Dans le bar "Niang Qing", Cici Song, 41 ans, cadre dans le tertiaire, raconte que "les soirées tardives sont les seuls vrais moments qu'on peut consacrer pleinement à soi-même".
"Mais en même temps, on veut prendre soin de son corps", ajoute-t-elle en sirotant une boisson ambrée censée améliorer sa constitution fragile, tout juste diagnostiquée par le médecin du bar.
"C'est une forme d'équilibre, il faut s'amuser tout en essayant de réduire les dégâts", plaisante-t-elle.
La formule semble séduire.

Fondé l'an dernier par des étudiants de l'Université de médecine traditionnelle chinoise de Shanghai, "Niang Qing" compte déjà cinq établissements en Chine.
"On a constaté que beaucoup de jeunes s'intéressent à la MTC, mais que les manières de la découvrir sont parfois ennuyeuses", explique Wu Siyuan, le cofondateur, âgé de 22 ans.
Le bar a été créé pour permettre de découvrir la médecine traditionnelle "grâce au divertissement", souligne-t-il.
Une tendance TikTok "Becoming Chinese"
Plus largement, les jeunes Chinois ont un intérêt croissant pour des produits qui réinventent la culture traditionnelle avec des codes contemporains.
La MTC, en particulier, connaît un regain de popularité à l'échelle mondiale.
Sur TikTok, la tendance "Becoming Chinese" ("Devenir Chinois"), qui consiste à adopter la manière chinoise de vivre et de se soigner, fait fureur ces dernières semaines.
Elle voit des internautes étrangers préparer des infusions d'herbes, boire de l'eau chaude ou pratiquer des exercices physiques traditionnels. Un phénomène qui a déjà cumulé des centaines de milliers de mentions "J'aime".
Les jeunes subissent une forte pression et ont besoin de nouveaux espaces de détente
Le "Niang Qing" attire lui aussi un nombre croissant de clients étrangers, selon son fondateur.
Ce succès s'inscrit dans une évolution des modes de consommation en Chine, qui deviennent davantage centrés sur l'expérience client plutôt que sur les biens matériels.
"Les jeunes subissent une forte pression et ont besoin de nouveaux espaces de détente", souligne Hua Hui, professeur à l'Université Jiaotong de Shanghai.
"C'est justement ce que proposent les bars de médecine traditionnelle : une nouvelle occasion de rencontrer des gens et de gagner en bien-être, adaptée à l'air du temps."

Consommation d'alcool : une règle simple pour suivre les recommandations sanitaires
Pour une consommation à moindres risques, il faut retenir trois chiffres : 10-2-0.
- 0 : au moins deux jours par semaine sans consommer d'alcool.
- 2 : pas plus de deux unités d'alcool, donc 20 grammes d'éthanol, par jour de consommation.
- 10 : pas plus de 10 unités d'alcool, donc 100 grammes d'éthanol, par semaine.
Dépasser ces recommandations, c'est risquer de mourir plus jeune et d'être en mauvaise santé plus longtemps.
Rappelons qu'il y a évidemment un risque pour la santé dès la première unité consommée. La meilleure consommation reste celle où l'on ne boit pas du tout d'alcool.
Besoin d'aide ?
Si vous pensez avoir un problème avec l'alcool, n'hésitez pas à contacter votre médecin généraliste. Et si ce dernier estime ne pas être compétent, vous pouvez aussi vous tourner vers un addictologue ou un alcoologue.