De la rigueur à la défiance
Après des mois de débats, de tensions sociales et de négociations, le gouvernement De Wever est finalement parvenu à faire adopter sa loi-programme et sa réforme des pensions. Le cap est clair et les mesures sont loin d être anodines: plafonnement de l'indexation des salaires et des pensions, hausse des accises sur le gaz et le mazout, doublement de la taxe d'embarquement, durcissement des conditions d'accès à la pension. Autant de décisions qui pourraient toucher jusqu'à la moitié des travailleurs et des pensionnés de notre pays.
- Publié le 30-05-2026 à 08h44
- Mis à jour le 30-05-2026 à 08h50

L'objectif affiché est simple: renflouer les caisses de l'État et ramener la Belgique dans les clous budgétaires européens d'ici 2029.
Sur le principe, difficile de contester la nécessité d'agir. Une dette incontrôlée finit toujours par se payer plus cher si on ne prend pas le mal à la racine. Mais le problème n'est pas seulement le contenu des réformes, mais la manière dont elles sont imposées.
Le mécanisme de l'indexation limitée des salaires ("index en centimes") en est un bel exemple. Il avait en effet été dénoncé par les partenaires sociaux. Dans un rare avis unanime, le Groupe des 10 avait proposé une autre piste. Mais celle-ci a été balayée du revers de la main par le gouvernement.
Et c'est là que le bât blesse. Car au-delà des chiffres, ce sont des choix de société qui se dessinent. Une société où la concertation sociale n'existe plus. Alors que notre pays est traversé par de nombreuses tensions sociales, le gouvernement en remet une couche.
En voulant envoyer un signal de rigueur, Bart De Wever prend le risque d'installer durablement un climat de défiance. Or, il ne faut guère être devin pour comprendre qu'une réforme, aussi justifiée soit-elle sur le papier, ne peut aboutir sans l'adhésion minimale du terrain. Et les mobilisations de ces dernières semaines dans le monde enseignant montrent justement qu'aujourd'hui, cette adhésion est loin d'être acquise.
