Nicolas Ullens, un ancien agent de la Sûreté de l'État investi, victime d'un sentiment d'injustice : son père, c'était son "meilleur ami" (vidéo)
L'ancien "espion" belge, le Lasnois Nicolas Ullens de Schooten (61 ans), comparaît ce jeudi 24 septembre 2026 devant la cour d'assises du Brabant wallon, à Nivelles, pour assassinat. Il est accusé d'avoir tué sa belle-mère, qu'il accusait de spolier l'héritage familial. Et à qui il reprochait le manque de contacts avec son père. Retour sur son parcours personnel et professionnel.

- Publié le 24-09-2026 à 04h00
Il l'aimait. Son père, Nicolas Ullens de Schooten (61 ans) le vénérait. C'était son "meilleur ami", dira-t-il. La distance s'était installée entre les deux hommes, notamment depuis l'arrivée de Myriam Lechien. Et Nicolas souffrait de ce manque de contact. Il ne voyait d'ailleurs plus son père qu'exceptionnellement et ne pouvait même plus l'appeler directement.
Une famille nombreuse et aisée
Avec son père, Nicolas Ullens partageait pourtant une véritable complicité. Né à Uccle en mai 1965, quatrième enfant de Guy Ullens et Micheline Franckx, il grandit dans une famille nombreuse et aisée, entouré de ses cousins et de ses grands-parents. Avec son paternel, il partage le goût de la nature, de l'histoire et surtout de la chasse.
Puis la famille se fissure. La séparation de ses parents le bouleverse. Lorsque Guy Ullens refait sa vie avec Myriam Lechien, Nicolas vit difficilement l'éloignement de son père. Une mise à distance qui pèse lourd dans l'état d'esprit de Nicolas Ullens et dans les tensions qui l'opposent à Myriam Lechien.
De la vente auto à la Sûreté de l'État
Après avoir terminé ses humanités à l'Abbaye de Maredsous, Nicolas Ullens souhaite intégrer l'armée. Son père l'en dissuade. Il effectue alors des études de droit. Avant de les abandonner.
Professionnellement, il travaille d'abord dans la vente automobile et la gestion d'une concession, avant de développer une activité commerciale autour de la vente de matériel chasse. En 2007, à l'âge de 42 ans, il décide de passer les examens de la Sûreté de l'État et parvient à y entrer. Il œuvre alors au sein de la section économique. Un univers qui semble lui correspondre, notamment grâce à son important carnet d'adresses.
Parallèlement, il construit sa propre famille. Il rencontre Marie-Sophie de Halleux à Lourdes en 1984. Après leurs études, leur relation se poursuit et le couple finit par se marier. Ils auront quatre enfants. Père présent et attentif, il est décrit comme un homme jovial, sociable, généreux, cultivé et fidèle en amitié. Il serait néanmoins méfiant, avec une difficulté à prendre du recul lorsqu'il estime être confronté à une injustice.
Des dossiers sensibles, comme le Kazakhgate ou les fonds libyens
Son expérience à la Sûreté de l'État se révèle d'ailleurs difficile. Travaillant sur des dossiers sensibles, comme le Kazakhgate ou les fonds libyens, il est victime de tensions internes et nourrit surtout un sentiment d'injustice. Des plaintes sont déposées de manière réciproques contre des membres de la Sûreté. En 2016, son arme lui est retirée aux motifs qu'il "est estimé que l'homme fait des déclarations confuses et constitue un danger potentiel pour lui-même et son environnement". Une situation qui mine cet homme investi.
Après onze années dans les services de renseignements, il prend alors une décision radicale. Il quitte la Sûreté de l'État en 2018. Nicolas est convaincu d'avoir été écarté de certaines affaires. Certains le décrivent alors comme plus stressé.
Mais le manque de contact avec son père n'arrange pas les choses. L'éloignement s'intensifie. L'arrivée de Myriam Lechien dans la vie de Guy a en effet été perçue par Nicolas et certains membres de la fratrie comme un facteur supplémentaire de tensions. Les blessures affectives finissent par se mêler aux questions d'argent et de patrimoine. Ils vivent mal ce qu'ils considèrent comme une mise à distance et un déséquilibre au sein de la nouvelle famille de leur père.
Jusqu'au 29 mars 2023. Ce jour-là, à Ohain, Nicolas Ullens se rend au domicile de son père. La discussion porte notamment sur une demande d'argent formulée par Nicolas à la suite de la situation de son fils devenu père et pour le projet de mariage de sa fille. En vain. Ce nouveau rejet, Nicolas Ullens ne l'accepte pas. Il repart contrarié et quelques instants plus tard, il commet l'innommable. En colère, il expliquera aux enquêteurs avoir attendu dans sa camionnette, non loin du domaine. Lorsqu'il voit la voiture de son père au portail, il voit rouge. Et percute, avec sa camionnette, la voiture de son père.
Nicolas sort de son véhicule, muni de son pistolet Glock de calibre 9mm, et abat sa belle-mère, Myriam Lechien (70 ans). Son père, il ne le visera pas, mais celui-ci sera légèrement blessé.
Père et fils se retrouvent après la mort de "Mimi"
Le temps passe. Les mois s'égrainent. Et la situation évolue. Malgré les coups de feu qui ont tué Myriam sous ses yeux, le baron Guy Ullens retrouve régulièrement son fils. Une fois Nicolas placé sous bracelet électronique, le père et le fils se revoient régulièrement, passent du temps ensemble. Et le baron continue aussi à voir ses petits-enfants. Jusqu'à la mort de Guy, en 2025, à l'âge de 90 ans, cette relation père-fils semblait renaître.
